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Arts & Scènes

Menouar des deux rives, de père en fille : hommage à Ali Menouar (1937-2015)

Rédigé par Fatima Khaldi | Jeudi 7 Mai 2015

Le Centre culturel algérien rend hommage, du 6 au 30 mai 2015, à l’œuvre d’Ali Menouar, artiste peintre algérien décédé à l’âge de 78 ans à Essaouira (Maroc) en février 2015. Reconnu pour son fabuleux talent de coloriste, ses toiles ont fait le tour des galeries d’art internationales. Sa fille Fabienne Menouar, artiste céramiste, présentera également à cette occasion ses œuvres.



« La promenade » d’Ali Menouar. Le peintre impressionniste Jean Drevon comparaît les œuvres d’Ali Menouar à celles de William Turner.
« La promenade » d’Ali Menouar. Le peintre impressionniste Jean Drevon comparaît les œuvres d’Ali Menouar à celles de William Turner.
Né le 8 janvier 1937 en Algérie, à quelques kilomètres de Tlemcen, à El Achache aujourd’hui Souani, ville natale du romancier et poète Mohamed Dib, Ali Menouar passe ses jeunes années entre la medersa et le dur labeur des champs. En 1952, son grand frère Mohamed l’embarque avec lui en France, il quitte les couleurs et les paysages de l’Afrique pour celles d’une grande cité lyonnaise.

Il vivra de petits boulots et apprendra la mécanique chez Berlier Moteur. Passionné de belles voitures, il construit son garage de ses propres mains et exerce sa passion jusqu’en 1985. Aux voitures s’ajoute une nouvelle obsession : la collection d’objets d’art. Ali Menouar écume les marchés lyonnais pour trouver la pièce rare et apprend par la même occasion à aiguiser son œil sur les œuvres peintes.

« Quand je pense à toi », d’Ali Menouar.
« Quand je pense à toi », d’Ali Menouar.

Ali Ménouar, peintre des deux rives

En 1974, un accident de voiture le cloue au lit pour une longue période. C’est durant cette période de convalescence que lui vient l’idée de peindre un tableau géant sur le mur d’antiquité qu’il a construit pour sa femme.

Encouragé par de nombreux clients et visiteurs, il démarre une nouvelle carrière : celle d’artiste peintre. Cartons, toiles, tissus, murs, Ali Menouar s’exprime avec force et passion sur tous les supports qui lui permettront d’immortaliser ses créations.

En 1990, des soucis le laissent en panne d’inspiration. Il ne se remettra à la peinture qu’en 1999, lorsqu’il décide de s’installer à Essaouira (Maroc). Retrouver les paysages et les couleurs de son enfance, réinventer les couleurs du Maghreb, interpréter ces scènes de vie si singulières en exprimant toujours avec force son amour, sa colère, sa tristesse, son insouciance, sa fragilité à travers des peintures émouvantes et joyeuses à la fois, tel était le travail d’Ali Menouar.

Tel père, telle fille

Fille d’Ali Ménouar, Fabienne a reçu pour héritage l’amour de l’antiquité et de l’art. Après plusieurs années passées dans l’achat, la restauration et la vente d’objets anciens, elle découvre la sculpture. « J’ai été très proche de mon père. J’ai fait de la carrosserie, de la mécanique et de la restauration de meubles pendant très longtemps avec lui. Tout ce que je sais faire avec mes mains, je l’ai appris avec mon père. Par la suite, j’ai été très naturellement attirée par la terre et j’ai commencé son apprentissage. » « C’est ce que je voulais faire et je trouvais que le temps passait trop vite. J’ai compris que c’était fait pour moi », confie-t-elle.

Fabienne Menouar enchaîne alors les stages. De l’émaillage chez Elodie Culis au tournage et décors chez M. Serghini (Maroc), en passant par le secret des lustres abbassides chez Meryeme Sebaaoui (Maroc), l’artiste céramiste crée finalement, en 2006, l’Atelier FAB’art, qu’elle considère comme « un lieu de partage et de création ». Fabienne Menouar travaille le grès brut, la porcelaine papier, le bois flotté et le métal froid qui, pour elle, « racontent une histoire ».

Corps, objets et surtout des visages prennent vie sous ses mains dont le seul but est d’exprimer et susciter l’émotion. « Les visages et leurs imperfections racontent une vie. C’est une manière de représenter l’homme dans toute sa douceur, sa souffrance et sans violence, sans toutes les atrocités dont il est capable. Ma ligne conductrice est : voir à l’intérieur et non à l’extérieur. Quand on croise les gens, on se fie à l’apparence alors que, derrière, il y a quelque chose et chaque détail représente quelque chose. C’est cela qui m’intéresse. Le visage, les yeux, le regard reflètent l’âme », nous affirme cette artiste à la douceur incontestable.

Alors que, pour Ali Menouar, la peinture était une manière de s’exprimer, d’interpréter, la sculpture est pour Fabienne un partage avec la terre. « J’essaie de recréer un moment, un sentiment de douceur, alors que mon père était dans ce qu’il voyait et interprétait. Pour moi, il est question du tactile, du charnel et, pour mon père, il était question du souvenir, de l’esprit, de la mémoire », souligne l’artiste qui, comme son père, est avant tout animée par l’envie de transmettre l’émotion.


Exposition rétrospective « Menouar des deux rives. Hommage à Ali Menouar (1937-2015) »
Du 6 mai au 30 mai 2015
Centre culturel algérien : 171, rue de la Croix Nivert – 75015 Paris





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