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Facebook : du « like » au « dislike »

Rédigé par Matthieu Turpain | Vendredi 19 Avril 2013

           

Que le réseau social créé Outre-Atlantique suscite des controverses n’est pas chose nouvelle. Que ses programmeurs soient très souvent en indélicatesse avec le droit applicable aux données personnelles non plus. Mais que Facebook favorise (à son insu ?) la divulgation de statistiques précises sur le sexe, l’origine ethnique ou bien l’opinion religieuse est un signe alarmant de la marchandisation croissante de la vie privée des individus.



Facebook : du « like » au « dislike »
« Tu n’as pas de compte Facebook ? Mais pourquoi ? » Voilà les deux principales questions posées par la plupart des utilisateurs du célèbre réseau social aux personnes souhaitant garder un contact direct avec leurs proches.

Car, aujourd’hui, une personne qui souhaite exercer son libre arbitre en refusant de créer un compte Facebook peut rapidement passer pour marginale ou plutôt se voir marginalisée ! Chaque innovation des développeurs de Facebook s’efforce d’être aussi créative que possible, mais, dans les faits, il ne s’agit pas tant d’améliorer l’interaction sociale que de renforcer le « voyeurisme social ».

Le profilage politique et sexuel des utilisateurs

Une autre grille de lecture, libérale, verra dans un le refus d’un compte Facebook matière à admiration pour les défenseurs de la vie privée et des libertés individuelles. En décidant de ne pas souscrire un compte Facebook, le « rebelle » met à l’abri ses photos de vacances, ses opinions politiques ou encore son orientation sexuelle.

De plus, des chercheurs britanniques ont dévoilé une étude en février dernier qui devrait conforter les « non-inscrits » dans leur position. Cette étude avait pour objectif d’établir un modèle mathématique permettant, à partir des« like » des pages, de dresser avec précision le profil de l’individu en se fondant sur différentes variables. La méthode ? Confronter des profils fictifs avec les profils réels des utilisateurs, à partir d’un échantillon représentatif. Ainsi, le sexe, l’opinion politique, l’orientation religieuse ou encore les comportements déviants (usages de stupéfiants) sont les données où le coefficient de corrélation entre le profil supposé et le profil réel de l’individu reste supérieur à 0,82.

La marchandisation des données personnelles

La mise en place d’un tel modèle mathématique inspire admiration et méfiance. De leur propre chef, les auteurs craignent une dérive dans l’utilisation du modèle par les entreprises ou bien les autorités publiques. Un usage massif et systématique de collectes des données porterait atteinte aux libertés individuelles et accroîtrait significativement la méfiance des individus dans les NTIC. Craintes légitimes si l’on en croît l’étude menée par les chercheurs britanniques !

Il est de notoriété publique que des informations transitent entre les directions technique et commerciale de Facebook et avec des entreprises (ou les autorités publiques : par exemple, dans le cadre d’une enquête ordonnée par un juge). Il est également de notoriété publique que l’ensemble des informations que nous souhaitons mettre à la disposition de Facebook nous appartiennent, mais deviennent aussi utilisables par celui-ci dans leur intégralité. Peu d’utilisateurs consultent le très long développement sur la politique d’utilisation des données. Mal leur en prend car elle révèle des détails infiniment troublants.

En créant un compte, on ne peut donc pas reprocher au réseau social de divulguer nos informations et données personnelles puisqu’il est écrit noir sur blanc que c’est la politique de la maison et qu’on a donné son accord en acceptant les conditions du service fourni.

Le culte de l’égo et ses risques

Plus un utilisateur est actif sur Facebook, plus des informations le concernant sont collectées (le plus souvent à son insu et pas nécessairement à son profit). Sont donc récoltés par la direction technique du social network : outre les photos, le type de navigateur utilisé, les coordonnées GPS, les commentaires & « likes », les informations consultées via la barre de recherche ou encore l’historique de navigation sur les pages. La liste est encore longue et a de quoi rendre anxieux les défenseurs des libertés individuelles et du respect de la vie privée. En ce sens, la société Facebook est codétentrice des données puisqu’elle peut les fournir aux annonceurs publicitaires, soit tout type de société désireuse d’avoir une promotion affichée sur Facebook. Les utilisateurs ont sûrement déjà remarqué que les publicités adressées sur la page d’accueil sont très ciblées et correspondent relativement bien à leur profil. Point de hasard !

Si, après la lecture de cette réflexion, un utilisateur décide de supprimer son compte, il ne supprime pas l’intégralité de ses informations, loin de là. Certaines données transmises à l’occasion des interactions avec ses « amis » restent pour une durée inconnue dans les serveurs de la société : le fait d’avoir publié dans un groupe ainsi que les messages échangés avec un « ami » ne disparaissent pas. En somme, il vaut mieux être irréprochable dans l’utilisation que l’on fait du réseau social car les preuves sont quasi-éternelles. Si la justice peut y trouver son compte, l’honnête utilisateur sera davantage inquiet de voir un « droit à l’oubli numérique » inexistant.

Quand la ligne rouge du numérique sera-t-elle franchie ?

Alors que des personnalités politiques françaises se battent pour le droit à l’oubli numérique, il convient de s’interroger sur le devoir d’information de la part des sociétés impliquées dans le développement des NTIC. Sans prendre part autraditionnel débat du droit « de » ou « à » et des rapports entre droits et devoirs, les sociétés qui ont fait du numérique leur marque de fabrique et leur modèle économique sont insuffisamment soumises au devoir d’information des utilisateurs. Pour preuve, la société Facebook, sous couvert de « simplification », complexifie de plus en plus les paramètres de confidentialité. Nous avons là une parfaite illustration du clivage entre libéralisme et « marketing », que la doxa confond si aisément.

Le politique doit donc se saisir de ces questions qui restent en suspens, inquiètent les spécialistes et laissent les profanes au ban d’une révolution numérique très rapide. À ce jour, le gouvernement de Jean-Marc Ayrault a présenté une feuille de route sur le numérique [1] où le droit à l’oubli est mentionné : les autres gouvernements doivent être associés à la discussion. Le risque ? Qu’un micro-droit soit mis en place et soit inefficace contre les géants de l’Internet, fondé sur des territoires où le droit français par définition n’est pas en vigueur.

note
[1] Page 10 de la feuille de route. Seul regret : le corpus des mesures en question sera proposé au Parlement uniquement à l’horizon 214.





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