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Culture & Médias

D'Jal, humoriste ' On peut déconner de tout ! '

Rédigé par Anissa Ammoura | Lundi 25 Août 2008

Actuellement à l'affiche du Point Virgule, célèbre petit théâtre du centre de Paris, D'jal est un concentré d'énergie, aux accents maghrébin, portugais, malien et même breton. Pendant une heure, il croque tout ce qui passe : les gens heureux, les végétariens, les amoureux du début, les filles, les "racailles" sous la forme d'un petit écureuil, les musulmans et le ramadan. Rencontre.



D'Jal, humoriste ' On peut déconner de tout ! '

Saphirnews : Quel est votre parcours et quand avez-vous commencé le stand-up ?

D'jal. : Issu d’une famille nombreuse, je suis né à Charenton le Pont (94). J’ai vécu à Champigny, puis à Roissy en Brie. Après un bac pro commerce et services, j’ai travaillé dans des centres pour personnes handicapées pendant 3-4 ans comme aide médico-psychologique. (AMP). J’ai commencé le stand-up par hasard. J’ai toujours été intéressé par l’écriture, j’écrivais des scénarios. Passionné de cinéma, j’ai toujours rêvé d’être réalisateur. J’ai même fait un court-métrage, mais je me suis aperçu que le cinéma était un processus hyper lent. Puis, on m’a conseillé de raconter des histoires au théâtre. J’ai écrit pendant plusieurs mois chez moi, j’ai pris mon temps. Je fais de la scène depuis environ 3 ans et demi. J’ai été repéré au Festival Juste pour Rire au Québec, puis j’ai fait le Jamel Comedy Club, et la première partie du spectacle de Jamel. J’ai déjà joué en Suisse, au Québec, en Belgique, devant 3000 personnes comme devant 30 personnes.

Dans votre spectacle, vous tournez en dérision la religion, les musulmans, le Ramadan, au-delà de l’humour, pourquoi aborder ces thèmes ?

D'jal. : C’est un thème parmi d’autres… En fait, j’avais envie de parler des musulmans, avec mon propre regard. J’avais l’impression qu’il y avait une certaine gêne à parler de nous les musulmans, à déconner sur nous, alors que non, on peut déconner de tout ! Et j’me suis dit, comment amener ce sujet là qui me fait un peu rire… Je sentais les gens un peu crispés sur le thème des religions, des musulmans.

A qui faites-vous référence ?

D'jal. : Ce qui est véhiculé par certains médias, à ce que l’on peut voir à la télévision. Cela représente 1% des musulmans, ou même 0, 5% des musulmans, ou même 0,01 % des musulmans ! On n’est pas des terroristes, on n’est pas des intégristes. Dans la société, des musulmans il y en a partout, des musulmans homos, il y en a, j’en ai croisé… des musulmans qui travaillent… des musulmans qui sont au chômage. On fait vraiment partie de la société. Et moi je suis français et musulman. Ca m’intéressait de mettre un coup de projecteur là-dessus, mais à ma manière, avec le rire. Je n’ai pas de message à faire passer. Il faut être tolérant c’est tout. Dire « Vous voyez, même moi, en tant que musulman, je peux en rire ». Ce qui me fait réellement plaisir c’est de faire rire des gens qui ne sont pas musulmans et qui ne vivent pas la religion. Je parle de ma religion, mais de « comment je la vis », je ne parle jamais de l’Islam. Je ne prononce jamais ce mot-là. Je parle de comment je vis le Ramadan, de comment mon père m’a expliqué que j’allais devenir musulman… toutes ces choses là.

D’où vient l’image du « musulman-pilote d’avion » dans votre spectacle ?

D'jal. : C’est ma folie ! Cela fait rire les gens, tout de suite ils percutent. Un moment donné, on était considérés tous comme des terroristes potentiels… Et je m'suis dit, peut-être qu’on est considéré aussi comme des pilotes d’avion… pourquoi pas… mais des très mauvais pilotes d’avion ! (rires) J’ai écrit plein de choses, après il faut choisir. Par exemple, ce qui me fait vraiment rire, c’est le ramadan, dire juste l’état dans lequel je me trouve, on "pue de la gueule", on n’est pas bien…


Vous vous en donnez également à cœur joie sur les portugais, les maliens, les « bretons », les antillais…

D'jal. : C’est ma culture. Dans une cité, il y a l’aspect négatif, parce qu’il y a beaucoup de chômage, beaucoup de gens qui ont du mal à s’en sortir, la drogue, tout ce que tu veux… mais il y a ce côté vraiment incroyable c’est que t’es réuni autour de plein de cultures différentes… c’est fou ! Je voyais ma mère faire à manger avec des pakistanais ou avec des yougoslaves. On ne se rend pas compte de cette richesse là. C’est ce que j’ai vécu toute ma vie. C’est pour ça que j’ai cette facilité à faire les accents ! C’est parce que je les écoutais tous les jours. Comme je disais dans mon spectacle, je suis breton comme vous (sourire). J’aime parler des communautés. Je comprends que les gens au Point Virgule ne se sentent pas forcément concernés. Et c’est vrai que si je vais en banlieue, que je fais tous les accents, je fais toutes les cultures, mais c’est la folie ! Parce qu’ils le vivent tous les jours.


J-8 avant le Ramadan, vous vous sentez prêt ?

D'jal. : J’attaque dès maintenant… Même si je n’ai pas faim ! C’est une belle période pour nous le ramadan. C’est une période où tu retrouves ta famille, tes amis, t’es content, on mange tous ensemble, on partage des choses. Cela recrée un lien familial. Moi, c’est ce que j’aime, c’est l’ambiance. La chorba, le makrout… Tu es déjà à table une demi-heure avant. On se regarde avec des yeux, on est prêts à attaquer ... On met plein de croissants, on dit « j’vais tout manger », tu prends une datte, tu dis « ah j’suis calé, laisses tomber » t’as déjà le ventre rempli !

Allez-vous errer dans les supermarchés, vous prendre en photo à côté des pots de Nutella en attendant l'heure fatidique, comme vous l'ironiser au cours du spectacle ?

D'jal. : Nan… ! (Rires) Pendant le Ramadan, on est tous en train de faire nos courses dans les grandes surfaces. On se fait plaisir, on sait que c’est ramadan. On est dans une surenchère de la bouffe (rires).

Quel est votre programme pendant ce mois de jeun ?

Je vais faire une coupure de dix jours parce que je n’ai pas pris de vacances depuis un moment. Mais je vais continuer d’enregistrer une émission que j'enregistre depuis le mois d'avril dernier, et qui passera sur une chaine de la TNT, Demain TV. C’est un "kiff", parce qu’avec peu de moyens, il faut faire rire des gens. Ce sont des sketchs. Je suis avec deux autres humoristes, un chinois qui s’appelle Boun et un black qui s’appelle Phil Darwin. C’est un autre exercice la télé, par rapport à la scène. Ce sont deux métiers différents, et j’ai vraiment beaucoup appris. L’émission sera une journalière de deux minutes 30 puis une hebdo. Elle devrait être diffusée à partir de septembre. C’est très fatiguant mais j’adore ! Environ 70 séquences ont déjà été tournées.





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