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Religions

CRCM-PACA : union sacrée contre les sortants

Rédigé par Touré Cheikh | Dimanche 19 Juin 2005

Il y a deux ans, une équipe d’indépendants remportaient les élections et contrôlent le CRCM-PACA(conseil régional du culte musulman) grâce à une alliance avec l’UOIF. Désormais, cette dernière est tentée de participer à un front constitué par toutes les listes concurrentes pour barrer la route à la mosquée « Islah » de Marseille.



Il y a deux ans, une équipe d’indépendants remportaient les élections et contrôlent le CRCM-PACA(conseil régional du culte musulman) grâce à une alliance avec l’UOIF. Désormais, cette dernière est tentée de participer à un front constitué par toutes les listes concurrentes pour barrer la route à la mosquée « Islah » de Marseille.

 

 

Connue pour être la première ville islamique traversée par le Paris-Dakar, Marseille n’est pas loin d’être la première ville française « divisée » par l’islam. Les dirigeants sortants du CRCM-PACA ont beau avoir plaidé pour une liste commune à toutes les organisations islamiques, ils ne peuvent pas ignorer qu’une union sacrée se prépare à les bouter hors de leur fief. Ceux qu’on appelle « les indépendants » à Marseille ont concentré sur eux toutes les forces en présence dans une région et une ville où les musulmans constituent le quart de la population. Des collectivités locales, qui ont toutes leurs musulmans attitrés dans ce pays-là, aux autres organisations engagées dans la même bataille électorale qu’eux, en passant par leurs alliés d’hier : l’UOIF. Le délégué régional de cette multinationale associative de l’islam s’en défend : «  J’ai été poussé vers un éloignement amiable avec eux. Et compte tenu de mon poids électoral modeste(10%), je m’apprête à jouer l’opposition constructive au sein du futur CRCM. En respectant un  principe de neutralité entre les diverses organisations en présence ».

 

« Un bureau cohérent »

 

Mohsen N’gazou se veut collégial et neutre, mais ses alliances le trahissent  A la veille du scrutin de dimanche, le principal rival des indépendants, le candidat de la mosquée de la Capelette, confesse avec optimisme un projet « d’alliance avec l’UOIF au deuxième tour », c’est-à-dire lors de l’élection du bureau du CRCM. Abderrahmane Ghoul affiche la certitude de «  pouvoir compter sur 170 à 180 délégués parmi les 487 (ou 494, dieu seul peut savoir ), tous issus de lieux de culte (43) liés à la fédération de la Mosquée de Paris (proche de l’Algérie) ». Il s’attend à rafler près de «  38 % », et à un second triomphe, après avoir été, dit-il, « vainqueur d’une primaire » au sein de sa fédération. Sa victime, Abdellah Zekri qui est venu de la capitale pour mener le combat électoral, n’est pas de cet avis.

Mais pour bien comprendre l’assurance de ce candidat, il suffit d’interroger Mohamed Moussaoui, le candidat de l’autre grande fédération concurrente des « Indépendants » : la FNMF( fédération nationale des musulmans de France, proche du Maroc). C’est avec aménité que ce dernier confirme qu’une « alliance est prévue avec la mosquée de Paris et l’UOIF pour nommer un bureau cohérent ». Tout en rappelant qu’il est membre de la FNMF, ce candidat se veut tout aussi indépendant que les sortants: « Notre liste n’est pas FNMF. Des membres de cette organisation y participent, mais c’est une liste d’Entente des musulmans de PACA » précise-t-il . Mais il a beau tonner la nuance, les observateurs ne semblent pas faire la différence. D’autant qu’il se crédite d’un score plus édifiant : « plus d’une centaine de délégués, 100 à 120 ». Enfin, à fouiller les listes en présence, on constate que les minorités invisibles de l’islam sont prises en charge par les grosses cylindrées associatives : chacune son quota de Noirs et de Turcs ! Ainsi n’est-il pas rare que les trois alliés battent campagne en chœur (Istres), et partagent une même chorégraphie de la complainte : « le CRCM a été dirigé par une seule liste. Sans partage ni cohérence. Maintenant, il nous faut un bureau cohérent ». Toujours sur les traces du président sortant, et toujours avec un « programme unique » : La Grande Mosquée de Marseille. Un problème dont ces élites cultuelles partagent les enjeux avec les partis politiques, les hommes d’affaires musulmans, et la population marseillaise dans son ensemble. Cette question a même failli arbitrer les précédentes municipales.

