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Monde

Attentat en Égypte : les condamnations unanimes des musulmans

Les musulmans de France solidaires des chrétiens

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Lundi 3 Janvier 2011

21 morts, 97 blessés. Voilà le triste bilan de l’attentat perpétré devant une église copte d’Alexandrie, au nord de l’Égypte, dans la nuit du vendredi 31 décembre au samedi 1er janvier. Depuis, les condamnations se multiplient dans le monde entier, y compris musulman. En France aussi. Sauf que pour certains hommes politiques du pays, les musulmans ne seraient pas assez solidaires des chrétiens et seraient même complices par leur silence.



Près de 5 000 personnes ont assisté, samedi 1er janvier 2011, aux obsèques des 21 victimes de l'attentat survenu la veille, à Alexandrie.
Près de 5 000 personnes ont assisté, samedi 1er janvier 2011, aux obsèques des 21 victimes de l'attentat survenu la veille, à Alexandrie.
La nouvelle année 2011 a mal commencé en Égypte. D’autant plus que le 1er janvier correspondait à la Journée mondiale de la paix, décrétée par le pape Jean-Paul II en 2005.

C’est devant une église copte d’Alexandrie, bondée pour la messe de minuit, qu’une bombe a explosé lors de la nuit de la Saint-Sylvestre. Le lieu de culte est aussitôt devenu le symbole des persécutions commises dans le monde musulman contre les chrétiens d’Orient.

Du Maroc à l’Indonésie, en passant par l’Algérie, l’Arabie Saoudite ou encore l’Irak, où 46 fidèles chrétiens avaient été tués fin octobre dans la cathédrale catholique de Bagdad, les condamnations sont unanimes. Selon Ryad, « l'attaque contre les coptes est un acte criminel que n'approuvent ni notre religion ni l'éthique ». Pour le gouverneur d'Alexandrie comme pour le procureur général, l'attentat visait non pas spécifiquement des coptes, mais tous les Égyptiens, avec pour but de déstabiliser le pays.

« Le terrorisme n'a ni nation ni nationalité et n'appartient à aucune religion, (...) les religions célestes sont porteuses de messages de sécurité et de paix », a déclaré le secrétaire général de la Ligue islamique mondiale, Abdellah Ben Abdel Mohcine Al-Turki. Le Secrétaire général de l'OCI (Organisation de la conférence islamique), Ekmeleddin Ihsanoglu, a aussi confirmé par communiqué que « cet acte terroriste n’était pas compatible avec les principes nobles de l’islam, qui condamnent fermement cet acte criminel ».

Un attentat sur fond de tensions intercommunautaires

À l'approche des célébrations du Noël orthodoxe vendredi 7 janvier, la sécurité aux abords des églises coptes, désignées comme des cibles par un site Internet d'Al-Qaïda, a été renforcée en Égypte ainsi qu'en Europe.

Les chrétiens d'Égypte (ou coptes), en grande majorité orthodoxe, représentent 6 à 10 % de la population égyptienne, qui avoisine les 80 millions d'Égyptiens. Les tensions entre musulmans et coptes existent depuis bien longtemps en Égypte, mais les incidents se sont multipliés ces derniers mois pour aboutir à l'attentat survenu à Alexandrie, qui reste, à ce jour, non revendiqué.

Ahmed al-Tayyeb, le grand imam d'Al-Azhar, la principale institution musulmane, a annoncé la création d'un comité conjoint avec l'Église copte afin de comprendre les raisons des tensions entre les deux communautés et tenter de les résoudre.

Les musulmans de France clairement solidaires des chrétiens

Les condamnations pleuvent dans tout l’Hexagone de la part des responsables de la classe politique et religieuse ainsi que des organisations musulmanes. Une messe en mémoire des victimes de l'attentat a eu lieu dimanche 2 janvier en la cathédrale Notre-Dame-de-Paris en présence de l'ambassadeur d'Égypte en France.

Comme pour l’attentat commis contre des chrétiens à Bagdad, le Conseil français du culte musulman (CFCM) tout comme la Grande Mosquée de Paris, le Rassemblement des musulmans de France (RMF) et l'Union des organisations islamiques de France (UOIF), ont fermement condamné l’acte « abject » et expriment leur solidarité avec le peuple égyptien « face à cette tragédie qui a touché sa composante copte et élève des prières pour que les musulmans et les chrétiens d’Orient puissent résister par leur unité et leur fraternité aux adeptes de la haine et de la violence ».

« Face à ces crimes lâches (…) nous avons plus que jamais auparavant besoin des uns et des autres pour faire entendre la voix de ceux qui construisent des ponts et non des murs entre les chrétiens et les musulmans », a fait savoir le Conseil régional du culte musulman (CRCM) Rhône-Alpes.

… et non complices des terroristes

Mais ces réactions ne suffisent pas pour le député UMP Bernard Carayon, qui a appelé, dimanche 2 janvier, les « Français musulmans » à dénoncer des « massacres de masse » contre les chrétiens d’Orient et à « ne plus offrir leur solidarité silencieuse à ces atrocités », dans un communiqué intitulé « Face aux massacres de masse, stop aux communiqués émus et courtois des musulmans de France ! ».

L’élu joue, malgré lui (ou pas), le jeu des groupuscules d’extrême droite qui n’ont de cesse de répéter ô combien l’islam est une religion légitimant intrinsèquement la violence. « Au nom de l'islam, des "soldats de Dieu" organisent le massacre à petit feu des chrétiens d'Orient. Puisque les organisations musulmanes de France professent un islam modéré, qu'elles le prouvent et ne se contentent pas de communiqués de presse émus et courtois : qu'elles manifestent en masse contre la violence intégriste de leurs coreligionnaires », estime M. Carayon.

Une façon bien polie de dire que les musulmans de France ne sont pas clairement solidaires des chrétiens d’Orient et de les rendre coupables de ne pas être descendus dans les rues manifester leur réprobation. Sauf que l’élu a oublié que ces derniers ne sont en rien responsables de l’attentat.

Ils ne sont pas non plus complices des atrocités commises par Al-Qaïda. Toutes les voix de l’islam en France et dans le monde sont d’accord pour dire que l’attentat n’a rien d’islamique et que ceux qui l’ont commis au nom de l’islam sont loin d’être des musulmans.

Après tout, celui qui tue un homme est considéré comme avoir tué l’humanité entière, souligne-t-on dans le Coran. Le dialogue interreligieux, qui tient à cœur les organisations musulmanes et chrétiennes de France, se doit d'être promu. Non les amalgames qui portent préjudice aux musulmans.







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