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Religions

Aïd el-Kébir 2009 : sacrifice rituel, solidarité internationale, sécurité alimentaire et congés en entreprise, la quadrature du cercle

Aïd el-Kébir 2009

Rédigé par Chahira Bakhtaoui | Vendredi 27 Novembre 2009

Aujourd’hui, l’intégration des musulmans dans le paysage économique et culturel français leur permet d’exploiter de nouvelles possibilités.



Aïd el-Kébir 2009 : sacrifice rituel, solidarité internationale, sécurité alimentaire et congés en entreprise, la quadrature du cercle
Tous les ans, au moment de l’Aïd al-Adha, Les musulmans sont confrontés au même problème du sacrifice du mouton. Ils sont de moins en moins nombreux à adopter des méthodes clandestines en allant acheter leur mouton à la ferme pour effectuer eux-mêmes le sacrifice rituel. Les peines que peuvent encourir ces personnes sont dissuasives : la prison ou une amende de 3 000 €. Aujourd’hui, l’intégration des musulmans dans le paysage économique et culturel français leur permet d’exploiter de nouvelles possibilités.

L’association Motif située à Villeurbanne (69), dont le président est M. Çelik, est une association à but non lucratif qui s’occupe de trois pôles : la culture, l’éducatif et la santé-humanitaire. Créée il y a deux ans, cette association compte aujourd’hui plus d’une centaine de membres de toutes origines, de tout niveau social mais aussi de confessions religieuses différentes.

Cette année, l’association lance pour la première fois une opération humanitaire pour l’Aïd al-Adha en direction de deux pays : le Kirghizistan et la Mauritanie. L’idée est venue à partir d’un constat : tout le monde en France est capable de s’acheter sa viande, donc pourquoi ne pas acheter pour les plus nécessiteux ?

Partenariat avec une école en Mauritanie

L’une des difficultés auxquelles les musulmans se disent confrontés est la difficulté de trouver des pauvres à qui donner une partie de la viande, comme le veut la tradition. Un responsable associatif explique qu’une proposition a même été faite aux Restos du cœur, qui ont dû décliner à cause des difficultés de stockage.

L’opération de Motif a d’abord touché les adhérents de l’association qui ont participé à cet événement. Puis les membres ont commencé à en parler à leurs proches, jusqu’à se faire connaître progressivement dans la région. Dix-sept membres en tout vont se rendre sur place, dont six pour la Mauritanie qui sont partis mercredi 25 novembre.

Sur place, leur partenaire est l’école Bourge El-Ilm, dans la capitale Nouakchott, qui va se charger de s’occuper de toute la dimension rituelle. Tout le monde « met la main à la pâte », nous dit M. Yüksel, membre actif de l’association. Il ajoute aussi « alors que c’est une fête qui se pratique en famille, ces personnes sont tellement motivées qu’elles sont prêtes à s’éloigner de leur famille pour assister à la fête avec les nécessiteux ». Toutes les personnes participant à l’opération sont entièrement bénévoles et paient elles-mêmes leur billet, « ce n’est pas du tourisme », nous souligne M. Yüksel. Pour lui, c’est aussi ça le partage de l’Aïd.

Livraison à domicile

Si de nombreux musulmans ont recours à ce type de procédé aussi bien par générosité que suite à la difficulté de trouver un abattoir agrémenté, d’autres musulmans français se font directement livrer leur mouton. Abdelhakim Rahal est le co-fondateur du site www.halaldom.com, qui propose la livraison de produits halal à domicile.

Le concept est né en 2002, alors que lui et son collègue Samir Amdouni étaient encore à l’université. Leur société SFPH (Societé francaise des produits Halal) existe depuis 2006. Son lancement commercial a commencé depuis le 23 novembre 2008 pendant la période de l’Aïd al-Adha. Depuis, ils proposent des agneaux sacrifiés halal, découpés, emballés et livrés à domicile. Abdelhakim Rahal explique que le scandale des agneaux ou bœufs sacrifiés avant la prière de l'Aïd oriente de plus en plus les musulmans vers ce type de démarches.

« Pas mal d’opérateurs essaient de vendre des moutons à des moutons »

Les musulmans qui veulent faire la démarche d’aller sacrifier un mouton tout en respectant la législation ont encore beaucoup de mal. Le seul recours reste les abattoirs officiels qui ont encore du mal à répondre aux besoins de la totalité de la population musulmane de France.

Aïssa Nhari avait lancé l’opération en 2006 avec Carrefour en collaboration avec l’association Ennour de Gennevilliers. Alors que l’opération cette année-là fut un succès, Carrefour s’était détaché de l’association pour se lier à la Grande Mosquée de Paris l’année suivante. L’opération était plutôt douteuse : après l’envoi d’un huissier sur les lieux de la part de M. Nhari qui nous dit que « la Mosquée de Paris n’existait pas », il s’avérait donc qu’il n’y avait aucun contrôle de la viande halal.

C’est de là qu'est né un nouveau projet avec la ville de Villeneuve-la-Garenne et porté par la mosquée de la ville. Depuis le mois d’avril 2009, c’est le début de sa mise en place, qui avait dû être délaissé l’année précédente faute de temps. Pour les moutons, le choix s’est porté sur une boucherie halal de la ville. L’abattoir choisi est COVIMO, dans le 86, sous le contrôle d’AVS et de délégués des mosquées y compris ceux de Villeneuve-la-Garenne.

