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Société

El Yamine Soum : « Il faut décloisonner l'école devenue un sanctuaire »

Rédigé par Assmaâ Rakhô-Mom | Mardi 2 Septembre 2014

L’actualité très récente l’a démontré, certains parents ont développé une défiance manifeste à l’égard de l’école. Mais cette méfiance n’est-elle le fait que des parents musulmans ? Et que révèle-t-elle de l’école d’aujourd’hui ? Ce sont ces questions, et d’autres, que Saphirnews a posées à El Yamine Soum, auteur avec Anas Jaballah et Jean Grégoire, de l’ouvrage « Les Nouveaux Défis de l’éducation » (Les points sur les i). Entretien.



El Yamine Soum : « Il faut décloisonner l'école devenue un sanctuaire »

Saphirnews : Il existe une certaine méfiance à l’égard de l’école publique. Mais n’est-elle le fait que des parents musulmans ou des familles musulmanes ?

El Yamine Soum : La question se pose plutôt en termes de classe sociale. C’est-à-dire qu’en France, dès qu’on a l’occasion de fuir la classe du dessous on le fait, et l’école n’échappe pas à cette forme de ségrégation au niveau de l’espace. Donc plus on a un capital culturel élevé, plus il existe une sorte de méfiance à l’égard de l’école publique. La méfiance est due au manque d’autorité au sein de l’école et à la question de la qualité de l’enseignement.

Que révèle cette méfiance ? Que dit-elle de l’école aujourd’hui ?

El Yamine Soum : L’école est une des dernières grandes institutions, l’autorité se trouvant auparavant dans l’Église, dans l’armée et dans la famille. Or la famille est aujourd’hui en pleine transformation (nombre des divorces élevé, familles recomposées, familles monoparentales), et on demande donc à l’école d’assurer la gestion de l’autorité. Dans certains établissements, la première problématique mise en avant, avant même l’enseignement, est celle de l’éducation, de l’autorité. La méfiance révèle donc la crise de la vision de ce qu’est l’école, et aussi la sanctuarisation de l’école, la distance marquée de l’école par rapport à la société.

Il existe un engouement certain autour de l’enseignement alternatif et les écoles privées se multiplient et ne désemplissent pas, au contraire ! Cela contribue-t-il à renforcer les inégalités ?

El Yamine Soum : Bien sûr ! Surtout que sous l’ère Sarkozy on a pu observer un soutien à l’école privée, et donc une volonté politique de la renforcer. On observe également que l’école et, de manière générale, l’enseignement deviennent un marché, avec le développement des cours privés, etc. Cela accentue effectivement les inégalités et un certain nombre de clivages existants dans la société.

El Yamine Soum : « Il faut décloisonner l'école devenue un sanctuaire »

Dans votre livre, vous écrivez que l’école suscite une forte appréhension auprès des parents, du fait de différents facteurs, comme la barrière linguistique, le fait qu’ils soient faiblement dotés en capital scolaire, qu’ils aient des complexes, etc.

El Yamine Soum : C’est vrai pour les primo-arrivants, pour les populations migrantes. Je l’ai observé notamment du côté de Saint-Étienne avec l’immigration d’Europe de l’Est ou d’Afrique subsaharienne. Mais la première des difficultés reste la perception de l’école, pas perçue comme assurant son rôle d’autorité, alors que dans les générations précédentes existait une certaine sacralisation de l’école et des lieux de savoir. Cette perception négative de l’école renforce ce sentiment d’inutilité et l’investissement des parents va, de ce fait, être moindre.

Avez-vous rencontré des enseignants pour la rédaction de votre livre ? Si oui, quel est leur sentiment ?

El Yamine Soum : C’est très partagé ! On a l’enseignant passionné, celui qui se dit qu’il enseignera un temps avant de passer à autre chose, ou encore celui qui va être dans une forme de distance. Mais, globalement, on sent une forme de fatigue. Fatigue due au sentiment de ne pas être écoutés, relayés, considérés, du point de vue symbolique comme pécuniaire.

Diplômé de sociologie, de relations internationales et d’études latino-américaines, El Yamine Soum a publié avec Vincent Geisser « Discriminer pour mieux régner », en 2008,  et un ouvrage collectif  « La France que nous voulons », en 2012.
Diplômé de sociologie, de relations internationales et d’études latino-américaines, El Yamine Soum a publié avec Vincent Geisser « Discriminer pour mieux régner », en 2008, et un ouvrage collectif « La France que nous voulons », en 2012.

S’il fallait mettre en place trois réformes urgentes de l’école, quelles seraient-elles ?

El Yamine Soum : Il faudrait d’abord s’attacher à faire en sorte qu’à l’école primaire il existe un accompagnement individualisé s’agissant des savoirs fondamentaux (lire ; écrire ; compter). C’est en effet juste après, au collège, que se joue le décrochage. C’est donc la base.
Ensuite, nous avons aujourd’hui un nouvel acteur, à savoir l’internet et les nouvelles technologies. Il faudrait en faire des outils de transmission des savoirs. Car le problème n’est pas tant le manque d’informations, c’est plutôt le fait de la trier.
Enfin, il faudrait parvenir à décloisonner l’école, et réussir à en faire un lieu public dans lequel les parents s’investiraient davantage, pour réduire cette distance entre l’école et les parents.






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