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Culture & Médias

Le clip du groupe Justice sur la sellette

Rédigé par Anissa Ammoura | Mercredi 21 Mai 2008

Avec des images que l'on croirait sorties d’un journal télévisé au moment des émeutes de banlieues en novembre 2005, le dernier clip de Justice a suscité beaucoup de questions depuis sa mise en ligne début mai sur la toile. La vidéo du morceau "Stress" a été jugée ultraviolente et caricaturale pour certains, esthétique et provocatrice pour d’autres. Consacré meilleur groupe de musique électronique aux dernières victoires de la musique, le duo chic est pourtant loin de la posture de dénonciations des rappeurs, dont les œuvres sont régulièrement censurées. Simple coup médiatique ou véritable engagement politique ?



« Nous voulions simplement susciter un débat » déclarait le 13 mai dernier dans un communiqué de presse le groupe électro Justice, en réponse à la polémique suscitée par leur dernier clip, « nous étions conscients que le clip était sujet à controverse. Nous n’imaginions pas un instant que le débat irait si loin, que nous nous retrouverions à devoir nous justifier sur des sujets aussi graves ». Le morceau de la vidéo incriminée s’appelle « Stress », nom évocateur et terriblement humain. Pour illustrer ce thème, les deux membres du groupe, Gaspard Augé et Xavier de Rosnay ont fait appel à Romain Gavras, réalisateur au sein du collectif Kourtrajmé. Le film démarre avec sept adolescents qui déboulent dans une cité. Ils sont noirs ou d’origine maghrébine. Affublés de blousons noirs sur lesquels est dessinée une croix blanche en forme de cercueil (le logo du groupe), ils partent en virée sur Paris. Sur leur chemin, ils agressent une jeune fille, une vieille dame, un patron de bar, un flic… cassent tout ce qu’ils trouvent sur leur chemin avant de finir par brûler une voiture. Les seuls propos sont ceux d’un des jeunes qui balance à la fin du clip au cameraman « Ca te fait kiffer de filmer ça fils de pute ? » sur fond d’images noires et de bruits de secousse. Au final : presque 7 minutes de violence gratuite où les victimes sont essentiellement de couleur blanche.

Où est le message ?

Diffusée uniquement sur Internet, la vidéo a déjà été vue plus de deux millions de fois en deux semaines. « Ce clip est gênant. Je me demande vraiment où est le message ? Le débat sur l'insécurité auquel s’attaque Justice est important. Les deux campagnes présidentielles se sont jouées en partie là-dessus. Un président s’est fait élire notamment sur ce débat ! » affirmait à Saphirnews, Abdelkrim Branine, le chef de la rubrique Cultures de Respectmag. « La communication de Justice a été minutieusement préparée. Le fait qu’il ne soit pas diffusé à la télévision ne change rien puisque que pour les jeunes tout passe par Internet ! C’est une piètre copie [d’Orange mécanique]url:http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=260.html , sauf que dans le film de Stanley Kubrick, il y a une vraie réflexion sur la violence, sur la société…Ce que je ne regrette pas, c’est le débat que le clip suscite. Dans le fond, j’espère que le débat va se poursuivre » estime Abdelkrim Branine.
Du côté de la police, le clip aussi fait désordre puisque le syndicat Alliance a même demandé au Ministère de l’intérieur de déposer plainte. « Mais pourquoi est-ce qu’un groupe de musique électro pourrait s’amuser ? Si on poursuit des groupes de rap en justice, comme Le Ministère A.M.E.R ou encore Sniper, on le fait pour les autres aussi. On ne passe pas de « Dance » [titre phare de Justice en 2007] à « Stress » comme ça, il ne peut pas y avoir de tournant politique du jour au lendemain » renchérit Abdelkrim Branine. Contacté par téléphone, le ministère de l’intérieur déclarait à Saphirnews le 20 mai, « ne pas se prononcer sur ce clip pour l'instant ».

Une vidéo criante de vérité

Mais les avis sur le clip sont partagés, à en croire certains commentaires récoltés sur les forums des sites communautaires de vidéos, où l’on peut lire par exemple « La vidéo est un chef d'œuvre. Contrairement à ce que croient les intellectuels à deux balles, il y a dans la vidéo un message profond (…) J'ai grandi dans le quartier où le clip a été tourné. Tout est dit dans la vidéo. Rien à ajouter » ou encore c'est un message clair à TF1 et aux autres vautours ». Le rappeur Passi, ex-membre du Ministère A.M.E.R, se range du côté des partisans d’un clip détenteur d’un message, en déclarant dans une interview au journal Métro le 14 mai dernier « C’est une vidéo criante de vérité (…) La mentalité française n'est pas très ouverte (...) Les pouvoirs sont terrorisés par l'influence des artistes ». Condamné par la justice à une forte amende avec son ancien groupe, Le Ministère Amer il y a une dizaine d'années, Passi avait vu également un de ses propres clips censuré par le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel (C.S.A) en 2001. Mais la liberté d'expression n'est pas l'apanage des "pro-Justice" :
« La création artistique doit choquer si elle a quelque chose à dire. Je ne suis pas pour un art qui doit être politiquement correct. On n’attend pas de l’art d’être d’accord avec lui. Une expression artistique se doit d’être libre. Mais en l’occurrence, Justice n’a pris aucun risque. Il ne dénonce rien, ne brise aucun tabou. Il n’y a rien de précurseur ! » estime Marc Cheb Sun, directeur de la rédaction de [Respectmag]url:http://respectmag.fr/, « Ils apportent juste un peu d’esthétisme à ce que l’on voit en Une des quotidiens. Ils n’ont que des images à montrer, mais pas de propos. Ce clip contribue surtout à un renforcement de clichés alors qu'une vraie provocation remet en cause les a priori. C’est du business de bas étage !

Les DJs seraient-ils les dignes les successeurs des rappeurs militants ? Dans un contexte social et politique tendu, l'art reste certes une des meilleures illustrations de la liberté d'expression mais sa responsabilité en tant qu'acteur politique ne doit pas être sous-estimée.Tout le monde ne dispose pas du recul nécessaire pour apprécier le 2ème degré d'un artiste ou déceler un simple "coup marketing".

Voici le clip, pour vous faire votre opinion.






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