 

« Une coquille vide »

 

En faisant le compte, la majorité des sièges est largement dépassée dans les projections de l’union sacrée : plus de 300 délégués, près de 75%. L’équipe sortante pesait, toute seule, 25% du conseil d’administration. Elle a obtenu la présidence grâce au soutien de l’UOIF (10%), et une baraka estimée à 7% que l’opposition considère comme due à une trahison dans ses rangs.

Force est de reconnaître donc que le poids électoral du sortant n’était pas de taille à bloquer l’action d’un conseil à pied d’œuvre. La vérité doit être cherchée ailleurs, et le sortant peut rétorquer qu’il a eu toutes les peines du monde à  « renouveler » le corum requis pour valider les décisions de ses assemblées. Sur les trente neuf membres qui composent le Conseil d’administration, dont trois cooptés (palliant la sous représentation de femmes, de noirs, et de département comme leVar), vingt-six doivent assister à une délibération pour que celle-ci soit valide. Depuis octobre 2004, cet impératif relève plus des projections de science fiction que des normes de la vie associative. Les représentants de la mosquée de Paris ayant démissionné de leur mandat. Officiellement pour pester contre l’autoritarisme de l’équipe dirigée par Mourad Zerfaoui, le président sortant du CFCM. Mais plus concrètement envisagée, cette action n’est pas sans lien avec l’accolade internationale entre un vice –président du CFCM et l’ancien leader du FIS algérien. Même si la raison principale peut tout autant découler d’une stratégie de sape visant le bilan des sortants à la veille d’une échéance électorale. De bonne guerre- ou disons : de bon Jihad-, tout a été fait pour que le CRCM soit désigné par les observateurs comme « une coquille vide ». Alors que sa marge de manœuvre reste avant tout tributaire de sa hiérarchie nationale et du soutien public dont il bénéficie.

 

 

Un islam du « contre »

 

A ces intrigues de chapelles, il faut ajouter les difficultés qu’une première équipe, d'un historique « conseil régional » islamique, peut rencontrer dans un espace républicain et laïque. Notamment auprès de collectivités locales qui sont, pour la plupart, tout aussi « laïcistes » parfois que déjà pourvues en « musulmans » de choix. De plus, la proximité entre cette structure et les autres institutions n’a pas été facilitée par la réputation dont les indépendants» bénéficient sur le plan médiatique. Le principal quotidien d’information régional a joué parfois l’agent de nocivité, dont la situation n’avait pas besoin. Tandis que leurs adversaires politiques et cultuels n’ont pas manqué de nourrir les dérives déontologiques : Jihad démocratique oblige. La communication des sortants s’étant chargée de faire le reste.

Toujours est-il que ce jeu des conspirations, typique de l’islam régional, n’a pas permis à l’équipe sortante de produire un bilan lisible. Lequel aurait permis de juger objectivement son action, et par voie de conséquence la validité de cette république parallèle que l’état français tente d’imposer à ses citoyens musulmans. Azzedine Aïnouche, membre du CFCM et numéro quatre sur la liste indépendante, a beau rôder son art de l’énumération : «la prière unitaire (10000 personnes au Parc Chanot), formation de français pour une quinzaine d’imams, défense de l’intégrité des musulmans, lieux dérogatoires pour les sacrifices de l’Aïd, cimetières de Vaudran et de Saint-Pierre aménagés, une mosquée à La Seyne-sur-Mer…etc », ses adversaires et les observateurs ne cessent de relativiser son bilan.

Ce drame du sortant dans un scrutin d’un genre inconnu menace d’être une constante des futures consultations. Sans possibilité de majorité absolue peu favorisée par la « tribalisation » des enjeux, miné par les retournements d’alliance, le système choisi pour l’islam en France risque de pérenniser le sabotage institutionnel de ses assemblées. Tout en promouvant une quatrième république islamique dans une cinquième déjà sous directive européenne.

Car rien ne prépare une assemblée cultuelle à peser sur le processus décisionnel public et laïque, d’une part. Et la majorité des musulmans ne s’étant pas impliquée dans les questions qui occupent ses représentants, d’autre part. Le choix du « mètre carré » pour fonder le scrutin s’étant chargé d’étendre à l’infini la distance entre les enjeux de celui-ci et la masse des croyants.  Autrement dit, rien ne dit comment, ni dans quelle mesure, les éventuels perdants pourraient gêner à leur tour l’incroyable et fragile alliance qui aura eu raison d’eux. Bien au contraire,tout laisse augurer de l’enracinement d’un islam animé par le « contre ».





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