« Les musulmans de France sont entre 5 et 6 millions, il s’agit de la plus grosse communauté islamique du monde occidental, mais ils n’ont pas accès aux produits conformes à la Charia » a constaté Anouar Hassoune, vice président de Moody’s, une agence de notation de crédit, de recherche et d’information financière pour les marchés de capitaux. Zoubeir Ben Terdeyet, directeur d’Isla Invest, société de conseil en finance islamique, a confirmé quant à lui une « demande énorme de la part de la population musulmane française. Les musulmans sont des consommateurs à part entière, avec un fort pouvoir d’achat. Parmi eux, beaucoup d’entrepreneurs qu’il faut encourager. La croissance est bridée à cause du manque de financement. Et si un musulman a le choix, il ira vers le financement islamique. Il serait dommage de perdre toute cette expertise vers les pays du Golfe ».
Les banques françaises se sont pourtant déjà lancées dans ce type de services, essentiellement dans les pays du Golfe, en témoignent la BNP- Paribas et la Société Générale, et « des banques étrangères ont déjà déposé des demandes d’agrément pour implanter en France des banques de détail [c'est-à-dire qui n’investissent pas, ses clients sont des particuliers ou des PME, ndrl] a rapporté Jean-François Pons, directeur des relations européennes et internationales de la fédération bancaire française (FBF) lors de son exposé.
Un seul bémol à cette volonté commune d’aider au développement de la finance islamique en France : les divisions idéologiques internes à chaque religion. L’Islam ne fait pas exception malgré la présence d’un conseil de conformité à la charia qui doit valider le caractère islamique d’un produit financier ou d’une transaction financière. « La diversité d’écoles de pensées pourrait poser problème au développement d’un marché mondial » a expliqué maître Gilles Saint-Marc. Dans sa conclusion, le président de la commission des finances, Jean Arthuis, a soulevé l’aspect humain, effleuré au cours de la rencontre, où il était question surtout de « dimension éthique », en soulignant la possibilité pour la finance islamique d’être « un moyen d’assurer la parfaite intégration de la communauté musulmane française ». Il a également ajouté qu’il fallait « démontrer au-delà d’une volonté [de développer rapidement la finance islamique et de faire de Paris, une place susceptible de concurrencer Londres sur ce nouveau marché, ndrl], une capacité à réagir ».
* Estimation Moody’s.
* Selon la commission des finances du Sénat