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Culture & Médias

Harry en immersion, un documentaire qui divise

Rédigé par Leïla Belghiti | Vendredi 16 Avril 2010

Le reportage tant attendu de Harry Roselmack sur « les fondamentalistes musulmans » s'est fait la part belle de l'Audimat, mardi soir, en rassemblant 1,5 million de téléspectateurs (22,1 % des audiences).



Harry Roselmack et cheikh Salim Abou Islam, imam à la mosquée Ibn Baz de Marseille et un des principaux protagonistes du documentaire.
Harry Roselmack et cheikh Salim Abou Islam, imam à la mosquée Ibn Baz de Marseille et un des principaux protagonistes du documentaire.
Harry était donc en « immersion » à Marseille, cette fois, après avoir farfouillé « Derrière les murs de la cité » de Villiers-Le-Bel, en région parisienne, une émission diffusée en novembre dernier, peu avant le tournage du reportage sur « les fondamentalistes musulmans ».

Le journaliste vedette de TF1 nous a fait découvrir des « fondamentalistes » finalement pas si dangereux que ne pourrait se l'imaginer le citoyen ordinaire. « Du moment qu'ils n'explosent pas dans la rue, ça va ! » pourrait-on presque dire. Et pour cause, depuis les fameux attentats du 11-Septembre, les musulmans, et particulièrement ceux dont la pratique est par trop visible – l'imam Salim à la bonne barbe, par exemple – sont vite catalogués par les médias danger numéro un.

Roselmack aurait, dans son reportage, quelque peu innové dans le traitement médiatique infligé à cette composante de la population. D'emblée, il précise s'intéresser aux « salafistes qui ne représentent que 12 000 fidèles sur les 5 millions de musulmans de France ».

Une empathie journalistique qui libère la parole

L'émission a fait couler beaucoup d'encre, déjà depuis que le journaliste s'était vu accusé de kidnapper en compagnie de son « ami » Djamel, un sympathique « salafi » de 23 ans, le mouton de l'Aïd pour les besoins du reportage. Une accusation infondée selon l'intéressé, qui en veut à des journalistes jaloux prêts à lui flanquer des bâtons dans les roues.

A la vision du documentaire, on constate en effet que Harry n'a fait que suivre son protagoniste sur le lieu de l'abattage et ne l'a en rien « obligé » à des fins de sensationnalisme : on voit davantage un Djamel soucieux de se conformer à la lettre à la Tradition prophétique mais qui renvoit, par devers lui (l'innocence du jeune apprenant en islam empli de sa nouvelle foi ?), irrémédiablement au cliché du « mouton dans la baignoire »... Scandale.

Montage soigné, parole libérée, Harry prend le temps d'observer, d'écouter, de questionner sans heurter ni vouloir « coincer » ses interlocuteurs. Le journaliste développe une vraie attitude d'écoute et d'empathie, réussit à gagner leur confiance, et parvient à se faire inviter chez les uns et les autres.

Résultat : un film sur le vif, au fur et à mesure des rencontres, au plus près des visages et des lieux. Abattage illégal du mouton, port de la burqa, conversion, prosélytisme, polygamie, non-mixité... En toute bonne foi, les quatres « frères », drapés de blanc, répondent à tout. Leur message : qu'on les laisse tranquillement pratiquer leur religion – ou plutôt leur vision jusqu'au-boutiste de la religion ?, serait-on tenté de dire.

En voix off, le journaliste dresse en effet un bilan mitigé : « Quelle place pour Djamel et ses frères salafistes dans une République dont ils n’acceptent pas toutes les règles ? Peut-on imaginer qu’ils puissent un jour renoncer à ce qui les coupe irrémédiablement des valeurs de la France ? Peut-on imaginer un jour une société française sans préjugés à leurs égards, sans fantasmes et sans craintes ? »

Communautarisme : la faute aux débats stériles lancés par l'État ?

À y voir de plus près, la trame n'est pas si sorcière qu'elle n'y paraît. Encadré par Bernard Rougier, islamologue, auteur de  Qu'est-ce que le salafisme ?, le documentaire résume la pensée du chercheur, retranscrite dans une interview parue en janvier 2009 dans le magazine L'Expansion : « Le salafisme, c'est l'analyseur de la crise du lien social : partout où celui-ci se délite, il s'introduit pour recoder la réalité sociale en termes religieux. (...) Le danger réside dans cette tentation : céder la gestion du social aux imams salafistes pour obtenir la paix civile. » Harry et son chercheur renverraient donc la balle aux institutions publiques.

« On entretient beaucoup de fantasmes autour du salafisme qui, finalement, ne permettent pas de l'étudier de manière objective », estime Mohamed-Ali Adraoui, chercheur et enseignant à Sciences-Po, spécialiste du salafisme. Pour lui, les salafis, loin de former une secte, s'inscrivent dans un « puritanisme musulman », un courant de pensée qui se donne pour objet de « restituer la voie des pieux prédecesseurs ». Ainsi donc, basta les affaires politiques. Pour preuve qu'ils ne s'y intéressent pas, « la majorité des salafis pense émigrer un jour ou l'autre vers un pays ''musulman'' », note le jeune chercheur.

Constat : ni blanc ni noir

Au lendemain de la diffusion du documentaire, les téléspectateurs sont partagés : « J'ai aimé l'émission mais Roselmack essayait d'enfoncer les musulmans, et l'imam n'aurait pas dû refuser la parole à sa femme », fait remarquer Najma, une saphirnaute. « Et Djamel, je suis tombée sous le charme !... »

« Au début je n'y ai pas cru, je pensais que c'était une fiction et qu'ils allaient le dire à la fin... mais non ! », commente Aurélien. « Et il n'est pas sûr que ce reportage soit bénéfique pour les musulmans "normaux" de France, car automatiquement des amalgames vont être faits », prévient-il. « Je crois aussi que quelques intervenants vus dans ce reportage nécessitent d'urgence un placement en hôpital psychiatrique ! », ironise-t-il.

Tâlib se veut interrogateur : « Monsieur Roselmack est en accord avec son éthique de vie et son boulot, les musulman(e)s dans ce reportage sont-ils réellement en accord avec les enseignements de l'islam ? Si l'un monte un spectacle et show télévisuel, qui sont les acteurs principaux et conscient(e)s de ce spectacle et show télévisuel ?! »

Mehdi a, lui aussi, visionné le documentaire, et se dit « blasé » de tant de bruits sur les musulmans : « Qu'on nous fiche enfin la paix ! », lance-t-il, comme pour résumer le ras-le-bol de sa communauté de foi.






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