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Société

Les profanations de tombes continuent, malgré l'émoi et l'indignation

Rédigé par Zaynab Ali | Lundi 14 Avril 2008

Après la profanation de 148 tombes dans le carré musulman du cimetière militaire de Notre-Dame-de-Lorette, près d’Arras, des membres du Conseil français du culte musulman (CFCM) ainsi que de la garde d’honneur du cimetière ont été reçu vendredi 11 avril à l’Elysée. L’occasion pour Nicolas Sarkozy d’annoncer à ses invités et à la presse son déplacement au cimetière le 24 avril prochain. L’occasion aussi pour Saphirnews de revenir sur les réactions des uns et les propositions des autres.



Une semaine après la découverte des tombes musulmanes profanées au cimetière militaire de Notre-Dame-de-Lorette, près d’Arras, le président de la République recevait à l’Elysée des représentants des musulmans de France et des membres de la garde d’honneur du cimetière. L’audience, qui a duré moins d’une heure, s’est déroulée en présence de la Garde des Sceaux Rachida Dati et du secrétaire d’état à la Défense Jean-Marie Bockel.

Pourtant, ce week-end encore, une dizaine de stèles anciennes du cimetière Saint-Hilaire de Marville, dans la Meuse, ont été retrouvées renversées ou brisées, alors qu'une quinzaine de croix ont été retournées. Selon les premiers éléments de l’enquête, confiée à la gendarmerie de Montmédy (Meuse), la piste « gothique hollandaise » serait privilégiée, de jeunes gothiques et une voiture immatriculée aux Pays-Bas ayant été aperçus jeudi dans le cimetière.

Le carré musulman de Notre-Dame-de-Lorette profané
Le carré musulman de Notre-Dame-de-Lorette profané

'Indignation et soutien'

« Le président nous a dit des mots très forts […]. Il a manifesté son indignation et son soutien, ce qui nous touche », a déclaré à sa sortie de l’Elysée vendredi 11 avril le recteur de la Mosquée de Paris et président du CFCM, Dalil Boubakeur.

Pour Abdelkader Aoussedj, le vice-président du CRCM Nord-Pas-de-Calais, cette audience « fait chaud au coeur », car « c’est un signe fort pour notre communauté, un symbole et cela a soulagé nos blessures ». Et ce dernier d’ajouter : « Il n’y a pas que les musulmans qui sont touchés, mais aussi la République. »

Michel Haute, le président de l’association des gardes d’honneur du cimetière militaire, et Alain Michel, le président adjoint, se sont pour leur part dits « très honorés » et « très émus d’accueillir le président à Notre-Dame-de-Lorette », ce dernier devant se rendre en visite au cimetière militaire le 24 avril prochain, y faisant symboliquement son entrée par le carré musulman, récemment souillé.

« C’est l’ensemble du pays qui se trouve depuis dimanche meurtri et offensé par ces insultes », a pour sa part estimé Nicolas Sarkozy dans un communiqué diffusé par l’Elysée.

'Geste odieux'

Au lendemain des profanations, presque un an jour pour jour après que celles-ci aient été souillées, de tombes du carré musulman du cimetière musulman de Notre-Dame-de-Lorette, les réactions autant des responsables politiques que des représentants des différents cultes étaient unanimes et indignés.

Dénonçant une atteinte aux « morts tombés pour la France, [aux] valeurs dont nous jouissons aujourd'hui, la démocratie, le respect de l'autre, la tolérance », le recteur de la mosquée de Lille-sud et président de la Ligue islamique du Nord Amar Las far affirmé que « les mots n'exprimeront pas le chagrin et la tristesse qui sont les nôtres, en tant que musulman, en tant que Français, en tant qu'acteurs associatifs qui militons pour que l'islam ait sa place dans notre pays ».

Pour l’Association des musulmans de Seine-Saint-Denis (AMS), « aucun doute n’est possible sur le fait qu’il s’agisse d’un racisme antimusulman ». Et l’association de se dire convaincue « que c’est en développant et en insistant sur le devoir de mémoire concernant ceux qui ont donné leur sang et leur énergie à la France, que nous parviendrons à prévenir ce genre de comportement et surtout à rompre avec les amalgames qui touchent les musulmans. »

Mgr Jean-Paul Jaeger, l’évêque d’Arras, a pour sa part jugé « particulièrement odieuse » la profanation des tombes, rappelant que « 'est d'autant plus choquant que le lieu est un lieu qui doit appeler à la dignité et à la fraternité puisque sont enterrés là des hommes de différentes origines, et notamment de différentes religions, qui ont versé leur sang pour les mêmes combats, pour la même liberté, pour les mêmes valeurs ».

Joseph Sitruk, le grand rabbin de France, a quant à lui exprimé son « indignation », tout comme le Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France) et condamné « ces actes racistes, odieux et inacceptables », estimant tout de même que « les sanctions exemplaires attendues pour les profanateurs ne sauraient estomper notre amertume ».

Tandis que le Cran (Conseil représentatif des associations noires) se dit « indigné par cet acte sordide et demande une enquête rapide suivie de punitions exemplaires », la Grande Loge mixte universelle affirme elle que « ces actes ne sont pas des faits divers. Profaner, détruire des traces, effacer la mémoire et briser le souvenir sont autant de crimes contre l’humanité et contre les fondements mêmes de notre République ».

'Sympathie'

Le secrétaire général de l'Organisation de la conférence islamique (OCI), Ekmeleddin, Ihsanoglu, a condamné un « acte criminel et raciste » et a exprimé sa « sympathie à l'égard de la communauté musulmane de France », demandant que « les auteurs soient traduits en justice ».

'La France aux Français'

Dans le même temps, dans la nuit de jeudi 10 à vendredi 11 avril, une des façades de la mosquée d’Audincourt, dans le Doubs a été recouverte d'inscriptions et de dessins à caractère raciste.

Selon Jean-Martin Jaéglé, le procureur de la République de Montbéliard (Doubs), « Des croix gammées et celtiques, une tête de cochon, une étoile juive ainsi que de très nombreuses inscriptions à caractère raciste, telles que ‘La France aux Français’ ou bien encore ‘Les Arabes dehors‘", ont été retrouvées sur la façade principale de la mosquée.

Pour le maire (PS) de la ville, Martial Bourquin, « c'est inadmissible. Notre réprobation est totale, d'autant plus que de tels agissements ne ressemblent pas à notre ville, qui est très tolérante envers l'ensemble des religions. »

'Rien tolérer'

Dans son communiqué le CRCM Rhône-Alpes rappelle qu‘« une vigilance constante s'impose aux autorités et aux responsables musulmans pour qui la lutte contre les actes racistes et islamophobes doit être une priorité absolue. Il faut intervenir au moindre incident islamophobe, même verbal. Il ne faut rien tolérer, rien laisser passer. »

Le CRCM Rhône-Alpes en a donc appelé au ministère de l’Intérieur pour « travailler en coordination avec les CRCM » et « mettre en place au niveau régional des cellules de veille et de suivi des incidents islamophobes ». « Nous ne devons plus tolérer ces atteintes répétées aux valeurs de la république, au droit sacré des morts à reposer en paix et à l’histoire », conclue le communiqué.

Le secrétaire général de l'OCI a estimé pour sa part qu’« une action judiciaire diligente du gouvernement français contre les auteurs de cet acte criminel servira de moyen efficace de dissuasion contre la recrudescence des actes d’islamophobie en Europe ».





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