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L’image du Hamas se renforce en Cisjordanie

Rédigé par pouf.badaboum@gmail.com | Jeudi 8 Janvier 2009

Les Palestiniens de Cisjordanie sont solidaires de leurs compatriotes de la bande de Gaza et perçoivent le Hamas comme la nouvelle organisation de résistance à Israël



Comme chaque jour depuis le début de l’offensive terrestre israélienne contre la bande de Gaza, Ramallah, la capitale palestinienne de Cisjordanie, s’est réveillée mercredi 7 janvier avec la gueule de bois. Ses habitants ont les yeux rivés sur les chaînes de télévision arabes.

Ils regardent les images avec horreur, colère et impuissance mêlées. La bande de Gaza n’est pas si loin, et pourtant un large fossé les sépare.

Ramallah ne connaît pas le blocus israélien. Certes, il est difficile pour ses habitants de se rendre à Jérusalem, voire impossible pour certains de circuler en Cisjordanie, mais il y a l’électricité, l’eau et une certaine opulence.

Grace à 65 ans. Chrétienne de Bethléem, elle s’est mariée il y a cinquante-deux ans à un Palestinien musulman de Ramallah. « Ce qui se passe est inacceptable, gronde-t-elle. Les Palestiniens de Gaza sont nos frères. Leur sang est le nôtre. Ce qui se passe là-bas est un crime. »

Son indignation est partagée par la majorité des habitants de Cisjordanie, qui ne peuvent s’empêcher de voir dans le Hamas le nouveau héros de la résistance palestinienne.

« Tout le monde se souvient qu’en 1967, les armées des pays arabes se sont effondrées en six jours. Au bout de douze jours d’assaut militaire israélien, le Hamas résiste toujours », observe un habitant.

Pourtant, les manifestations comme celle organisée mercredi 7 janvier à midi sur la place des Lions, au centre-ville de Ramallah, ne rassemblent pas les foules. Il est vrai que ce 7 janvier, Noël oriental, était un jour férié dans l’administration palestinienne. Et que de nombreux militaires et policiers palestiniens étaient présents.

Mahmoud Abbas veut jouer la carte de l'unité palestinienne

Ce silence cache aussi une profonde cassure entre Palestiniens. Pour ne pas en rajouter, le président Mahmoud Abbas, qui est à New York où il devait rencontrer un certain nombre de personnalités, a donné l’ordre aux médias locaux de ne pas critiquer le Hamas et de jouer la carte de l’unité palestinienne. Mais celle-ci existe-t-elle encore ?

Mahmoud Abbas peut-il encore prétendre resserrer les rangs, alors que la rupture est consommée entre son mouvement, le Fatah, et le mouvement islamique Hamas au pouvoir à Gaza, d’où il a chassé le Fatah ?

« Le moment est historique dans l’histoire palestinienne, remarque Hani Al Masri, directeur du Centre palestinien d’études et de recherche sur les médias, à Ramallah. Pour la première fois en quarante ans de conflit entre Israël et les Palestiniens, c’est le Hamas qui brandit le flambeau de la lutte contre Israël, non plus le Fatah ou l’Organisation de libération de la Palestine. »

« Le Fatah est profondément divisé, souligne Hassan Balawi, auteur de Gaza : dans les coulisses du mouvement national palestinien (1). La direction a adopté une ligne politique anti-Hamas, mais certains de ses membres reconnaissent la légitimité de la victoire du Hamas aux élections législatives de 2006 et de sa lutte contre Israël. »

Résultat : une grande partie de la base du mouvement est désarçonnée. « , reprendre la lutte à ses côtés, car c’est le peuple palestinien qui est agressé par Israël. »

Hassan Balawi connaît bien le Fatah, dont il fait partie. Il constate l’échec du mouvement à se transformer en parti politique.

« Il a essayé avant 2000, mais cette année-là, avec la seconde Intifada, une partie du Fatah est revenue à la lutte armée en s’engageant dans les mouvements armés comme les Brigades Al-Aqsa. En isolant Arafat, en assassinant des hommes politiques, Ariel Sharon, alors premier ministre israélien, a créé un vide politique au sein du Fatah, ce qui a favorisé l’autonomie de groupes armés sur lesquels le leadership politique n’avait aucun levier. »

« Les statuts du Fatah ont été arrêtés en 1989 et, depuis, ils n’ont pas bougé, constate encore Hassan Balawi. Ses institutions, ses textes fondateurs sont obsolètes et, à la différence du Hamas, il n’a pas de programme politique. Le parti est tellement divisé qu’il ne peut même plus se réunir en congrès. »

À l’opposé, le Hamas, comme les Frères musulmans, en Égypte, en Jordanie, au Maroc, a tissé sa toile dans la société à travers les organisations sociales et économiques.

Hani Al Masri se souvient d’une prédiction d’Ariel Sharon, en août 2005, après le retrait israélien de Gaza : « Attendez et vous verrez les Palestiniens se battre les uns contre les autres, et alors les États-Unis cesseront de nous demander la création d’un État palestinien. »

En tant qu’analyste indépendant, Hani Al Masri a conseillé il y a plusieurs mois au président Abbas de se rapprocher du Hamas et de sceller la réconciliation.

« Je lui ai dit d’arrêter les négociations avec Israël, de libérer les prisonniers du Hamas, de rencontrer Khaled Mechaal (chef du Hamas, réfugié en Syrie). En vain. Or, si le Hamas aujourd’hui est si fort dans la population palestinienne, chez les musulmans comme chez les chrétiens, ainsi qu’à l’extérieur dans le monde arabe, c’est parce que le processus de paix a échoué. Tout le monde sait que les négociations ne mènent à rien. La colonisation se poursuit, ainsi que la construction du mur et le blocus de Gaza. Les leaders palestiniens auraient dû avoir le courage de dire stop. »

Aujourd’hui encore, chacun semble camper sur ses positions. « Le Hamas n’acceptera une réconciliation qu’à ses propres conditions, c’est-à-dire avoir une représentation dans les institutions proportionnelles à son poids politique. Mahmoud Abbas préfère attendre et voir. Si au lieu de cela, il appelait son peuple à la résistance, à manifester dans les rues, il en retirerait un bénéfice », commente Hani Al Masri.

« Attendre qu’Israël en finisse avec le Hamas et aller à Gaza à la suite des chars israéliens serait suicidaire pour Abbas et le Fatah », met en garde Hassan Balawi.

(1) Éd. Denoël, 202 p., 16 €.

Agnès ROTIVEL (Ramallah), 7 anvier 2009

Source : www.la-croix.com




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