Connectez-vous S'inscrire






Religions

Etats-Unis : avec le mormon Mitt Romney, à la découverte de sa religion

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Lundi 5 Novembre 2012

Le nom du prochain président des Etats-Unis sera connu mardi 6 novembre. Face à Barack Obama, on a découvert ces derniers mois son rival républicain Mitt Romney, de confession mormone, une religion minoritaire dérivée du christianisme. Méconnue tant aux Etats-Unis qu’ailleurs, elle lui vaut d'être souvent assimilée à une secte. Focus sur ce culte et ses pratiques, qui soulèvent bien des interrogations et des suspicions, y compris auprès des chrétiens et des musulmans dont les valeurs morales sont pourtant similaires. Toutefois, la conception même de Dieu et du prophète Jésus, est très différent, tout comme leur rapport au Proche-Orient.



Mitt Romney, le premier mormon à la tête des Etats-Unis ? Résultats le 6 novembre.
Mitt Romney, le premier mormon à la tête des Etats-Unis ? Résultats le 6 novembre.
Barack Obama a été le premier président afro-américain des Etats-Unis en 2008. Si le candidat démocrate perd les élections, il cédera sa place à Mitt Romney et ainsi, au premier mormon de l’Histoire de son pays à occuper la Maison Blanche.

Le mormonisme, appelé aussi Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours (SDJ), est une religion minoritaire. Elle revendique tout de même 14 millions de membres, dont 6 millions aux Etats-Unis, terre de naissance, dans les années 1820, de cette Église chrétienne restaurationniste, qui prétend restaurer le christianisme des origines.

Un groupe religieux dynamique

Avec 2 % de la population américaine, elle se classe aujourd’hui en quatrième position des religions les plus suivies des Etats-Unis grâce au nombre d’adeptes baptisés. Le nombre de fidèles auraient même augmenté de 45 % entre 2000 et 2010, faisant des mormons le groupe religieux le plus dynamique avec les musulmans, selon l’Association of Religion Data Archives. Le mormon est prosélyte par devoir : tous les fidèles sont obligés de partir en mission pour deux ans. Mitt Romney lui-même a été missionnaire en France de 1966 à 1968.

A chaque religion, son livre et pour les « Saints des derniers jours », il s’agit, en plus de la Bible, du Livre de Mormon, qui tire son nom d’un prophète nommé Mormon, qui aurait vécu au 4e siècle après Jésus-Christ. Cet ouvrage canonique du mormonisme a été publié en 1830 par Joseph Smith, fondateur de la SDJ, qui a affirmé avoir été témoin, dès l’âge de 14 ans, de la vision de Dieu et de Jésus 10 ans plus tôt. Il se serait alors vu confier une mission divine, à savoir restaurer le christianisme originel, et aurait reçu, en 1823, la visite d'un ange nommé Moroni qui lui révéla l'emplacement de saintes écritures, aujourd’hui le Livre de Mormon.

Etats-Unis : avec le mormon Mitt Romney, à la découverte de sa religion

Jésus, fils de Dieu, attendu par les Mormons

Le prophète Jésus, tel qu’il est connu par les musulmans, est bien différent pour les mormons puisqu’il est considéré comme le « Premier-né du Père en esprit et le Fils unique du Père dans la chair », qui a créé la Terre sous la direction du Père, et qu’il est le Dieu de l’Ancien Testament. Les Mormons n’acceptent toutefois pas la trinité : ils croient que chaque membre de la divinité (Père, Fils, Saint-Esprit) est un être distinct, étant uni en tout sauf en personne, ce qui leur vaut de ne pas être considérés comme chrétiens par les autres Eglises.

La SDJ, qui attend la venue du Christ, aux États-Unis, pour voir établir un royaume de 1 000 ans de bonheur, affirme être dirigée par Jésus lui-même, par l'intermédiaire d'un prophète vivant. Thomas S. Monson, 16e président de l'Église, endosse ce rôle depuis 2008.

Cette nouvelle religion, contraire aux croyances de leurs concitoyens majoritairement protestants, a été vite diabolisée dès son apparition au 19e siècle. Des ordres d’exterminations avaient même été lancés contre eux. Longtemps pourchassés, les mormons ont trouvé leur salut en s’installant dans l’Utah, seul Etat américain où ils représentent aujourd'hui la majorité de la population. C’est d’ailleurs à Salt Lake City qu’ils y ont installé leur siège mondial.

