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Monde

Comores: Abdallah Sambi dit l'Ayatollah, candidat à la présidence

Rédigé par Amara BAMBA | Mercredi 3 Mai 2006

La République des Comores s'apprête à élire un nouveau président. Le 1er mars 2006, Ahmed Abdallah Sambi est arrivé en tête du premier tour des élections avec 20,70 % des suffrages devant Mohamed Djaanfari (13,10 %) et Halidi Abderemane (10,37 %). Agé de 48 ans, celui que la presse comorienne appelle l'Ayatollah est un homme d'affaires prospère, théologien et prédicateur investi dans l'enseignement de l'islam. Sous leur slogan de campagne « servir et non se servir », les partisans de l'Ayatollah se sont réunis ce samedi 30 avril, à Montreuil (93) pour « maintenir la mobilisation jusqu'à l'échéance du 14 mai ».



Madame Bakari Halima, à l'origine du rassemblement de Montreuil, ne tarit pas d'éloges sur son candidat. « Je le connais depuis très très longtemps, dit-elle. Et je peux certifier qu'il est aujourd'hui celui qui répond le mieux à la situation aux Comores. Il est jeune, c'est un bon musulman et il n'est pas du tout fermé; il est très ouvert. Durant cette campagne, il est le seul candidat qui fait des propositions pour que les Comoriens s'en sortent par eux-mêmes plutôt que de compter sur l'aide étrangère. »

Ahmed Abdallah Sambi, candidat à la présidence des Comores
Ahmed Abdallah Sambi, candidat à la présidence des Comores

Une belle fête


La militante déplore l'impossibilité pour les Comoriens résidant en France de participer au vote du 14 mai. « Le dispositif électoral ne le permet pas cette fois et c'est dommage. C'est l'un de nos combats pour l'avenir » nous confie-t-elle en fin de meeting.
Ils étaient plusieurs centaines venus ce samedi 30 avril à Montreuil, dans la banlieue parisienne, de 14 heures à 1 heure du matin. Discours de soutien, projection de films, chants patriotiques avec une intervention en directe du candidat par téléphone depuis les Comores, pour répondre à quelques questions de l'assistance.
Madame Bakari est satisfaite de ce rassemblement qu'elle qualifie de « belle fête. » L'objectif, explique-t-elle, est de « motiver nos familles restées aux Comores pour qu'elles aillent voter massivement le 14 mai. C'est le message que nous voulions faire passer à toutes les délégations qui sont venues aujourd'hui. »

Parmi les délégations, celle du Mans était la plus importante. Elle était conduite par Housnat. Élégante dans sa tenue traditionnelle, la jeune dame ne compte pas en rester là. Le 8 mai 2006, elle a donné « rendez-vous aux femmes, aux Mans, pour leur expliquer les positions de Cheikh Ahmed Abdallah Sambi concernant les femmes. Car certains journalistes disent et écrivent beaucoup de choses qui sont fausses et nous devons expliquer aux Comoriennes afin qu'elles sachent la vérité.»

Pour la cause des femmes


Au centre des interrogations, la question du Hijab. En devenant président des Comores, l'Ayatollah compte-t-il instaurer le voile aux Comoriennes? La réponse ne fait de doute pour Housnat: « Il n'est pas un intégriste comme on peut le croire en lisant certains journaux. C'est quelqu'un de très ouvert. Je le connais depuis mon enfance et je peux dire que c'est lui qui nous a vraiment expliqué l'islam. Pas seulement pour moi mais pour les Comoriens de ma génération. Avant lui, on nous disait seulement que telle chose était Haram et que telle autre était Halal. Mais on ne nous expliquait rien. Il est le premier à bien expliquer l'islam en nous montrant que chacun était d'abord responsable devant Dieu. Il n'a aucune intention de forcer les femmes à porter le voile. Moi qui le connaît bien, je peux vous l'affirmer. »
Admiratrice, elle ne manque pas d'exemples illustrant l'ouverture d'esprit de l'Ayatollah et « le grand intérêt qu'il a toujours manifesté pour nous les femmes. Il est le fondateur d'une Médersa pour les jeunes filles parce qu'il estime que l'éducation des filles est très importante. Alors qu'avant, les musulmans ne voyaient pas d'intérêt à mettre leurs filles à l'école. »

