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Culture & Médias

Al-Jazira : la chaîne arabe qui dérange

Rédigé par Zaïri Rachid | Vendredi 25 Juin 2004

La chaîne Al-Jazira, du Qatar, diffusée vingt-quatre heures sur vingt-quatre par satellite, irrite beaucoup de monde, et notamment les gouvernements britannique et américain. Ainsi, les ministères des affaires étrangères des deux pays ont décidé de lancer chacun de son côté une chaîne d’information en continu destinée au monde arabophone. Le but recherché est bien entendu de détourner les téléspectateurs de la chaîne qatari, devenue si populaire pour son franc parlé. Après l’initiative américaine 'Al Hourra', la BBC, financé par le Foreign Office, a annoncé hier son projet par la radio-Tv britannique…



La chaîne Al-Jazira, du Qatar, diffusée vingt-quatre heures sur vingt-quatre par satellite, irrite beaucoup de monde, et notamment les gouvernements britannique et américain. Ainsi, les ministères des affaires étrangères des deux pays ont décidé de lancer chacun de son côté une chaîne d’information en continu destinée au monde arabophone. Le but recherché est bien entendu de détourner les téléspectateurs de la chaîne qatari, devenue si populaire pour son franc parlé. Après l’initiative américaine 'Al Hourra', la BBC, financé par le Foreign Office, a annoncé hier son projet par la radio-Tv britannique…

Al-Jazira, en Bref

Le Qatar a pris la décision tout à fait inédite de faire financer la nouvelle chaîne par son gouvernement tout en lui laissant une entière indépendance. 'Nous ne possédons ni armée ni char, rappelle un jeune archiviste qatari, rien qu’Al-Jazira.' Cela a suffi pour conquérir toute la région par la plume. Et ce avec seulement trois cents employés. Ce qui ne manquera pas de surprendre le président Moubarak lors d’une visite : ' Tout ce tapage est venu de cette boîte à sardines ! '

Suite à la fin d’un partenariat entre le régime saoudien et la chaîne BBC en 1996, plusieurs employés furent au chômage puis attirés par les salaires et la liberté promis par le Qatar. Un engagement tenu de bien meilleure façon que la plupart d’entre eux ne s’y attendaient. La chaîne ne reçoit pratiquement aucune directive à propos du contenu des programmes. 'Je traite ici de problèmes que je n’aurais jamais pu espérer soulever lorsque je travaillais à la BBC', indique le rédacteur en chef.

Une équipe rassemblant des citoyens de presque tous les pays arabes se formera autour des anciens employés de la BBC, et Al-Jazira émet désormais vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

La chaîne a révélé l’existence d’un public qui a soif de rigueur et de sérieux. Le nombre de spectateurs a évidemment progressé de manière exponentielle. 'Nous sommes en général les premiers à traiter les nouvelles, déclare le rédacteur en chef, et presque toujours les premiers à obtenir les analyses des commentateurs importants.'

Un récent sondage montre en effet que son plus proche rival, la MBC, financée par l’Arabie saoudite, se trouve loin derrière, suivie, de façon curieuse, par ANN, qui émet de Londres et appartient au frère dissident du défunt président syrien Hafez El Assad.

Les émissions phares d’Al-Jazira restent les débats d’actualité. A la différence des autres chaînes arabes, elle les réalise en direct, sans utiliser le différé pour filtrer les questions embarrassantes. La chaîne qatari fait entendre le point de vue dissident virtuellement réduit au silence depuis un demi-siècle dans le monde arabe. Et, effectivement, du jour au lendemain, les porte-parole des très nombreux groupes d’opposition ont trouvé une tribune pouvant atteindre l’ensemble de cette région du monde. En effet, peu de choses - pas même la remise en cause de la légitimité de tel ou tel régime - y sont taboues.

La chaîne dérange indiscutablement les gouvernements US et britanniques

Al-Jazira est accusée par les Britanniques et les Américains de servir de canal de transmission aux plus radicaux. Par ailleurs, les choix éditoriaux irritent souvent et la couverture médiatique réalisée pour les questions irakienne et palestinienne semble heurter les consciences.

Condoleezza Rice, la conseillère à la sécurité nationale du président américain George W. Bush a critiqué cette couverture parfois 'purement inexacte', accusant indirectement la chaîne d'informations arabe de présenter une version orientée de l'actualité.

Pour réduire le succès d’Al-jazira et améliorer son image, le gouvernement américain avait voté, dans son budget 2004, le financement d’une chaîne américaine d’information en arabe destinée au monde arabo-musulman. L’agence fédérale Broadcasting Board of Governors (BBG), chargée des émissions radiotélévisées vers l’étranger, gère le budget de cette nouvelle télévision lancée cette année, nommée 'Al Hourra' et basée dans le nord de la Virginie, sans grand succès.

Du côté britannique, la BBC envisage également de lancer une chaîne arabe d'info en continu, à la demande du Foreign Office. Comme pour les américains, cette nouvelle chaîne, dont le projet a été annoncé par la radiotélévision publique britannique hier, aurait pour vocation de concurrencer Al-Jazira. Elle serait calquée sur BBC World Service, une entité distincte financée par le gouvernement.

La BBC avait déjà créé une chaîne tout info en arabe, BBC Arabic Television. Elle avait dû la fermer en 1996 et la plupart de ses salariés étaient partis travailler pour Al-Jazira.

La chaîne dérange aussi dans le monde arabe

Le ministère qatari des affaires étrangères a reçu près de quatre cents plaintes officielles de la part de pays du monde arabophone.

Les critiques se succèdent. La Syrie insinue qu’Al-Jazira est au service de 'l’ennemi sioniste.' Le gouvernement koweïtien soutient que la chaîne est un instrument de l’Irak. Le prince Nayef, ministre de l’intérieur saoudien, affirme qu’elle est 'brillante et précise mais que, en tant que rejeton de la BBC, elle n’est qu’un cadeau empoisonné.'

La Jordanie et le Koweït ont fermé les bureaux locaux d’Al-Jazira. L’Algérie a organisé une coupure de courant pendant une émission sur un sujet sensible. Le président tunisien Ben Ali, se plaint régulièrement. L’Arabie saoudite a fait pression sur le seul Saoudien faisant partie du personnel pour qu’il démissionne et, avec des résultats inégaux, a essayé de pousser les publicitaires saoudiens à cesser tout commerce avec Al-Jazira.

Le ministère des affaires étrangères du Qatar fait directement part de toutes les protestations à la chaîne. Selon le PDG de celle-ci, 'nous leur répondons : Si vous estimez que nos déclarations sont erronées, vous avez toujours un droit de réponse'.






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