Une pratique rigoureuse, des experts en généalogie

Comme les autres religions monothéistes, les mormons refusent le droit à l'avortement, au mariage homosexuel et aux relations sexuelles hors cadre du mariage, au point où les mormons reconnus coupables de ces fautes sont excommuniés et leur accès aux temples, interdit aux non mormons, refusé. Des positions sociétales partagées avec le parti républicain. Pour plaire à son électorat conservateur, M. Romney n’a eu de cesse de durcir le ton et a choisi comme colistier Paul Ryan, un fervent catholique ultra-conservateur.

Selon les croyances mormones, le mariage est une ordonnance sacrée qui lie un homme et une femme pour l’éternité, par delà la mort. Une conception du mariage qu’on retrouve dans la tradition musulmane, à moins que l’un des conjoints soit destiné à l’Enfer. Pendant longtemps, la polygamie a été acceptée par la SDJ avant qu’elle ne se l’interdise en 1889, ce qui a conduit à la création de branches mormones dissidentes, qui estiment que la SDJ a eu tort de prohiber cette pratique.

Alcool, tabac, drogue, thé ou encore café : les « Saints des derniers jours » n’y ont pas le droit. Ils sont dans l’obligation de jeûner au moins une fois par mois et de reverser 10 % de leurs revenus à l’Eglise, devenue richissime avec le temps.

Les mormons sont aussi connus pour leur expertise en généalogie, développée pour des raisons religieuses. En effet, ils estiment que seules les âmes des personnes baptisées peuvent être sauvées. Pour sauver un maximum d’âmes, la SDJ offre la possibilité de sauver également ceux des défunts, qui peuvent être baptisés post-mortem par des personnes encore vivantes et qui ont déjà été elles-mêmes baptisées, à condition de ne soumettre que les noms des ancêtres de leur propre famille, d’où l’importance de la généalogie.

Les mormons, pro-Israël

Mitt Romney, ami de très longue date avec le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, clame haut et fort son soutien à l’Etat d’Israël et a fait du renforcement des relations américano-israéliennes un de ses engagements de campagne, ce qui lui vaut une popularité auprès de la communauté juive.

Ce soutien s’explique aussi par des raisons religieuses : les mormons, dont l’un de ses symboles est l’étoile de David et non la croix, se disent Israélites, descendants de la Maison d’Israël et revendique le judaïsme comme base de leur religion. Ils estiment que les Amérindiens sont les descendants des tribus perdues d'Israël, les Etats-Unis, la « Terre promise », et les Américains, le peuple élu.

Les traits communs ont d’ailleurs poussé David Ben Gourion, créateur de l'Etat d'Israël, à affirmer, en 1976, auprès d’Ezra Taft Benson, futur président de la SDJ : « Il n’y a aucun peuple au monde qui comprend mieux les juifs que les mormons. » Les Palestiniens n’espèrent vraiment pas la victoire de M. Romney, qui a affirmé en septembre que le peuple palestinien « ne s'intéresse absolument pas à la paix. » La paix n'est vraiment pas au cœur de son programme en matière de politique étrangère.

Avec Romney, l’image des mormons renouvelée

Joseph Smith, qui avait été candidat à la présidentielle, a connu un destin tragique puisqu’il a été tué par une foule en colère lorsqu’il fut jeté en prison en 1844, accusé alors de vouloir établir une théocratie. Les temps ont changé. Bien que 18 % des électeurs sont réfractaires à voter pour un mormon, 60 % se disent « à l'aise » avec l’idée, selon un sondage du centre de recherche Pew paru fin juillet.

Les deux candidats à la présidentielle sont au coude-à-coude dans les sondages. Si le multimillionnaire Romney ne gagne pas les élections, il aura toutefois mis en lumière une religion méconnue. L’Église mormone, qui a affirmé sa neutralité dans la campagne, aura trouvé en M. Romney son missionnaire le plus prestigieux.






Loading










Nos services web

Recevez le meilleur de l'actu