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Société

Antisionisme, féminisme et colonialisme : paroles juives contre le racisme en 10 clips

Rédigé par | Mercredi 18 Octobre 2017

L’Union juive française pour la paix (UJFP) a publié une série de vidéos pédagogiques qui permettent de mieux comprendre, de leurs points de vue, les enjeux des sujets autour du racisme, du colonialisme ou encore du féminisme. Organisation engagée en faveur des droits des Palestiniens, l’UJFP entend ainsi, et ce depuis sa création, à faire entendre une voix juive française alternative à d'autres puissantes organisations religieuses et politiques.



Antisionisme, féminisme et colonialisme : paroles juives contre le racisme en 10 clips
Un an plus tôt, l’Union juive française pour la paix (UJFP) faisait paraître un ouvrage intitulé Une parole juive contre le racisme. Cet essai de 96 pages, édité chez Syllepses, avait pour vocation d’être un outil pédagogique pour mieux comprendre les enjeux actuels de la lutte antiraciste. Les auteurs, membres de l'organisation, souhaitaient se positionner contre la hiérarchie opérée en France entre racisme et antisémitisme. L’ouvrage s’est alors écoulé à plus de 5 000 exemplaires et une réédition augmentée est prévue pour décembre prochain.

Fondée en 1994, l’UJFP s’est constituée comme un mouvement juif alternatif dans le conflit israélo-palestinien en militant pour le droit à l’autodétermination du peuple palestinien. « Notre expérience associative nous a ramenés très vite sur le terrain du racisme en France. Il y a un problème de non-visibilité des juifs qui pensent comme nous et qui va à contre-courant du discours raciste et officiel », explique Michèle Sibony, membre de l’UJFP, auprès de Saphirnews.

La websérie de l’UJFP, lancée le 22 septembre, est constituée d’une dizaine de vidéos de témoignages. Face caméra et sur fond blanc, les membres de l’association expliquent pourquoi ils s’engagent contre le racisme et ce que représentent pour eux des notions telles que le féminisme, le racisme d’Etat ou encore l’antisionisme. « Ce sont des thèmes sur lesquels on travaille. C’est le résultat d'un travail de terrain », précise Michèle Sibony. Pour cette série de courts métrages comme pour le livre, l'UJFP a bénéficié du financement du Commissariat général à l'égalité des territoires (CGET).

Ce que l'UJFP dit du racisme institutionnel

« Dans mon livre de géographie en primaire, on avait les gravures de la race rouge, la race jaune, la race noire, la race blanche. C’était dans les années 1950. On était censé être dans une République antiraciste pourtant », raconte un des militants dans la vidéo consacrée au « racisme d’Etat ». « Lorsqu’un ministre dit que les Roms n’ont pas vocation à s’intégrer dans la société française ( dixit Manuel Valls, ndlr), c’est que l’autorité politique dit que ce groupe-là aurait une essence culturelle ou sociale qui l’en empêcherait », ajoute-t-il.

L’UJFP oppose à cela un antiracisme politique et estime qu’il « revient d’abord aux populations directement concernées par une discrimination, de s’auto-organiser et de s’exprimer ». C’est pourquoi, selon Michèle Sibony, « l'UJFP s’est rapprochée de toutes les organisations autonomes », citant « le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), la Brigade antinégrophobie (BAN) et le Parti des indigènes de la République (PIR) ».

L’UJFP dénonce dans son clip dédié à la hiérarchie des racismes la place accordée à la lutte contre l’antisémitisme par les politiques d’Etat. Séparer le racisme et l’antisémitisme est « une aberration », déplore une des personnes interrogées. « L’antisémitisme est une forme de racisme, il n’y a pas de raison de penser qu’il soit plus important que les autres. Au contraire, le penser serait en quelque sorte une opinion raciste », rajoute une autre.

« Aujourd’hui, les principales victimes du racisme sont les Roms, les musulmans, (les personnes issues de) l’immigration post-coloniale. Les juifs ne sont pas concernés, (même) si cela ne veut pas dire que l’antisémitisme a disparu », assène une membre de l'UJFP. Une des militantes estime que l’antisémitisme est notamment nourri par la politique israélienne dans le monde car « elle excite des gens qui ne sont pas suffisamment informés peut-être, pour faire la distinction entre juifs, Israéliens et sionistes ».

Antisionisme vs antisémitisme

La question du sionisme revient régulièrement dans les analyses et un des clips s’attarde sur la distinction entre antisionisme et antisémitisme. « Le sionisme a kidnappé le judaïsme », s’exclame une militante, qui reconnaît avoir été sioniste plus jeune et avoir admiré le modèle des kibboutz. « Le sionisme n’est pas une race, un peuple ou une ethnie mais une idéologie politique », explique un des intervenants, ce qui rend, d’après lui, inopérant l’amalgame entre antisémitisme et antisionisme.

S’ils reconnaissent qu’il existe des « faux-amis » de la lutte à l’image de personnalités telles qu’Alain Soral, les membres de l’UJFP ne veulent cependant pas leur laisser le flambeau. « On ne peut plus ouvrir la bouche pour critiquer le gouvernement israélien sans se faire traiter d’antisémite et c’est la seule raison qui me fait aujourd’hui militer "en tant que juive" », affirme l’une des militantes.


Le sentiment d'insécurité des juifs abordé

Les activistes de l’UJFP abordent également la question épineuse du sentiment d’insécurité des juifs en France. De façon presque unanime, ils disent ne pas avoir peur et soulignent une peur « construite et programmée », même si les personnes peuvent l’exprimer avec sincérité.

« On est protégés par les institutions de l’Etat mais, comme cette protection ne s’étend pas à toutes les catégories de la population, cette protection différenciée nous expose au ressentiment de ceux qui sont moins bien protégés », juge l’une des intervenantes. Notons qu'en 2015, selon les chiffres du ministère de l'Intérieur, 808 actes antisémites ont été enregistrés dans l'Hexagone, puis 294 l'année suivante.

Une de ses camarades, qui arbore fièrement une étoile de David, dit ne pas avoir peur et que, dans le cas contraire, elle s’engagerait « pour que plus personne n’ait peur ». Elle se refuse, comme tous les autres membres du collectif, à se résoudre à immigrer un jour en Israël, jugeant que c'est le sentiment d’insécurité qui favorise la politique sioniste d’accueil des juifs à travers le monde.

Quant au colonialisme, « c’est l’une des applications du racisme. S’il y a des êtres supérieurs à des êtres inférieurs, alors effectivement on peut les coloniser, on peut les exploiter », affirme-t-on à l'UJFP.

L’UJFP espère diffuser cette websérie dans les établissements scolaires, au-delà des milieux militants. Elle souhaite aussi faire entendre une voix différente de celle qui est portée par le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF).

« Certaines (associations membres du CRIF) sont communautaires, certaines contiennent trois membres. Ils prétendent parler au nom de tous les juifs de France. (Or) personne ne parle à leur place. On ne sait pas ce qu’ils pensent. Nous sommes entre 500 et 600 000 », souligne Michèle Sibony, estimant que, avec la diffusion de la websérie, « des juifs vont nous rejoindre ou nous écrire pour nous soutenir ».

L’UJFP annonce que les vidéos, réalisées par le réalisateur franco-israélien Eyal Sivan, vont être traduites en hébreu, en arabe et en anglais afin qu’elles soient relayées à travers le monde par les organisations alliées telles que Jewish for Peace ou Black Lives Matter.

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