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Société

La Fédération laïque des citoyens de sensibilité musulmane est officiellement lancée

Rédigé par Anissa Ammoura | Jeudi 18 Juin 2009

Lancée initialement en Provence-Alpes-Côtes-d'Azur (PACA) en 2007, la Fédération laïque des citoyens de sensibilité musulmane dite Mosaïc veut rassembler au niveau national, tous « ceux qui aspirent à être Français sans renier leur identité musulmane ». Se présentant apolitique et non cultuel, ce projet est ouvert aux associations, aux personnes physiques et aux sociétés commerciales. Soutenu par l'État, un congrès national fondateur de l'organisation est prévu pour fin 2010.



Cinq des sept membres fondateurs de la fédération Mosaïc*.
Cinq des sept membres fondateurs de la fédération Mosaïc*.

« Mon père était archéologue, j'ai donc vécu avec des mosaïques, pour moi, très belles. Quand on regarde une mosaïque, on s'aperçoit qu'elle est constituée de pièces très différentes, et pourtant elles atteignent une harmonie, et cette harmonie citoyenne, c'est ce que nous voulons pour notre pays », explique Marouane Bouloudhnine, lors du lancement, le 12 juin dernier, de la Fédération laïque des citoyens de sensibilité musulmane qu'il préside, dite Mosaïc.

Après une existence limitée à la Région Provence-Alpes-Côte-d'Azur (PACA) depuis 2007, celle-ci souhaite s'étendre au niveau national. Avec cette organisation, son président fondateur, Marouane Bouloudhnine, chirurgien et conseiller UMP à Nice, veut rassembler « ceux qui aspirent à être Français sans renier leur identité musulmane » et devenir un « espace d'expression pour cette population silencieuse » sans pour autant « basculer dans le communautarisme ».

Bien qu'ils refusent de mettre en avant leurs personnes et leurs réussites professionnelles, les membres fondateurs de Mosaïc, pour la plupart musulmans – mais pas tous – , espèrent néanmoins qu'elle sera un vecteur de « promotion sociale par l'exemplarité ».

Lors de la conférence de lancement du 12 juin, le président a précisé l'objectif de l'organisation : « La fédération Mosaïc se propose de rassembler nombre de composantes de la sensibilité musulmane dans un cadre laïc et républicain, complémentaire et respectueux du rôle cultuel du CFCM. » Sont visés les « 6 millions de citoyens de sensibilité musulmane (...), importants par leur nombre mais aussi par leur poids économique et social », dont le président de Mosaïc dénonce à leur égard « les préjugés défavorables, une incompréhension, le manque de visibilité positive dans les médias et un manque de représentation dans les institutions ».

Une caisse de résonance

Réfutant la qualification de « Crif musulman », cette organisation se refuse d'être un concurrent du Conseil français du culte musulman (CFCM), puisqu'elle exclut toute gestion du culte.

En partenariat avec l'association Convergence méditerranéenne, animée par la sous-préfète de la Région Île-de-France Malika Ben Larbi, Marouane Bouloudhnine donne deux ans à la fédération Mosaïc pour se constituer, avec un congrès national fondateur prévu pour fin 2010. Celle-ci bénéficie du soutien de l'Élysée, via une rencontre avec son secrétaire général Claude Guéant, et de l'octroi de subventions publiques.

Les membres de la fédération pourront être des associations, des personnes physiques ou des personnes morales sous forme de sociétés commerciales. « Une centaine de membres et une quarantaine d'associations réparties sur toute la France » font déjà partie de Mosaïc, selon son président, qui appelle à un « Grenelle des associations de sensibilité musulmane ». La liste complète des associations devrait, quant à elle, être connue à l'automne.

L'organisation fonctionnera de la même façon dans chacune des vingt-trois Régions de France, avec des commissions spécifiques qui traiteront de questions liées essentiellement à la politique de la ville : emploi, logement, discrimination, éducation... Elle souhaite être une « caisse de résonance » nationale de toutes les actions locales dans ces domaines.

Une fédération « apolitique » soutenue par l'État

Mosaïc va recevoir des subventions de l'État, d'« un niveau élevé ». Le soutien financier viendra, entre autres, de l'Acsé, l'Agence nationale pour la cohésion sociale et l'égalité des chances, et de la DAIC, la Direction de l'accueil et de l'interaction citoyenne. Le président estime pour autant ne pas vouloir « se substituer à l'État ».

Les positions prises par Mosaïc porteront uniquement sur des « sujets franco-français ». Exit les sujets internationaux comme le conflit israélo-palestinien.

Par ailleurs, Mosaïc se veut être une fédération apolitique, mais les membres appartiennent, selon Marouane Bouloudhnine, lui-même d'étiquette UMP, à diverses tendances politiques. Quant aux critères d'adhésion, ils ne sont pas encore fixés mais seront avant tout ceux « de citoyenneté, de respect des lois ».

La cotisation annuelle est fixée à 15 euros pour les associations et les personnes physiques. Celle des sociétés commerciales n'est pas encore déterminée.

« Sensibilité musulmane », une notion floue

Ouverte aux membres musulmans, pratiquants ou non, la fédération l'est aussi aux non-musulmans, mais de « sensibilité musulmane ». En effet, deux des membres fondateurs ne sont pas musulmans mais ont cette « sensibilité musulmane ». Il faut juste qu'ils « soient laïcs, qu'ils respectent les lois et qu'ils rentrent dans le moule ».

« Un individu ne se définit pas uniquement par sa religion. Jusqu'à maintenant, les musulmans étaient "unijambistes" », expliquait le président de Mosaïc au journal Le Monde. « Nous proposons aujourd'hui une jambe supplémentaire, avec un aspect laïque et citoyen. »

Le projet de Mosaïc va donc s'atteler à une entreprise délicate : représenter une partie de la population française sans la communautariser. Par ailleurs, la définition de « sensibilité musulmane » demeure encore floue et très subjective, bien qu'il faille souligner l'ouverture de la fédération aux non-musulmans.

La Fédération laïque des citoyens de sensibilité musulmane n'est pas la première initiative du genre. En 2003, deux organisations avaient été créées : le Mouvement des musulmans laïcs de Franc (MMLF) et le Conseil français des musulmans laïques (CFML). Mais toutes deux n'existent plus aujourd'hui.




* De gauche à droite, et de haut en bas : les vice-présidents Sami Cheniti (cadre au conseil général), Zied Essid (directeur général de l'office municipal de Drap) et Anne Danguillaume (directrice de la communication) ; le président Marouane Bouloudhnine ; et le secrétaire général Fouzi Bettache (directeur de société).




Lire aussi : Le premier dîner des « musulmans laïcs » repoussé

Site Internet de Mosaïc





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