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Culture & Médias

Bercée entre deux rives, l'immortelle algérienne Assia Djebar disparaît

Rédigé par Christelle Gence | Mardi 10 Février 2015



Bercée entre deux rives, l'immortelle algérienne Assia Djebar disparaît
Une immortelle est décédée. L’écrivaine algérienne Assia Djebar, membre de l’Académie française depuis son élection en 2005, a succombé à Paris des suites d'une longue maladie, vendredi 6 février à l’âge de 78 ans. Elle sera enterrée dans la semaine à Cherchell, son village natal situé à l’ouest d’Alger, conformément à sa volonté.

Grande voix de l’émancipation des femmes musulmanes et du dialogue des cultures, figure majeure de la littérature maghrébine d’expression française, Assia Djebar était considérée comme une virtuose de la langue française. De son vrai nom Fatima Zohra Imalayène, elle a écrit ses 11 romans, ses pièces de théâtre et ses nouvelles sous un nom de plume, Assia pour « la consolation », et Djebar pour « l’intransigeance ».

Bercée entre la France et l'Algérie

Fille d’instituteur, elle est la première étudiante algérienne (la première « Française musulmane », selon la dénomination de l’époque) à intégrer l’Ecole normale supérieure, à Sèvres. Deux ans plus tard, Assia Djebar publie son premier roman en 1957 à l’âge de 19 ans, La Soif, et les enchaîne jusqu’au milieu des années 1960.

De retour en Algérie, elle enseigne l’histoire, avant de reprendre la plume dans les années 1980. C’est à cette époque qu’elle publie ses romans les plus connus, L’amour, la fantasia (1985) et Ombre sultane (1987), plaidoyers pour le droit des femmes et le dialogue des cultures. Loin de Médine, paru en 1991, met en lumière le rôle déterminant de femmes dans la vie du Prophète Muhammad, particulièrement lors d'événements qui entourent ses dernières années.

Partisane de l’indépendance algérienne, elle écrit pourtant en français. « La langue française, devenue la mienne, tout au moins en écriture, le français donc est lieu de creusement de mon travail, espace de ma méditation ou de ma rêverie, cible de mon utopie peut-être, je dirai même ; tempo de ma respiration, au jour le jour », explique-t-elle lors de son intronisation à l’Académie française en 2006, où elle devient la première personnalité maghrébine.

« Auteur d’écriture française » comme elle se définissait elle-même, elle est traduite dans 23 langues. Des études de son œuvre sont publiées en français, en anglais, en allemand et en italien. Elle publie son dernier livre en 2007, Nulle part dans la maison de mon père, un récit largement autobiographique.

Hommages partagés à l'immortelle

Dans un communiqué daté du 7 février, François Hollande a rendu hommage « à cette femme de conviction, aux identités multiples et fertiles qui nourrissaient son œuvre, entre l’Algérie et la France, entre le berbère, l’arabe et le français ».

Dans un message de condoléances signé du président algérien Abdelaziz Bouteflika, Assia Djebar laisse « derrière elle un long parcours jalonné de succès durant lequel elle effleura, avec sa plume, le summum de l'art et de la littérature auxquels elle a rendu gracieusement leurs lettres de noblesse ». « Tenace et avide de connaissances, elle poursuit son ascension et fait de sa détermination une arme qui lui permet d'écarter de sa voie les entraves qui lui faisaient obstacle pour dévoiler au monde entier la femme algérienne libre, forte et digne de respect », est-il ajouté.

La 21e édition du Maghreb des livres a rendu un hommage appuyé à l’écrivaine, qui a été élevée au grade de Chevalier de la Légion d'honneur et de Commandeur des Arts et des Lettres. « Pour moi, c'est un monument de la littérature algérienne, c'est une femme membre de l'Académie française. Donc elle représente beaucoup de choses. Les jeunes écrivaines algériennes, et même des femmes qui ont maintenant 40-50 ans, m'ont dit tout ce qu'elles avaient comme dette envers Assia Djebar », a commenté Georges Morin, le directeur de l’événement, auquel Assia Djebar avait participé à deux reprises.

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