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Monde

Inde : la vie des vaches plus sacrée que celle de musulmans

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Lundi 18 Août 2014



Inde : la vie des vaches plus sacrée que celle de musulmans
Une boucherie appartenant à des musulmans habitant le village de Dundahera, dans l’Etat de Haryana (nord de l’Inde), a été très récemment saccagée par une foule de personnes hindoues qui accusaient les commerçants, eux-mêmes battus, de vendre de la viande de bœuf.

« Quand j'ai essayé de les raisonner et de leur montrer les reçus prouvant que c’était de la viande de buffle et non de bœuf, ils ont commencé à faire pleuvoir des coups sur nous. Ils m'ont donné des coups de poing sur la poitrine, l'abdomen et la tête », a raconté depuis son lit d'hôpital Muhammad Israr, l'une des victimes, au journal The Hindu le 15 août.

La cinquantaine de villageois qui ont participé aux violences ont jeté la viande dans une poubelle avant de l'asperger d’acide. Selon des témoins, dont Muhammad Israr, les agents de police présents pour réguler la circulation n’est pas intervenue pour venir en aide aux musulmans attaqués. Plusieurs commerçants musulmans voisins ont fermé boutique de peur d'être aussi agressés. Des morceaux de la viande incriminée ont été envoyés au laboratoire afin de vérifier s'il s'agissait ou non de bœuf.

La protection des vaches, une priorité pour le BJP

Du fait qu'elle produit le lait, la vache, symbole de la mère nourricière, est un animal sacré pour les adeptes de la religion hindouiste, très majoritairement végétariens, obligeant les musulmans ainsi que d'autres minorités religieuses dans de nombreuses régions à adapter leur consommation selon les us et coutumes locales.

Des lois d'interdiction d'abattage, de vente et de consommation de bœuf sont en vigueur dans plusieurs régions. Ainsi, au Madhya Pradesh et au Gujarat, dirigés par le parti nationaliste hindou, le Bharatiya Janata Parti (BJP), ceux qui mettent à mort des bovins risquent sept ans de prison. A Haryana, l'Etat où ont eu lieu les incidents, ces faits sont passibles de cinq ans d'emprisonnement. Seuls une dizaine d'Etats sur les 29 qui unissent l'Inde légalisent l'abattage des bovins.

Pourtant, malgré les nombreuses restrictions et le végétarisme indien, le pays est aujourd'hui le deuxième exportateur mondial de bœuf. L’inquiétude des musulmans, qui occupent largement le marché, est forte depuis la prise du pouvoir en mai dernier de Narendra Modi, le leader du BJP, accusé notamment d'instrumentaliser la sacralité des bovins pour restreindre les libertés de la minorité musulmane.

Le passé de l'actuel Premier ministre - son implication dans des émeutes au Gujarat en 2002 qui ont fait 2 000 morts - suffit à appuyer la méfiance des musulmans. Durant la campagne, il avait inscrit au programme la protection des vaches comme une de ses plus grandes priorités et non la promotion du vivre ensemble entre hindous et musulmans... La construction d'un temple hindou sur un site disputé des deux communautés se trouve être ainsi une des promesses du BJP. Des violences se sont multipliées ces derniers mois contre la minorité, qui constitue 14 % d'une population forte de quelque 1,3 milliards de personnes. Plusieurs familles musulmanes, propriétaires de commerces autres que des boucheries, ont été forcées de fuir le village de Basai, voisine de Dundahera, après avoir été la cible de violences début août.

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