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Culture & Médias

Affaire Gulli/Islam : une gestion de crise paradoxale

Rédigé par Anissa Ammoura | Lundi 19 Mai 2008

Islam Alaouchiche, 9 ans, avait été exclu en février dernier du casting du jeu « In Ze Boite », sur la chaîne Gulli, à cause de son prénom. Les chaînes privées françaises – dont Gulli - se sont pourtant engagées noir sur blanc à respecter la « diversité ». Ce qui n’empêche pas les paradoxes dans la gestion de la crise et les partenariats avec l’étranger : le groupe Lagardère, qui détient la chaîne Gulli, conçoit depuis 2005 une partie des programmes d’Al Jazeera Children, la chaîne jeunesse du Qatar.



Des cheveux noirs raides, des yeux marrons et une petite bouche rose : Islam Alaouchiche est un enfant de 9 ans comme on peut en croiser tous les jours. Mais la société de production qui gère le casting du jeu « In Ze Boite » sur la chaîne Gulli l’avait exclu de l’émission en février dernier à cause de son prénom. L’affaire avait fait grand bruit au point qu’Arnaud Lagardère avait présenter personnellement ses excuses – deux mois après - auprès de la famille du petit garçon. Entre temps, les parents déposent plainte auprès du procureur de la République et une enquête interne au sein de la chaîne jeunesse devait être ouverte. Une conduite étonnante quand on sait qu’Al Jazeera Children, la chaîne satellitaire qatarie d’Al Jazeera pour les enfants et les adolescents, a un paternariat avec le groupe Lagardère depuis le début de sa diffusion en 2005. Amirouche Laïdi, président du club Averroès, une association de professionnels qui se bat pour la représentation de la diversité à la télévision, accuse au-delà de la discrimination, la « très mauvaise gestion de Lagardère. C’est étonnant comme grand écart, de fournir d’un côté la chaîne qatarie en programmes jeunesses et de l’autre de refuser un garçon prénommé Islam ! ». En effet, une partie des programmes d’ Al Jazeera Children serait conçue en France par le biais de sociétés de productions pour le compte du groupe Lagardère, groupe dont le deuxième actionnaire est également l’émirat du Qatar.
Pour réparer les pots cassés, la chaîne a cru bon de proposer au jeune téléspectateur, sa participation dans le public de l’émission. La famille Alaouchiche avait refusé au motif que leur enfant n’était pas venu pour « faire de la figuration ». « Lagardère aurait dû l’inviter parmi les joueurs. La réaction du groupe de l’inviter dans le public est aussi gênante que de le refuser à participer au jeu. C’est ridicule ! » poursuit Amirouche Laïdi.

L’émission présentée par Joan Faggianelli est diffusée sur la chaîne Gulli du lundi au vendredi depuis le 29 octobre 2007. Le 9 février dernier, le petit Islam est recalé à cause de son prénom.
L’émission présentée par Joan Faggianelli est diffusée sur la chaîne Gulli du lundi au vendredi depuis le 29 octobre 2007. Le 9 février dernier, le petit Islam est recalé à cause de son prénom.

Critères racistes

Dans un entretien à Saphirnews le 18 avril dernier, la mère d’Islam précisait ne pas accuser la chaîne mais les deux personnes responsables d’avoir discriminer son fils. « Peut-être que la personne qui a refusé le petit garçon a cru qu’elle prenait un risque en acceptant un candidat avec un tel prénom. Néanmoins, cette histoire montre qu’il y a un problème dans cette chaîne. Il faut mieux former ces employés » juge le président du club Averroès. Mais ce genre de pratiques ne serait pas nouvelle, à en croire un ancien et célèbre journaliste de TF1, Pascal Bataille, qui a réagit à la polémique le 17 avril dernier sur le blog de son émission « C’est off » (diffusée une fois par semaine sur la chaine câblée, Jimmy) « Cet incident rappelle tristement à quel point certains producteurs, diffuseurs ou programmateurs de télévision font régulièrement intervenir des critères racistes dans la sélection des participants aux émissions, des personnes du public ou des thèmes traités. Nous [avec Laurent Fontaine, le journaliste avec qui il travaille depuis des années, ndrl] pouvons personnellement témoigner de ces comportements : nous avons souvent entendu des responsables de chaînes, ou d'émissions, refuser tel ou tel témoignage ou la présence de tel ou tel invité, parce qu'il était d'origine arabe ou noire. » Pourtant depuis 2000, les conventions des chaînes privées françaises avec le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) comprennent une disposition relative à la « meilleure représentation à l’antenne de la diversité de la société française » Dans celle de Gulli, signée en 2005, celle-ci s’engage à « prendre en considération, dans la représentation à l’antenne, la diversité des origines et des cultures de la communauté nationale ». De plus, selon Amirouche Laïdi, la chaîne n’aurait pas rendu son rapport sur le respect de la diversité dans ses programmes au CSA, qui parait-il « n’aurait pas réagit ». « Le prénom Islam est ostentatoire alors que des prénoms comme Marie ou Christophe ne le sont pas [bien qu’issus de la culture française judéo-chrétienne, ndrl]», analyse le président du club Averroès, « ce pays est métissé et il doit accepter ce métissage. Il faut que cette société française comprenne ce phénomène démographique. C’est un état de fait. J’ai l’impression que le métissage est plus accepté par l’opinion publique que par les élites ». Une opinion partagée par le journaliste de Jimmy, Pascal Bataille, qui concluait sur son blog « il y a encore un long chemin à faire avant que la télévision française ne parvienne à refléter (…) la diversité et la richesse de notre société. (…) Il faudra que les mentalités de ceux qui font la télé évoluent sérieusement (…) que ceux-ci cessent de considérer que les téléspectateurs sont majoritairement racistes et qu'il faut les caresser dans le sens du poil. Car ce ne sont pas les téléspectateurs qui sont en cause, mais bien ceux qui les jugent si mal ! »






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