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Economie

Aïd el-Kébir 2012 : virus détecté, moutons touchés, quel impact sur les prix ?

Rédigé par Maria Magassa-Konaté | Lundi 15 Octobre 2012

A l’approche de l’Aïd el-Kébir (ou Aïd al-Adha), les musulmans espèrent que les tarifs des moutons ne seront pas trop élevés. Cette année, leurs craintes peuvent être légitimement plus grandes car la filière ovine a connu, dans plusieurs pays européens dont la France, une crise avec l’épidémie du virus de Schmallenberg (SBV). Saphirnews a voulu savoir quelles conséquences elle peut avoir sur la santé et la bourse des consommateurs musulmans.



Aïd el-Kébir 2012 : virus détecté, moutons touchés, quel impact sur les prix ?
Les éleveurs se sont inquiétés en début d’année 2012 : le virus de Schmallenberg (SBV) a fait son apparition dans leurs élevages. Transmis par des moucherons piqueurs, ce virus, du nom de la ville allemande où il a été détecté pour la première fois en Allemagne, en été 2011, s’attaque en premier lieu aux ovins (moutons) et, dans une moindre mesure, aux bovins et aux caprins.

Le virus de Schmallenberg (SBV) est « une maladie d’élevage qui peut se manifester par de la fièvre, une chute de production ou des malformations à la naissance, en particulier chez les ovins », indique le ministère de l’Agriculture sur son site. Outre l'Allemagne, sept autres pays européens comme la Belgique, les Pays-Bas et le Royaume-Uni ont été touchés par ce virus. Aujourd’hui, les conséquences économiques sont très limitées en France mais les inquiétudes demeurent.

Un virus sans danger pour l’homme

En janvier 2012, les animaux de 29 exploitations situées dans dix départements du nord de la France comme l’Aisne, le Calvados ou le Pas-de-Calais ont été contaminés par le virus. Moins de trois mois après, les autorités informent que l’épidémie a pris de l’ampleur : le SBV était alors détecté dans 1 303 élevages. Au total, 56 départements ont été touchés, nous indique la Fédération nationale ovine (FNO), l’organisation professionnelle représentative des éleveurs de moutons.

Le dernier bilan de la situation en France au 31 août 2012, établi par le ministère d’après les résultats de la plateforme nationale de surveillance épidémiologique, montre que « dans les élevages contaminés étudiés, en moyenne 15 % des agneaux présentaient des troubles cliniques pouvant être rapportés au virus ». « 20 % des élevages fortement touchés ont eu plus de 30 % d’agneaux malades », nous explique Françoise Dion, vétérinaire conseil pour Races de France, une fédération regroupant des associations d’éleveurs.

Mais depuis septembre, le ministère annonce un retour à la normale. Le dispositif, pris en charge par la Direction générale de l’alimentation (DGAL), « vient de prendre fin. La poursuite de la surveillance est désormais du ressort des professionnels ».

Les consommateurs n'ont pas d'inquiétude à avoir : ce virus ne se transmet pas à l’homme ni entre animaux. Seuls les agneaux naissant avec des malformations ne survivent pas. Les éleveurs se sont inquiétés pour la reproduction des femelles, le SBV provoquant également des avortements. Mais face au virus, ces dernières s’auto-immunisent quelques jours après avoir été piquées.

« Il peut contaminer les brebis pendant la gestation au mauvais moment, ce qui conduit à des malformations congénitales. Dans la seconde forme que l’on appelle SBV aigüe, on ne voit pas grand chose chez les ovins. Des cas de diarrhées ont été constatés chez les bovins. Une fois que le virus a attaqué, l’animal est immunisé », précise Françoise Dion. « On ne voit que la partie immergée de l’iceberg avec une image faite de malformations mais c’est une maladie qui n’est pas très grave », ajoute la vétérinaire.

Des embargos sur le bétail européen...

Bien que l’impact sanitaire du SBV reste limité, c’est moins le cas du côté des exportations. En janvier dernier, plusieurs pays ont suspendu les délivrances de permis d’importation de produits carnés, d’animaux vivants ou de semences en provenance de l’Union européenne comme la Russie, l’Ukraine, le Kazakhstan, les Etats-Unis et l’Egypte.

