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Politique

La gestion trop centralisée de l'islam de France, une impasse pour Terra Nova

Rédigé par Imane Youssfi et H. Ben Rhouma | Mercredi 22 Février 2017

Une gestion moins centralisée de l'islam de France, voici ce que préconise Terra Nova dans son rapport paru mercredi 22 février, qui veut voir l’Etat « remettre en cause sa traditionnelle tentation centralisatrice et reconnaître prioritairement la nature locale, diverse et décentralisée de l'islam en France ».



A la Grande Mosquée de Paris avec Bernard Cazeneuve, alors ministre de l'Intérieur.
A la Grande Mosquée de Paris avec Bernard Cazeneuve, alors ministre de l'Intérieur.
Terra Nova, think thank proche du Parti socialiste, revient sur l’organisation du culte musulman dans l’Hexagone dans un rapport sur « l’émancipation de l’islam de France » paru mercredi 22 février. L’étude, rédigée par Alain Christnacht, membre fondateur de Terra Nova, et Marc-Olivier Padis, directeur des études du think tank, questionne les limites de la représentation de la deuxième religion française autour du Conseil français du culte musulman (CFCM) et de la gestion trop centralisée de l'islam par les pouvoirs publics.

« Cette tentative de centralisation a été contre-productive car la représentation de l'islam en France est malmenée par le jeu des Etats étrangers qui gardent la main sur les instances représentatives du CFCM », estiment les auteurs, qui appellent à envisager la reconstruction du CFCM « à partir des conseils régionaux du culte musulman (CRCM), qui sont plus représentatifs de la réalité de l'islam en France et qui ont établi des relations constructives avec les préfectures et les collectivités locales ».

Remettre en cause la « traditionnelle tentation centralisatrice » de l'Etat

Si, pour Terra Nova, l'objectif des pouvoirs publics est « louable » - « émanciper l'islam de France des tutelles étrangères et des associations musulmanes transnationales dont on craint le prosélytisme et l'intransigeance religieuse », celui-ci ne peut être atteint « sans garder en vue un principe de la loi de 1905 : traiter l'islam à égalité avec les autres religions ». « L'enjeu n'est pas seulement de savoir comment on donne un interlocuteur à l'Etat mais aussi de vérifier qu'on garantit aux musulmans un traitement équitable au regard de l'organisation des autres religions », explique l’institut.

« Vouloir la création d'une instance centralisée est d'autant moins nécessaire que la loi de 1905 a été faite au contraire pour organiser les cultes à l'échelle locale de la communauté des fidèles », signifie Terra Nova. Il souhaite voir « favoriser la création de nouvelles associations de la loi de 1905 pour le culte musulman, qui bénéficient de diverses possibilités d’aides pour le financement des lieux de culte » comme « la contribution aux dépenses de réparation, la mise à disposition de locaux par les collectivités, les baux emphytéotiques, la garantie des emprunts contractés pour la construction. Et réorganiser la représentation nationale de l’islam sur la base de ces associations rénovées ».

Terra Nova estime que la puissance publique doit pouvoir « remettre en cause sa traditionnelle tentation centralisatrice et reconnaître prioritairement la nature locale, diverse et décentralisée de l'islam en France » et ainsi « concevoir un autre système de représentation, qui privilégierait l'échelle locale et régionale pour régler l'essentiel des questions pratiques d'organisation du culte ».

Inscrire deux jours fériés, musulman et juif, dans le calendrier civil français

Terra Nova préconise, dans un souci d’égalité de traitement des religions, l’instauration en France d'au moins deux jours fériés : un pour l’Aïd el-Kébir et l’autre pour Kippour et de supprimer « les deux lundis qui ne correspondent à aucune solennité particulière », à savoir les lundis de Pâques et Pentecôte. Cette dernière suggestion, maintes fois proposées, a été rejetée par la Conférence des évêques de France sans être réclamée par les organisations musulmanes ou juives.

« Il ne s'agirait pas de créer des dérogations ou des jours fériés spécifiques en fonction des appartenances confessionnelles mais bien des jours fériés nationaux correspondant à d'autres fêtes religieuses que les fêtes chrétiennes », souligne Terra Nova. « Cette reconnaissance officielle du pluralisme religieux serait en outre un message important vis-à-vis des Français musulmans, en montrant que le compromis historique ancien entre la République et l'Eglise catholique, qui a préservé des traditions catholiques (même presque méconnaissables, comme Noël), ne sert pas de prétexte à une neutralité biaisée et à un statu quo signifiant de fait des contraintes spécifiques pour les fidèles musulmans sur notre territoire. »





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