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Mohammed Taïfour, le cheikh de Montreuil

Rédigé par princevaillant@ymail.com | Mercredi 13 Janvier 2010

Il fut champion de tango, vendeur à la sauvette, restaurateur prospère. Au soir de sa vie, loin de son Algérie natale, il voudrait, coûte que coûte, acheter sa mosquée-école.



A le voir comme ça, mine sévère, djellaba, calot vissé sur le crâne, on le prend pour un imam ou un vieux bigot mal luné. A Montreuil (Seine-Saint-Denis), où Mohammed Taïfour a ouvert en 1994 le premier centre culturel islamique de l’Est parisien, certains esprits chagrins l’ont soupçonné du pire. Le maire sortant de la ville (apparenté PCF) et député de la 7e circonscription de la Seine-Saint-Denis, Jean-Pierre Brard, s’est même inquiété publiquement des risques d’une « dérive fondamentaliste », à propos des cours de soutien scolaire dispensés rue Edouard-Vaillant.

Il arrive à Mohammed Taïfour de rire de ces fadaises. Un fou d’Allah, lui, le fugueur d’El-Affroun, son village natal d’Algérie, devenu, à la fin des années 1950, le champion des dancings parisiens ? Un ayatollah, lui, l’amateur éclairé de peinture et de musique classique, qui a tenu longtemps, avec sa femme Yvonne, un des restaurants les plus chics du Marais et plusieurs galeries d’art, place des Vosges ?

Il est vrai qu’il cache bien son jeu, le patron de la mosquée-école, fondateur de l’association des Bâtisseurs musulmans de France... Etaler sa vie personnelle, ce n’est pas son genre. Les fidèles, pas plus que les notables de Montreuil, ne lui ont jamais posé de questions. Le fait qu’il ait payé de sa poche pour créer cette mosquée (sans minaret), la première de la ville, suffit aux premiers. Qu’il soit musulman et, surtout, qu’il tienne tête au maire, suffit aux seconds.

Sur les murs de son bureau figurent les traditionnelles sourates du Coran. Et, dans la bibliothèque, des rangées de livres reliés en cuir vert sont écrits en arabe. Mais il y a aussi le Grand Larousse encyclopédique, acheté à Paris « en 1953 », se souvient-il, et qu’il adore feuilleter. Il y a aussi ce fume-cigarette, noir et or, qu’il utilise en permanence, presque autant que le Thermos en plastique où il garde son café au chaud. Mohammed Taïfour est un musulman de la vieille école : il n’a aucun problème à serrer la main des femmes et embrasse comme du bon pain ses vieilles amies.

« L’islam a toujours été pour moi un territoire intime. Comme une arrière-pensée », dit-il. Dans le livre, quelque peu fourre-tout, qu’il a publié à compte d’auteur en 2007, le cheikh de Montreuil évoque l’importance, chez les musulmans, de ce qu’il nomme le « bel agir », notion qui lie « volonté de justice » et « respect d’autrui ». L’un de ses amis parle avec enthousiasme d’« une sorte de gandhisme musulman », dont il serait l’incarnation. Le sage de la rue Vaillant n’a pourtant pas le profil d’un gourou politique. Sa longue vie de nomade né du côté des pauvres et des colonisés l’a construit autrement.

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Auteur : Catherine Simon - © Le Monde - 4 mars 2008




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