Connectez-vous S'inscrire






Monde

Documents compromettants au 36 rue Botzaris

Rédigé par Pauline Compan | Mercredi 22 Juin 2011

Une urgence humanitaire doublée d'un scandale politico-judiciaire. Le 36 rue Botzaris (Paris 19e) sera désormais célèbre. A cette adresse : l'ancien « centre culturel Tunisien », propriété du parti de l'ancien dictateur Ben Ali (RCD), aujourd'hui annexe de l'ambassade tunisienne. Un changement précipité par la présence de migrants tunisiens. Sans ressources, plusieurs dizaines d'entre eux avaient occupé illégalement le bâtiment. Traqués par la police, ils ont subi plusieurs rafles, à la limite de la légalité.



 Documents compromettants au 36 rue Botzaris
Certains acteurs militants n'ont pas hésité à se mobiliser. Ainsi, le hashtag #botzaris36 a rapidement fait le buzz sur le réseau social Twitter. Ces militants se tiennent aux côtés des Tunisiens et constatent la pression qu’exercent quotidiennement les forces de l'ordre. En plus de ce problème humanitaire, s'est ajoutée une découverte surprenante dans le bâtiment du 36 rue Botzaris : des documents internes au RDC. Des notes compromettantes, à la fois pour les anciens du réseau Ben Ali mais aussi sur les relations entre la France et l'ancien pouvoir tunisien. Explications.

Des documents convoités

Le 31 mai une centaine de réfugiés tunisiens occupe l'immeuble situé rue Botzaris. Une chaine de solidarité se crée autour d'eux et des personnes découvrent, dans les locaux, des documents émanant du RDC : des lettres, des factures mais également des listes de journalistes opposés au régime de Ben Ali ou encore des fiches sur des politiques français. Suite à cette stupéfiante découverte, une plainte visant des blanchiments d'argent, effectués par Ben Ali, est aussitôt déposée par les associations Sherpa et Transparence Internationale.

Un juge est alors saisi du dossier, comme le rapporte des informations d'Owni et projette une perquisition au 36 rue Botzaris. Elle ne pourra avoir lieu. En effet, le 17 juin dernier, le bâtiment devient une annexe de l'ambassade tunisienne, bénéficiant ainsi du statut d'extra-territorialité. Un changement précipité qui laisse penser que certains responsables tunisiens et français n'avaient pas intérêt à ce que ces documents tombent aux mains de la justice.

Mais où sont désormais ces documents ? « Une partie se trouve toujours dans l'ambassade, explique Paul Da Silva, citoyen français présent quotidiennement aux côtés des migrants et blogueur, d'autres ont été sortis par les tunisiens, certains ont disparu, on a vu des camionnettes sortir du Botzaris et en emporter, on ne sait pas où ils vont ni qui l'ordonne. » Le tiers de ces documents aurait été emporté par une avocate franco-tunisienne, Soumaya Taboubi, pour constituer un «Comité de préservation des archives de la Tunisie à Paris», comme elle l'explique à Owni.

Le 16 juin, les réfugiés sont expulsés du bâtiment. Ils se retrouvent dehors sans prise en charge de la part des associations humanitaires qui se disent déjà débordées. Certains avaient alors établis un campement près des Buttes Chaumonts.

Une urgence humanitaire

La dernière rafle a eu lieu mercredi 22 juin au matin. « La police est venue en grand nombre et a arrêté les migrants qui se trouvaient là, poursuit Paul Da Silva, c'est à dire une vingtaine de personnes. » Officiellement, les arrestations avaient pour motif un contrôle d'identité, mais Paul Da Silva apprendra que quelques uns vont rester en garde à vue, sur le simple motif qu'ils sont sans papiers, « ce qui est illégal », explique-t-il, selon une décision récente de la Cour de Justice de l'Union Européenne

« L'urgence désormais, c'est bien le devenir de ces migrants », continue Paul. Pour lui, la découverte de ces documents dans le 36 rue Botzaris, constitue un risque pour ces tunisiens et ils ne devraient être révélés avant qu'ils ne soient en sécurité.






Loading










Nos services web

Recevez le meilleur de l'actu