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Psycho

« J’en veux à mon père et à ma belle-sœur de me faire souffrir autant »

Rédigé par Lalla Chams en Nour | Mardi 21 Octobre 2014



« Je souhaite rester anonyme… Issue d’une famille ordinaire, je suis l’aînée d’une fratrie de quatre (un frère et deux sœurs). Nous avons grandi heureux. Cependant, la relation conflictuelle entre mes parents est venue nous déstabiliser.

Bien que les deux nous portent un amour inconditionnel, ma mère a toujours certes eu du mal à montrer ses sentiments mais jamais nous n’avons douté de son amour. C’est elle qui a repris l’école à 44 ans afin de nous faire vivre alors que mon père ne rapportait pas d’argent.

Elle m’a soutenue durant mes études de droit et grâce à elle, al hamdulillah, j’arrive au bout de mon master 2. Elle m’a payé mon permis, mes ordinateurs, m’a donné sa voiture avant d’en acheter une autre. Bref, elle a essayé tant bien que mal de veiller au bien-être de ses enfants !

À l’inverse, mon père a toujours été très expressif sur ses sentiments mais n’a jamais veillé à notre confort et, lors de rares accès de colère, se défoulait sur ma mère verbalement et physiquement. Pris par certaines affaires en Algérie, il oubliait souvent que nous étions, nous et ma mère, nés en France. De plus, sa distance avec la religion n’arrangeait rien et ne faisait qu’accentuer le fossé qui nous séparait de lui.

Vient alors la période la plus difficile, je rencontre en début d’année 2013 un homme avec lequel nous décidons de nous marier. Mon père, alors en Algérie depuis six mois, revient pour l’accomplissement de toutes les formalités. Je me trouve donc mariée religieusement deux mois après notre rencontre. Durant les préparatifs du mariage civil prévu en fin d’année, mon père se montre de plus en plus agressif envers ma mère. Il finit alors par lever la main sur elle deux mois avant mon mariage.

C’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase, ma mère décide de divorcer. Nous quittons la demeure familiale pleine de souvenirs, ma mère, mes sœurs et moi (mon frère étant resté avec mon père par simple devoir) pour nous retrouver de maison en maison avant d’avoir l’aide d’une amie qui nous laisse son appartement meublé et vide (elle vit en maison avec son mari).

Ma relation avec mon mari ne fait que se renforcer davantage, j’ai la chance de trouver une épaule, et un soutien très important dans cette épreuve. Il souffre avec moi et fait tout pour m’aider.

À cause de cette épreuve, j’abandonne les cours alors que je suis en master 2. Je me renferme sur moi-même et commence à sombrer lentement, malgré le soutien de mes amis, de ma famille et de mon mari. Al hamdulillah, Allah m’a donné la chance de n’être entourée que de bonnes personnes, toutes prêtes à m’apporter leur aide !

Durant deux mois, mon père nous harcèle, nous lançant à mes sœurs et moi des phrases horribles qui jamais ne sortiront de mon esprit, menaçant ma mère de meurtre, ce qui n’a fait que renforcer ma mère. Il se lâche surtout sur moi, en reportant la faute de son échec conjugal sur moi (ce qu’il a toujours fait d’ailleurs, bien que très gentil avec ses enfants, je n’en étais pas moins l’aînée source de ses soucis).

Le mariage se passe sans soucis, je décide avec mon mari de rendre visite à mon père qui ne me décroche aucun mot. Je décide alors de couper les ponts tant que ma colère et ma rancune ne passeraient pas.

Je reprends les cours avec difficulté mais, al hamdulillah, avec l’aide de mes professeurs et de camarades mais surtout celle d’Allah, je remonte très facilement la pente scolaire. Cependant, une déchirure est faite en moi, je ne suis plus la même.

Je vis désormais chez mes beaux-parents (personnes adorables) avec mon époux, en attendant que la maison dont il vient de devenir propriétaire puisse voir les travaux se terminer.
Je cache mon mal-être, n’en parle qu’à mon époux, toujours à mes côtés et qui me porte un amour inconditionnel.

Cependant, les épreuves ne se terminent pas, ce n’est qu’au bout du sixième mois de mariage que nous réussissons à consommer nos noces. Gloire à Allah de m’avoir accordé un mari doux et patient qui jamais ne m’a brusquée mais n’a fait que patienter et me soutenir. À cette époque, psychologiquement je suis anéantie.

À la fin de l’année scolaire, ce n’est qu’avec la grâce d’Allah que j’ai pu réussir, je trouve sans grande difficulté un stage. Et notre déménagement ne saurait que trop tarder, je remonte la pente lentement, malgré des problèmes de santé.

Cependant, rien n’est supposé couler comme un fleuve : ma belle-sœur (sœur de mon époux) m’accuse de la pire des choses, en me lançant en pleine figure (par SMS) que je drague son mari... Cela fait l’effet d’une bombe, étant donné que je ne lui adresse pas la parole.

Dans la foulée, j’apprends que je suis enceinte (sans l’avoir voulu) : al hamdulillah bien qu’ayant quelques soucis financiers, mon mari et moi vivons cette nouvelle comme une bénédiction.

