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Culture & Médias

Alain Finkielkraut, le bad buzz pour une Académie française divisée

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Vendredi 11 Avril 2014

L’entrée prochaine du philosophe Alain Finkielkraut à l’Académie française, élu dès le premier tour jeudi 10 avril, suscite l'émoi, aussi bien de l'opinion publique que des « Immortels » dont certains militaient contre sa présence dans l'institution. L'écrivain réac, qui a fait de la xénophobie son gagne-pain, amène avec lui des valises bien pleines de controverses qui traduisent une pensée néocolonialiste certaine.



Alain Finkielkraut, le bad buzz pour une Académie française divisée
L’élection des « Immortels » à l’Académie française n'intéresse habituellement personne. Sauf cette fois. La prestigieuse institution parisienne, qui se place en garante du bon usage de la langue française, est sous les feux des projecteurs depuis l’élection, jeudi 10 avril, d’Alain Finkielkraut. A 64 ans, le philosophe réactionnaire et islamophobe décomplexé a obtenu, par 16 voix sur 28, la place de Félicien Marceau, décédé en mars 2012, devenant ainsi le 39e membre de l’Académie.

L’auteur de l’ouvrage L’identité malheureuse est un de ces hommes qui a en horreur l’idée d’une France multiculturelle – ce qu’elle est aujourd’hui – où l’identité blanche judéo-chrétienne ne peut se prévaloir du monopole de l’existence. Il ne cesse de rappeler, dès qu’il en a l’occasion, les dégâts supposés de l’immigration et de la présence musulmane dans l’Hexagone, qu’il rend notamment responsable d’une montée de l’antisémitisme. Ses attaques répétées contre l’équipe de France qu’il disait « black-black-black » en 2005 est empêtrée selon lui, cinq ans plus tard lors des incidents de Knysna au Mondial 2010, dans des « divisions ethniques » dont pâtirait le « premier de la classe, Yoann Gourcuff ».

La France métissée, non merci pour Finkie

Les controverses, Alain Finkielkraut se les collectionne. La liste est longue, elle ne saurait être exhaustive. « Je suis très frappé que maintenant, nombre de Beurs et mêmes de gens qui vivent dans les banlieues, quelque soit leur origine ethnique, ont un accent qui n’est plus français tout à fait. Mais ils sont nés en France ! Et pourquoi ont-ils un accent ? Et pourquoi leurs enfants auraient-ils un accent ? C’est tout à fait sidérant », a-t-il dernièrement déclaré lors d’un petit-déjeuner auquel l’UMP l’a invité le 23 janvier dernier, aux côtés d’un Jean-François Copé qui acquiesce sans mal. Sidérant n’est pas « l’accent » des Arabes et des habitants des quartiers populaires qu’il a en horreur mais bien ses propos nourris de préjugés racistes et xénophobes qui ont peu soulevé d'indignation.

Ses obsessions à l’égard de tout ce qui ne semblerait « pas français » à ses yeux en deviennent maladives. Le métissage, très peu pour ce défenseur d'Israël. La nomination de ce professionnel des discours hautement critiquables, qui assume de soutenir l’écrivain d’extrême droite Renaud Camus, hérisse bien des poils. A l’ère du tout numérique, les réseaux sociaux en témoignent.

Il y en a bien que la nomination choque. D’autres en revanche – et il faut noter qu’ils sont nombreux - ont marqué publiquement leur soutien à l’entrée de « Finkie » à l’Académie. La Ligue contre le racisme et l’antisémitisme (LICRA) a estimé que le nouvel « Immortel » est « une voix nécessaire au débat démocratique ». « Cet écrivain et philosophe est de longue date aux côtés de la Licra pour débattre et défendre ses points de vue en faveur de l'intégration des immigrés, pour la laïcité et contre tous les intégrismes », fait-elle savoir, avant d’ajouter : « Ses prises de position suscitent des polémiques mais contribuent néanmoins à la richesse des idées et des échanges liée à une société démocratique. »

Aux yeux de la LICRA, ses positions (xénophobes), même controversées, restent respectables et sont même salutaires pour faire vivre notre démocratie. Rien d'étonnant cependant venant d’une association où Alain Finkielkraut y siège au comité d'honneur et qui peine jusque là à reconnaître l'inquiétante montée de l'islamophobie.

Dans le monde des médias mainstream aussi, des journalistes saluent Alain Finkielkraut. C’est ainsi que le journaliste du Figaro Ivan Rioufol juge son entrée à l’Académie française comme « la victoire de la pensée libre contre l’étouffant conformisme », tandis que l'éditorialiste du Point, Charles Consigny, estime que l'homme, dont il ne peut faire « l'éloge » par peur de faire des « excès », a « toute sa place » parmi les académiciens.

Entarté à ses adieux du monde universitaire en 2013, Alain Finkielkraut réussit à entrer sans mal dans le cercle très fermé des académiciens. Cette nouvelle reconnaissance intellectuelle à son égard n’a pas lieu d’être.






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