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Cheikh Dhaou Meskine est en garde à vue

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Mardi 20 Juin 2006

La police judiciaire a arrêté le 19 juin cheikh Dhaou Meskine et une vingtaine de personnes de son entourage dont son fils. Imam de la mosquée de Clichy-sous-Bois (93), secrétaire général du Conseil des imams de France, le cheikh est aussi fondateur de l'école Réussite, premier collège musulman de France. Cette interpellation intervient quinze jours après une visite de l'inspection académique, dernière étape avant la signature d'un contrat d'association avec l'Etat après les cinq années réglementaires d'exercice.



Selon Le Parisien, l'interpellation de Dhaou Meskine se situe dans le cadre d'une « opération menée par la sous-direction antiterroriste de la police judiciaire et l'Office centrale pour la répression de la grande délinquance financière (OCRGDF). » Le journal précise que l'imam et ses acolytes sont interrogés dans « le cadre d'une enquête préliminaire du parquet de Paris pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste et financement du terrorisme ».

Un imam atypique

L'imam est soupçonné d'être impliqué dans un système de blanchiment d'argent en vue de financer des opérations terroristes. Toujours selon le journal, les sommes visées s'élèveraient à plusieurs centaines de milliers d'euros qui auraient transité entre les structures pilotées par le cheikh Dhaou et des « ONG islamistes, basées notamment dans le golfe Persique, ainsi que des individus connus pour leur engagement fondamentaliste.» Les ONG et personnalités concernées ne sont pas mentionnées.

Selon l'entourage de l'imam, « il y a environ sept ou huit ans, alors qu'il habitait encore à Clichy-sous-Bois, le cheikh avait déjà été interpellé et longuement interrogé dans le cadre de ce type d'enquêtes. Mais le juge l'avait relaxé sans rien lui reprocher. Il lui avait même exprimé des excuses. »

Dans le paysage associatif musulman de France, cheikh Dahou Meskine est une figure atypique qui en impose par son franc-parler et sa grande visibilité. Au contraire des dirigeants des grandes fédérations, il bénéficie d'une solide formation universitaire en sciences islamiques. Ce qui lui permet d'officier avant tout comme imam. Mais au contraire de ses pairs qui se contentent de la direction du culte, le cheikh est particulièrement actif sur le champ associatif. S'il est à la source d'initiatives ambitieuses, il en confie néanmoins la direction aux jeunes de son entourage.

Il prend une part active à la naissance de l'Union des organisations islamiques en France. Mais il prend ses distances pour se consacrer à l'organisation du Conseil des imams de France dont il assure le secrétariat général. Plus tard, il fonde l'association Réussite spécialisée dans le soutien scolaire des écoliers en difficultés. L'initiative connaîtra un franc succès pour devenir le collège Réussite, premier établissement secondaire musulman de France en 2001.

Une affaire qui tombe mal

A la création du Conseil français du culte musulman (CFCM) en 2003, cheikh Meskine est mis en porte à faux dans ses engagements. D'une part, son influence et ses fonctions d'imam légitiment sa présence au CFCM. D'autre part, le choix du ministère de l'Intérieur de s'appuyer sur les chancelleries étrangères pour fonder le CFCM s'oppose à la démarche du cheikh dont les références sont tunisiennes. Le CFCM se fera donc sans lui. Il en est aujourd'hui un opposant déclaré : « Le CFCM est le représentant de l'Etat auprès des musulmans mais il n'est nullement le représentant des musulmans auprès de l'Etat » se plaît-il à répéter.

Entouré d'une équipe de jeunes cadres, l'essentiel de l'activité de Dhaou Meskine s'exerce autour du collège Réussite en proie à des difficultés financières. Au terme de sa cinquième années d'exercice, Réussite est en passe de bénéficier du statut d'établissement scolaire sous contrat d'association avec l'Etat : la fin des soucis financiers. La dernière inspection remonte à quinze jours.

L'an dernier, la première promotion du collège affichait un 100 % de réussite au Brevet des collèges. Fier et soulagé, cheikh Dhaou était confiant et estimait mériter le contrat d'association avec l'Etat. Ces soupçons qui planent sur son fondateur ne sont pas pour arranger la situation du collège Réussite.

Quand on veut tuer son chien

Pour un collaborateur qui souhaite garder l'anonymat, « l'arrestation du Cheikh n'est qu'un coup médiatique visant à salir notre image. Cette interpellation juste après la visite de l'inspecteur est un prétexte rêvé pour que l'inspection académique émette des réserves sur le contrat avec l'Etat ». Pour ce collaborateur qui ignore la teneur du rapport d'inspection, « quand on veut tuer son chien, on l'accuse de rage. Et la rage aujourd'hui c'est le terrorisme. Mais nous n'avons rien à voir avec ça », conclut-il.

Des parents d'élèves, généralement impliqués dans la vie du collège Réussite, ont été arrêtés en même temps que le cheikh et son fils. On signale aussi l'arrestation du Président et le trésorier générale de l'Association des musulmans d'Aubervilliers (93) ainsi que le fondateur de l'école Omar, une école maternelle musulmane située à Bondy (93). Cet après midi, la police entendra Fayçal, adjoint à la direction du collège Réussite.

Selon les données du ministère de l'Education nationale, les établissements privés d'enseignement accueillent environ 17% de l'effectif de la population scolaire en France, soit environ deux millions d'élèves. Ces établissements sont essentiellement confessionnels. 90% relèvent de mouvements catholiques. La loi Debré qui instaure le contrat d'association avec l'Etat il y a plus de 40 ans, visait à donner un coup de pousse et à exercer un contrôle de l'Etat sur ces institutions accueillant des milliers de jeunes. Elles en profitèrent largement de même que les écoles d'enseignement juives (plus de 26 000 élèves).

En 1990, « La Madersa » devient la première école musulmane à bénéficier du contrat d'association avec l'Etat. Elle est aujourd'hui la seule. Située au cœur de Saint-Denis de la Réunion (97), La Médersa est une école primaire qui compte trois classes de niveau maternelle et deux classes du primaire. Elle accueille environ 130 élèves.





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