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Livres

De la psycho à l'édition, une histoire de passions

Rédigé par Propos recueillis par Amara BAMBA | Vendredi 9 Février 2007

Khadija Chikh est docteur en psychologie. Enseignante à l'université de Lyon II, elle y a intégré le Centre de recherche en psychologie en tant que jeune chercheur associé pour poursuivre ses travaux sur l'échec scolaire. Mais madame Chikh est aussi éditrice de livres pour enfants. Entretien avec une passionnée de psychologie qui mobilise ses compétences universitaires pour raconter des histoires aux enfants.



De la psycho à l'édition, une histoire de passions
Saphirnews: On dit qu'on ne devient pas psy par hasard. Comment avez-vous choisi la profession de docteur en psychologie ?

Khadija Chikh: Au départ je voulais devenir médecin. Puis, tout bêtement, j'ai eu un livre de Freud entre les mains. Et quand je l'ai lu, ça m'a fait du bien. Je crois que mon intérêt pour la psychologie est parti de là. Je venais d'avoir dix-neuf ans. J'ai lu un autre livre puis un autre et ainsi de suite. J'ai alors compris ce que j'avais vraiment envie de faire. J'ai réalisé que la psychologie me passionnait plus que la médecine.

En fait, vous préfériez soigner les âmes plutôt que le corps ?

Khadija Chikh: On peut le voir ainsi, en effet. Mais ce qui me passionne par dessus-tout, c'est le mystère du psychisme et tout ce qui relève de l'analyse. Je trouvais surprenant que des gens puissent être malades, pas sur le plan physique, mais parce que quelque chose ne va pas bien dans leur tête. En lisant Freud, j'ai été passionnée, dès le départ, de découvrir qu'il était possible de guérir ces gens en comprenant ce qui n'allait pas dans leur tête. Pour moi, il y a comme un mystère dans cet aspect impalpable du psychisme... Aujourd'hui encore, je trouve passionnant tout ce qui touche à l'analyse. Mais dans ma vie, je n'ai jamais été confrontée à des problèmes qui m'amènent à suivre une psychothérapie. Bien entendu, autour de soi, il y a toujours quelqu'un qui ne va pas très bien pour diverses raisons. Mais dans ma famille, je n'ai pas connu un tel cas.

On entend parfois que le musulman ne doit pas avoir de problème dans sa tête et que la psychologie est faite pour les autres. Qu'en pensez-vous?

Khadija Chikh: Au début de mes études, je ne me posais pas ce type de questions entre la psychologie et l'islam. Maintenant je m'en pose parce que je suis confrontée à des gens qui ont de telles interrogations. Ils se disent « on est musulman on ne peut pas être malade ». Mais c'est une illusion. La foi en Dieu peut soulager, mais je pense que la psychologie, tout comme la médecine, est un moyen d'aider l'autre, un moyen de le soigner. C'est donc un outil. Et il n'empêche pas de croire en Dieu. Je suis musulmane et je me dis que si j'arrive à aider quelqu'un par la psychologie, c'est bien parce que Dieu l'a voulu; je ne suis qu'une Sabab (ndr, celui par qui l'évènement survient). On est bon psy ou bon médecin parce qu'on a travaillé et aussi parce que Dieu nous permet d'aider d'autres personnes par ce biais.

Etes-vous sollicitée par des musulmans?

Khadija Chikh: Comme consultante je suis sollicitée par des associations. Je me déplace pour aller les rencontrer ou donner des conférences sur différents sujets, généralement autour de l'éducation. Dans ce cadre, je suis parfois sollicitée par des particuliers qui ont besoin de suivis individuels. Au départ, je pensais m'intéresser aux enfants et aux questions d'éducation. Mais je suis souvent sollicitée par des adultes dont beaucoup de jeunes mamans qui ont des questions sur des problèmes avec leurs enfants... Je vois aussi pas mal de femmes qui ne se sentent pas bien dans leur couple, dans leur vie quotidienne et qui ont besoin d'un espace de parole.

En France, nos imams sont aussi consultés sur des problèmes psychologiques. Que pensez-vous de cette situation ?

Khadija Chikh: En effet, les imams sont souvent sollicités sur des questions psy. Et certains d'entre-eux reconnaissent qu'ils n'ont pas les moyens de répondre à de telles demandes. Les imams sont certes compétents pour diriger les fidèles dans la prière et ont de multiples responsabilités religieuses, mais ils avouent leurs limites sur les problèmes d'ordre psychologique. Les fidèles peuvent poser des problèmes auxquels ils n'ont pas de réponse. Surtout quand il s'agit de pathologie... Au bout d'un moment, les imams avouent leurs limites. J'ai entendu des imams le dire, mais on ne peut pas généraliser.

Vous dirigez aussi une maison d'édition. Comment passe-t-on de la psychologie à l'édition de livres pour enfants ?

Khadija Chikh: C'est par le biais de mon mari qui est illustrateur. Il travaille pour plusieurs maisons d'éditions et il écrit aussi des histoires. Plusieurs éditeurs étaient intéressés par les histoires qu'il écrit, mais ils tardaient à les publier. Finalement nous avons décidé de retravailler ses textes pour les mettre à la portée d'un public européen et à un public jeune aussi. Mes compétences en psychologie ont été utiles dans ce travail pour adapter les histoires aux tranches d'âges. Vu le manque de livres de qualité sur la culture arabo-musulmane pour les petits, nous nous sommes lancés dans cette aventure. Donc, avant de m'y retrouver, je n'avais jamais prévu de faire ce travail d'édition. Mais je ne le regrette pas parce que je trouve cette aventure passionnante.

Quelle est la spécificité de vos livres ?

Khadija Chikh: Ils répondent à un besoin. En France, il y avait un manque de livres de bonne qualité sur la culture arabo-musulmane pour le public jeune. Si les choses ont évolué depuis, lorsque nous lancions les éditions du voyage nocturne, les livres qui existaient étaient généralement des traductions ou ils étaient importés. Mais ils ne collaient pas à la réalité des enfants occidentaux. Nos livres sont de deux types. Il y a ceux qui traitent des apprentissages. On y aborde divers thèmes sur l'islam pour les petits. Et il y a les livres d'histoires. Ce sont des histoires pour enfants, sans rapport à l'enseignement religieux. Ces histoires se déroulent toujours dans un contexte de culture arabo-musulmane et elles sont destinées à des enfants de six mois à huit ans

Ces livres visent donc un public qui dépasse les cercles musulmans.

Khadija Chikh: Tout à fait. Nous avons déjà été sollicités dans ce sens par M. René Friard de la station de radio Trait-d'union de Lyon. A l'occasion du Ramadan nous avons enregistré dix petites histoires pour les enfants qui ont été radiodiffusées. Cette émission a reçu de bons échos. Elle a été reprise par plusieurs autres stations de radio à travers la France. Et nous comptons renouveler l'expérience sans nous limiter au champ islamique mais en expliquant les liens entre les trois monothéismes.

Pour en savoir plus sur les éditions voyage nocturne

Pour contacter madame Chikh






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