Connectez-vous S'inscrire






Société

Malika Dif, une femme engagée.

Rédigé par Vidal Aurore | Lundi 10 Mars 2003

Nous avons voulu en savoir plus sur cette femme étonnante, souvent sollicitée sur les sujets féminins, et qui pendant plusieurs années a dispensé des cours de religion aux femmes afin de lutter contre l’ignorance et de lever la confusion entre tradition et religion. Femme de terrain, elle participe à de nombreuses conférences et est l’auteur d’ « être musulmane aujourd’hui » et de « relations parents- enfants » , toutefois elle a su rester simple et ouverte à tous…



Nous avons voulu en savoir plus sur cette femme étonnante, souvent sollicitée sur les sujets féminins, et  qui pendant plusieurs années a dispensé des cours de religion aux femmes  afin de lutter contre l’ignorance et de lever la confusion entre tradition et religion. Femme de terrain, elle participe à de nombreuses conférences et est l’auteur d’  « être  musulmane aujourd’hui » et de « relations parents- enfants » , toutefois elle a su rester simple et ouverte à tous…  

 

Sa rencontre avec l’Islam

Malika a eu sa première approche de l’Islam, il y a environ trente ans, à l’époque où l’Islam ne préoccupait personne, où les immigrés étaient considérés uniquement comme de la main d’œuvre et totalement ignorés. Issue d’une famille chrétienne, elle a toujours été croyante mais quelque peu intriguée et gênée  par tous les mystères de l’Eglise. Elle trouvait rarement de réponses claires à ses questions. 

Femme active et mariée, elle voyageait beaucoup et avait de nombreuses affinités avec le monde oriental. C’est en feuilletant un livre sur l’art musulman qu’elle découvre la phrase « la ilâha illa Allah » sculptée sur le devant d’une mosquée, « là je tenais quelque chose ! » nous confie-t- elle . A partir de ce déclic, elle entreprend de nombreuses recherches. Hélas  il n’existait aucun ouvrage traitant de la foi, et ce n’est qu’à l’aide d’un vieux Coran mal traduit, de l’œuvre de Djalal al Din Rûmi (célèbre soufi) et de quelques livres d’orientalistes que Malika fait ses premiers pas dans l’Islam .

C’est lors d’un séjour en Algérie qu’elle est amenée à participer au  séminaire annuaire de la pensée islamique  tenu par d’imminents oulémas (cheikh Ghazali, Al Qaradâwî …) , c’est à travers eux qu’elle fera son apprentissage. Ses yeux sont pleins de reconnaissance et de respect lorsqu’elle dit :  « Ils m’ont transmis un grand savoir ; une manière de comprendre et de vivre l’Islam au quotidien, sans contrainte », elle dit d’elle même qu’elle fut une  « étudiante » pendant douze ans, puisque en dehors de son travail elle consacrait tous ses loisirs à approfondir ses connaissances.

 

Femme active

C’est en 1981 que Malika décide avec d’autres sœurs de donner des cours aux enfants, à la mosquée de Paris, car à cette époque il n’existait aucune structure ni aucune activité éducative. En effet, à cette période, il n’y avait que peu de lieux de culte. C’étaient pour la plupart des « mosquées garage » les fidèles se réunissant là où ils le pouvaient. Les femmes venaient pour la plupart du Maghreb et dans leur majorité étaient analphabètes. C’était en quelque sorte une grande révolution, chaque femme enseignait ce qu’elle savait, Malika, elle, donnait des cours d’histoire.

Cette opération remporta un grand succès, les mères en venant chercher leurs enfants posaient beaucoup de questions, elles ressentaient un véritable besoin de s’instruire, et de fil en aiguille on créa des cours de tous niveaux pour les femmes, les maris venaient même y assister avec leurs épouses.

Les cours portaient sur la foi, le jeûne, les ablutions ….mais également sur la femme ses droits et devoirs, il y avait un réel besoin de dépasser les coutumes et traditions de chacune et de remettre la femme en conformité avec l’Islam. Malika  souhaitait venir en aide aux femmes tant dans la pratique de la religion que dans la vie quotidienne ; elle voulait leur faire comprendre que l’on pouvait s’intégrer dans un pays tout en vivant son Islam.

Le recteur de la mosquée était bien disposé à l’égard des femmes et sur leur demande leur fit construire une salle d’ablution, qui remplacerait la salle insalubre qu’elles utilisaient  auparavant.

Ce mouvement prit de l’ampleur et Malika fut sollicitée pour des inaugurations de mosquées, puis pour des conférences. Elle fut amenée à rencontrer  des frères  de l’UJM (union des jeunes musulmans) de Lyon qui l’on incité  à écrire un livre mettant au clair les droits de la femme, permettant de régler la question de la polygamie et de la situation particulière du prophète de l’Islam, et ce afin de combattre les préjugés. Actuellement elle travaille sur son prochain livre qui traite de la maladie. Il nous aidera à mieux comprendre à partir de sources coraniques sa signification, l’obligation de se soigner, la mort …

 

Son message :  « Instruisez-vous et oeuvrez ! » 

Elle est consciente qu’à l’heure actuelle il est difficile, pour la femme musulmane, de trouver du travail avec le voile, bien que beaucoup d’entre elles soient compétentes, aient  fait de longues études et soient devenues psychologue, ingénieur ou médecin …Elles sont mises à l’écart à cause de leur religion ou de leur nom de famille. « Certains perdent une occasion de faire fructifier leur entreprise ! » mais il faut dit-elle « faire du bien à la société pour faire du bien à la communauté ».

Les femmes et les musulmans  en général ne sont pas assez engagés  au niveau de la citoyenneté, on oublie que voter c’est important ! Ils ne le sont pas non plus dans des associations non musulmanes, dans les activités organisées dans les quartiers, dans les associations de parents d’élèves. « Vous imaginez si au secours populaire il y avait des femmes portant le hijeb? ce serait génial, les gens verraient que nous ne sommes pas indifférents ni communautarisés, ça donnerait une bonne image de l’Islam et les gens porteraient sur nous un  regard  nouveau ! ».

 

Si elle avait un message à faire passer à la nouvelle génération ce serait sûrement : Construisez vos  propres écoles, engagez-vous dans les études, vous n’êtes pas des immigrés, vous êtes chez vous en France et vous y construirez l’avenir de vos enfants.

Il est certain que les parents de la deuxième génération n’avaient pas nécessairement les bases pour éduquer leurs enfants en dehors de la coutume (manque de repères, culture différente). Pour cette raison il semblerait souhaitable de créer une école pour parents en vue de leur apprendre à exercer l’autorité parentale, à surveiller leurs enfants, leur faire comprendre que la drogue est une réalité tout comme l’alcool et la cigarette car la majorité d’entre eux ne pense pas que cela puisse arriver dans leur famille. Il faut leur faire comprendre qu’il est nécessaire d’instaurer un dialogue avec leurs enfants, faire en sorte qu’ils se plaisent dans leur milieu familial et qu’ils puissent trouver dans cette cellule l’écoute, la compréhension …

 





Dans la même rubrique :
< >

Loading










Nos services web

Recevez le meilleur de l'actu