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Kill! Kill! Kill!

Confessions d'un GI's

Rédigé par Asmaâ Rakhô | Mardi 15 Novembre 2005

Il ne serait sûrement pas exagéré d’écrire que « Kill ! Kill ! Kill ! » nous donne la nausée, nous répulse et nous dégoûte. Méthodiquement, minutieusement, sans rien omettre ni occulter, Jimmy Massey, sous la plume de la journaliste Natasha Saulnier, revient sur ses douze années passées au sein du Corps, l’armée américaine. Sans concessions aucunes ni délicatesse inappropriée. Les termes sont crus, voire obscènes, les phrases le plus souvent courtes et percutantes et les faits saisissants dans leur horreur et la froideur de leur exécution.



Kill! Kill! Kill!
Perversité de certains chefs, bizutages cruels, recrutements hasardeux, divertissements sexuels dégradants, etc… : l’image de l’armée américaine telle que nous la dépeint Jimmy Massey est loin d’être reluisante. « J’ai 32 ans et j’ai reçu une formation de tueur psychopathe. Tout ce que je sais faire , c’est convaincre des gamins de s’enrôler chez les Marines, et tuer » résume d’emblée l’auteur, poursuivant peu après : […] Le matin quand on enfile son uniforme, on met son masque de gangster.[…] L’uniforme pour nous, c’est un costume de Superman.[…] Parce qu’il [le Marines] peut mourir demain, tout lui est permis ».

Toute la première partie de l’ouvrage va être consacrée à l’immersion dans le milieu militaire, à la description de l’entraînement ainsi qu’à celle du métier de recruteur. L’auteur devra d’abord apprendre, le plus souvent par la force, à se faire une place au sein de ceux qu’il nomme ses « frères », mais il fera aussi la connaissance d’instructeurs impitoyables aux méthodes parfois cruelles. Puis, en proie à des problèmes conjugaux de plus en plus aigus, Jimmy Massey demandera à être formé afin de devenir recruteur. Mais très vite, il se mettra à détester ce nouveau job dépourvu d’éthique et où le mensonge et la tromperie dominent. Déprime, « attaques de panique », tentations suicidaires, difficultés familiales, etc… Les résultats de Jimmy Massey en tant que recruteurs de « zozos » pour l’armée américaine s’en feront ressentir. Mais « une dernière chance » va lui être donnée : il est envoyé en Irak.

Le mépris envers la population locale, ceux qu’ils nomment tour à tour « négros des sables », « sauvages », « bicots » ou encore « bande de turbans », le nombre incalculable de bavures et dégâts collatéraux entraînant la mort de centaines de civils innocents, la joie débile et jubilatoire des hommes devant le spectacle de la mort, « ces corps déchiquetés, morceaux de barbaque projetés dans les airs », etc… ; l’ « enfer » irakien l’écœure. Le désenchantement est total, surtout après des opérations qu’il mène en compagnie et sous les ordres des services secrets et qui lui laissent un arrière-goût nauséeux et des soupçons inexpliqués.

Pourtant, Jimmy Massey n’occulte rien. Pas même les paroles abjects qu’il prononce, les actes ignobles qu’il lui arrive d’accomplir avec ses hommes. Mais les visions terrifiantes qui le hantent de plus en plus souvent la nuit dans le désert irakien viennent à bout de son moral, et il est loin d’être le seul Marines à se trouver dans le même état. Malheureusement, et comme il l’écrit sans états d’âme, « les instructeurs […] ont affiné notre savoir-faire de tueurs […]. En gros, ils nous ont fait passer du stade de jeunes pitbulls à celui de pitbulls de combat ». Alors pour les soldats tuer, « c’était comme de manger la première cuillère de votre glace préférée. On en redemande ». Dès que l’occasion se présentait, c’était l’hécatombe et l’horreur : « Une tête : Boum ! une autre : Boum ! le centre d’une masse dans le mille : Boum ! une autre : Boum ! ».

Seule fausse note, mais de taille, les trop nombreuses erreurs orthographiques, les barbarismes ou encore les redondances qui, à force, nous laissent une impression d’ouvrage bâclé sur la fin.

Kill! Kill! Kill!
386 pages
éd, Panama
2005




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