Mais les accusations portées par ma belle-sœur, les nombreuses plaies ouvertes laissées par le divorce de mes parents m’ont affaiblie psychologiquement, et je me vois incapable de remonter la pente. Malheureusement, cela se termine par une fausse couche.

Aujourd’hui, mon mari et moi essayons de nous reconstruire, nous attendons toujours notre déménagement après neuf mois de mariage. Nous nous aimons, et je l’aime d’un amour incommensurable pour sa gentillesse, sa douceur et son soutien. J’en pleure tellement, je n’arrive pas à croire qu’après tout cela il soit encore à mes côtés. J’ai parfois l’impression de ne pas le mériter.

Malgré cela, je n’arrive pas à retrouver la force d’antan, je suis toujours malade alors que de nombreux examens ne décèlent rien de spécial, mon médecin se tue à me dire que c’est psychologique et qu’il faut que je me reprenne. Mais je n’y arrive pas !

Je pleure souvent, trop souvent, j’en veux à mon père, j’en veux à ma belle-sœur de me faire souffrir autant, surtout que je n’ai pas encore eu l’occasion de lui dire ce que je pensais de ses viles accusations et que, malgré ma fragilité, je garde mon gros caractère et mon impulsivité.

De plus, je me suis éloignée de mes obligations religieuses, je fais la prière avec beaucoup de difficulté, malgré la roqya.

Je sais au plus profond de moi que c’est psychologique et que je suis la seule capable de remonter la pente avec l’aide d’Allah. Mais je n’y arrive pas...

Je ne sais plus quoi faire, je suis confuse à l’image de ce message. J’ai besoin de votre aide et de votre clairvoyance.

Désolée pour la longueur du message. Puisse Allah vous bénir, vous ainsi que votre famille. »

Lalla Chams en Nour, psychanalyste

Chère correspondante anonyme, ma première réaction est de trouver que, malgré vos difficultés, quelle grâce vous avez reçue de rencontrer un mari attentif et aimant !

Si vous lisez parfois cette rubrique, vous aurez remarqué que de nombreuses femmes et hommes souffrent dans leurs relations affectives, n’arrivent pas à se comprendre, à s’accepter, et donc à s’aimer.

Ce n’est pas votre cas et cela devrait vous faire réaliser que vous ne devez pas passer à côté d’un tel cadeau en vous laissant impressionner par les médisances et les jalousies des autres. Ne vous laissez pas piéger par les « waswas », d’où qu’ils viennent, car vous en seriez complice. Essayez de vous élever au-dessus de ce niveau minimal de la conscience humaine !

Vous vous êtes adressée à une « psy » comme on dit pour demander conseil. Cela pourrait vouloir dire que vous avez déjà compris à demi-mot que, en matière de dépression, la prière, les rituels sont rendus encore plus difficiles par le manque de volonté, l’envie de tout laisser tomber et semblent ne plus être un recours. C’est là justement le piège.

Quand quelque chose s’effondre en soi et que l’on est incapable de remonter la pente, comme vous dites, c’est que l’on est touché au plus profond et que l’on n’a pas constitué encore les bons moyens de rassembler son énergie pour prendre du recul.

Vous le dites vous-même, votre relation avec votre père est faite de non-reconnaissance de votre valeur, de votre existence, de rejet, de violence psychologique. Cela ne m’étonne pas qu’au moment de votre mariage, un moment important pour vous, il se soit montré agressif.

Il y a là de quoi réfléchir…. Mais vous n’y parviendrez pas toute seule. C’est le rôle des psy d’aider les patients à prendre du recul sur leur histoire pour ne pas se laisser étouffer par les émotions : les peurs, les angoisses, les colères, les fuites, les pertes de confiance en soi, etc.

Il n’y a aucune honte pour un musulman à avoir l’humilité de reconnaître ses limites et d’avoir recours à la compétence de professionnels, qui, chaque jour, aident des dépressifs à s’en sortir, à retrouver l’énergie qui fait défaut.

Un traumatisme comme le vôtre, une relation dégradée avec le père, ne vous condamne pas à vie. Travaillez-y au moins pour ne pas gâcher cette belle relation dans le mariage !

La rubrique « Psycho », qu’est-ce que c’est ?

Des psychologues et psychanalystes répondent à vos questions. Musulman(e)s du Maghreb ou de France, professionnel(le)s actif(ve)s exerçant en cabinet, ils réfléchissent à votre problématique et tentent de vous éclairer à travers leur expérience professionnelle et leur pratique spirituelle. Ils peuvent vous aider à y voir plus clair en vous-même ou à mieux décrypter le comportement des personnes de votre entourage.
Ils ne sont pas médecins, même si on les désigne parfois comme des « médecins de l’âme », mais leur rôle est de vous aider à trouver en vous-même la meilleure réponse à vos interrogations sur vos relations aux autres, votre conjoint ou conjointe, vos parents, vos frères et sœurs, vos amis, vos collègues de travail, vos voisins...
Alors, n’hésitez pas, interrogez-les, ils tenteront de vous répondre en s’éclairant des plus belles pensées de l’islam.
Contactez-les (anonymat préservé) : psycho@saphirnews.com






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