En effet, en rentrant définitivement aux Comores début 1986, M. Sambi ouvre une école pour filles tout en poursuivant son travail de conférencier très suivi par la jeunesse comorienne. A l'époque, sa popularité inquiète le pouvoir. Cela lui vaudra la fermeture de son établissement par le Gouverneur de l'île d'Anjouan. Ses conférences sont alors interdites. Ses sympathisants protestent et affrontent les forces de l'ordre. Des voitures sont brûlées, certains manifestants sont blessés, d'autres sont arrêtés. Cet épisode se solde par 21 jours de prison pour Ahmed Abdallah Sambi « accusé de conspiration ».

L'islam facteur d'unité


Père de sept enfants et homme d'affaires prospère, le candidat Sambi a des positions précises sur la question palestinienne. En novembre 1994, lorsque son pays rétablit les relations diplomatiques avec Israël, il organise une manifestation à Mutsamudu avant de se rendre au Caire où il rencontre les étudiants comoriens et explique ses divergences au bureau de la Ligue de Etats Arabes. Cette fois aussi, sa démarche lui vaut un séjour en prison à son retour dans l'archipel.

Véritable carrefour de cultures africaines, indiennes, arabes, perses, les Comores ont connu plusieurs bouleversements politiques à la tête de l'Etat. Dans cette ancienne colonie française, la référence à l'islam (sunnite de rite shaféite, avec une faible minorité chiite) est un solide facteur d'unité nationale.
Le vieux contentieux opposant le pays à l'ancien colonisateur, autour de l'île de Mayotte, reste un sujet étouffé dans les conversations: à la décolonisation, l'île de Mayotte est restée dans la République française au contraire de trois autres îles de l'archipel. Encore aujourd'hui, Mayotte est sous administration française et bénéficie d'un régime dit de « collectivité territoriale à caractère départemental ». Un statut exceptionnel dans le dispositif institutionnel français qui légitime la présence française sur l'île assortie d'avantages économiques non négligeables.

Le candidat de l'espoir


Dans les trois îles indépendantes (Grande Comore, Anjouan, Mohéli), la présence musulmane est tangible comme à Mayotte, sinon plus. Mais le niveau de développement économique reste faible par rapport à Mayotte, avec l'instabilité politique en sus, comme cause aggravante. Pour ses supporters, la candidature d'Ahmed Abdallah Sambi est une chance qui ouvre l'espoir de nouvelles perspectives pour les Comores.

Dans son programme, le candidat promet la gestion rigoureuse des biens de l'Etat et la lutte contre la corruption. Il expose le détail d'un vaste projet de construction de logements. Pour les militants réunis ce samedi à Montreuil, ce programme de campagne est une nécessité nationale. « Beaucoup de familles, aux Comores, vivent dans des maisons en paille ou des maisons en tôles. Il faut mettre fin à cela. Ahmed Sambi dit que c'est une urgence et que c'est possible. Il explique comment il va le faire. Nous savons qu'il va tout mettre en oeuvre pour le réussir », explique madame Bakari Halima. « Un habitat décent est le point de départ du bien-être psychologique. Et quand les gens sont bien dans leur tête, on peut ensuite aller plus loin » conclut-elle.

Membre fondateur du Front national pour la justice (FNJ), M. Sambi ne s'est pas présenté sous l'étiquette de son parti. Il est un candidat indépendant. A la faveur de la présidence tournante des trois îles de la République des Comores, il prendra la tête de l'Etat en cas de victoire le 14 mai.





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