C'est après toute cette agitation que France-Soir choisit d'importer la polémique en France, première puissance démographique musulmane d'Europe. Sous le titre provocateur « Oui, on a le droit de caricaturer Dieu » , le journal publie les caricatures en expliquant que la liberté religieuse se résume à la liberté « de croire ou de ne pas croire » . Il ajoute qu'une telle liberté ne peut aucunement « se transformer en liberté d'imposer à toute la société les règles relevant d'une seule conviction » .
Raymond Lakah, homme d'affaires français de références égyptiennes et propriétaire du journal, ne semble pas convaincu par cette belle thèse. Il a conscience que le public n'est pas une fiction et qu'il existe bel et bien. Il a donc estimé qu'il fallait « un signe fort de respect des croyances et des convictions intimes de chaque individu » . Le licenciement de son directeur de publication est le signe de M. Lakah en direction de son lectorat.
C'est au mois de septembre 2005 que Jacques Lefranc a été nommé pédégé de France-Soir . Ce banquier belge, connu pour ses compétences de gestionnaire, avait la lourde tâche de contribuer à redresser les finances du journal. Il a commencé par créer une « société de gestion de crises » pour aider ses équipes à garder la tête hors de l'eau. Mais il lui fallait faire plus.
Car le 19 décembre 2005, les agents du journal ont adressé une pétition au Premier ministre lui demandant une aide de l'Etat pour éviter la faillite. Dans le contexte de compétition acharnée où la presse gratuite menace, où l'Internet se démocratise, il y a fort à parier que France-Soir voulait faire un gros coup en osant faire ce qu'il savait offensant. L'opération est réussie. Mais le banquier belge laissera sa place à Eric Fauveau, directeur général de Presse alliance, la société d'édition de France-Soir .