La préfecture a été avisée comme le stipule la charte, qui garantit le respect de la religion, les lois en vigueur avec le strict respect de l’animal et de l’environnement. L’agneau est récupéré le lendemain de l’Aïd au matin pour éviter tout débordement.

Cette année, M. Nhari prévoit une vente de 300 à 400 agneaux. Ce chiffre représente une baisse par rapport à l’année 2006, où 840 agneaux avaient été vendus. Mais, pour le responsable, c’est une démarche qui privilégie la qualité, surtout après les problèmes rencontrés avec les grandes enseignes comme Carrefour. M. Nhari nous dit à ce propos : « La grande distribution et les bouchers doivent se comporter d’une manière qui respecte la foi musulmane. J’estime qu’il y a pas mal d’opérateurs qui essaient de vendre des moutons à des moutons. »

La préfecture de police fixe les règles de l'Aïd

La préfecture de police rappelle les règles d'abattage qui doivent encadrer le rituel musulman pour l'aïd où le sacrifice du mouton à grande échelle peut amener à nuire à l'environnement. Parmi ces règles qui n’accepteront aucune dérogation, la plus importante reste l'interdiction de pratiquer le sacrifice en dehors des abattoirs en activité en vue de respecter les règles d'hygiène et de sécurité alimentaire.

Cette règle édictée pour des raisons d'hygiène et ainsi que pour la sécurité des personnes n'est pas exclusivement réservée à l'Aïd mais doit être observée tout au long de l'année. La réglementation interdit également, pour des raisons de salubrité, de sécurité et de tranquillité du voisinage, de stationner l'animal vivant à l'intérieur des habitations comme dans les lieux communs.

La loi interdit également la vente d'ovins non identifiés au consommateur et plus précisément de lui remettre « les carcasses de moutons et les pièces de découpe non désossées obtenues à partir de muscles attenant à la colonnes vertébrale (à l'exception des vertèbres caudales) sans les avoir débarrassées de la moelle épinière ». La réglementation interdit à la consommation les abats tels que la tête, la rate, l'intestin grêle, la moelle épinière des moutons de plus d'un an.

Il est nécessaire à l'éleveur de pouvoir identifier la provenance des moutons, de faire suivre un document de circulation et de transporter la bête dans le respect des règles. La direction départementale des services vétérinaires se chargera, quant à elle, d'effectuer un contrôle sanitaire à l'abattoir afin de veiller à la salubrité des viandes. Les textes interdisent de décharger comme de vendre tout animal vivant de boucherie à Paris. La préfecture de police rappelle également que des établissements permettant l'abattage selon le rite musulman existent dans les départements voisins de Paris.

Peut-on prendre un jour de congé le jour de l’Aïd ?

Comme tous les ans, à l’approche de l’Aïd, les musulmans se demandent s’ils peuvent prendre un jour de congé ce jour de fête ou s'ils peuvent faire manquer l’école à leurs enfants.

Les trois grandes fêtes religieuses musulmanes n’ayant pas le statut de jour férié et en l’absence de texte de loi explicite sur le sujet, la permission de s’absenter une journée pour motif religieux reste liée au bon vouloir de l’employeur.

Dans le secteur public, il existe une pratique (et non un décret) qui permet d’accorder un jour dans ce cas, à condition que cela ne perturbe pas la bonne marche du service. La démarche est alors celle consistant à demander un jour de congé comme les autres. La journée peut être donnée ou refusée. Si elle est accordée, elle est déduite des congés restants de l’employé. L’employeur est libre d’accepter ou de refuser.

Cependant, si l’on rapproche cette question du dernier avis publié par la Halde sur la question des discriminations religieuses au travail, un refus devrait être motivé par une raison valable. Dans ce cas, la demande de congé concernée devrait poser un problème de productivité ou de sécurité pour être déclinée. Elle ne devrait pas l’être pour le simple prétexte que la religion s’arrêterait à la porte de l’entreprise.

Maintenant, le fait que les musulmans ne puissent connaître qu’au dernier moment la date exacte de l’Aïd pose certains problèmes. Il est difficile de poser un congé « flottant ». Il l’est tout autant de prendre plusieurs jours afin d’être sûr d’être chez soi le jour dit. Les avis que l’on peut recueillir sur la question témoignent du désarroi de beaucoup de musulmans.

Les demandes groupées sont moins aléatoires que celles formulées individuellement : à plusieurs, on est plus fort pour négocier. De leur côté, certains employeurs se déclarent être mis en difficulté lorsqu’une proportion significative de leur personnel réclame un congé le même jour… Il semble plus que nécessaire qu’une loi s’exprime clairement sur le sujet, et qu’elle englobe la fonction publique, le secteur privé, et celui de l’éducation.

Pour ce qui est des élèves. Bien que personne n’ait statué sur le problème, on leur permet d’être absents le jour de l’Aïd, sachant qu’il vaut mieux que l’établissement scolaire en soit informé à l’avance par écrit.


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