Interrogé par écrit sur les conséquences du SBV par le sénateur de l’Indre, Jean-François Mayet, le ministère de l’Agriculture a fait savoir que « les autorités françaises ont œuvré pour que l'Union européenne se mobilise face aux embargos disproportionnés mis en place par certains pays importateurs comme la Russie et l'Ukraine. Cette action conduite notamment auprès des instances sanitaires internationales devrait permettre de lever ces restrictions et de préserver la dynamique de conquête des marchés à l'export que les filières d'élevage ont su engager ».

Si l’Ukraine a bien levé l'embargo sur les bovins, ovins et caprins en juillet, ce n'est toujours pas le cas de la Russie. Une question de « principe de précaution » même si les restrictions cachent souvent des enjeux « d'ordre politique », selon Mme Dion.

... sans grandes conséquences pour la France

Toutefois, ces décisions ont peu d’effets négatifs pour la France. « Les embargos de pays ont des impacts qui se limitent à notre filière, celle des animaux visant à la reproduction mais pas sur les animaux d’abattage. Dans ce dernier cas, les embargos n’ont pas de raisons d’être car il n’y a aucun risque. Mais l’impact de ces marchés fermés est faible car la filière d’animaux reproducteurs, exportés pour l’amélioration des races, ne pèse rien au niveau national », nous explique-t-elle. De plus, les flux se régulent d’eux-mêmes au niveau des exportations, avec un rééquilibrage qui s’illustre par une vente plus importante vers d’autres pays.

« L’impact économique de l’infection aura été en définitive assez limité. En moyenne, dans les départements dans lesquels le virus a circulé, seuls 3 % des cheptels ovins ont présenté des signes de l’infection », fait par ailleurs savoir le ministère.

Des impacts variables selon les régions

Les éleveurs s'en sortent plutôt bien : tel est le message des autorités puisque « les conséquences de la maladie apparaissent actuellement maîtrisées dans la filière ovine, constat partagé par la profession. L'infection par le SBV n'aura ainsi pas d'impact sur le paiement des aides animales de l'année 2012 », note le ministère de l’Agriculture, tout en ajoutant que « l’État a engagé les organisations professionnelles à accompagner les éleveurs les plus gravement touchés via la constitution d'un fond de mutualisation des risques sanitaires. » Cette épidémie a en effet eu des impacts très variables d’un élevage à l’autre, avec un taux de pertes allant de 5 % à 50 %, indique la FNO.

Pour certains, les conséquences du virus ont donc été visibles, à l’image d’Antoine Paladini, gérant de la coopérative France Distribution Services qui regroupe plusieurs éleveurs. « Les pertes de notre cheptel situé dans le Jura ont été de 40 % à 50 % », indique l’entrepreneur qui vend ses bêtes en Ile-de-France. « Pour d'autres éleveurs, ça a été catastrophique. Certains ont été obligé de mettre la clé sous le paillasson », assure-t-il, estimant que « l’Etat a tendance à amenuiser la situation ». D'ailleurs, c'est au tour des éleveurs du sud-ouest de la France de s’inquiéter à présent, car une deuxième vague d’épidémie y aurait débutée depuis quelques semaines, nous révèle la FNO.

Au niveau national, l’impact économique de la première vague épidémiologique reste cependant faible. En effet, le SBV n’a pas eu d’impact particulier sur les cours du marché ovin « dans la mesure où les bêtes s’auto-immunisaient naturellement », note Laurent Chupin, gérant de l’agence Acti Ouest spécialisée dans les cours et marchés d’animaux de boucherie. Très impacté par le virus, M. Paladini pointe du doigt « une production à la baisse » mais concède qu’au plan national, les effets économiques ont été « limités ».

Des consommateurs musulmans épargnés

« La hausse des cours est plus visible depuis 15 jours, et plus encore depuis une semaine avec une demande particulière liée à la fête de l’Aïd », fait remarquer, par ailleurs, M. Chupin.

« Cette semaine, on a eu une hausse de 10 centimes d’euros, le kilo de carcasse », précise-t-il, tout en indiquant qu’à l’approche de l’Aïd el-Kébir, la montée des prix est classique car « les gens s’y prennent à l’avance ». Cette année, la hausse des prix devrait toutefois être moins marquée car elle intervient en pleine « consommation creuse », d’après M. Chupin.

Une bonne nouvelle pour les consommateurs musulmans qui se préparent pour la grande majorité à sacrifier un mouton pour célébrer comme il se doit l’Aïd el-Kébir.






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