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Société

A La Courneuve, le sort des Roms expulsés d'un bidonville révolte

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Mardi 20 Octobre 2015

Les Roms refusent aussi de vivre dans la misère. Depuis la destruction du bidonville du Samaritain, qui existait depuis 2008 à La Courneuve (Seine-Saint-Denis), une trentaine de familles campent dans le froid depuis plusieurs semaines en bas de la municipalité communiste à l'origine de leur expulsion. Menacés d'une nouvelle éviction, des citoyens se mobilisent pour leur venir en aide au quotidien. Reportage.



Une trentaine de familles roms de l'ancien bidonville du Samaritain campent depuis fin août en bas de la mairie de La Courneuve, à l'origine de leur expulsion.
Une trentaine de familles roms de l'ancien bidonville du Samaritain campent depuis fin août en bas de la mairie de La Courneuve, à l'origine de leur expulsion.
Le 28 août, une triste date pour les habitants du Samaritain, à La Courneuve, expulsés manu militari du bidonville dans lequel ils vivaient par la municipalité sans que celle-ci n'offre aucune solution de logement (voir encadré). Depuis, une centaine de ses ex-habitants – 300 à l’origine, principalement Roms – sont installés en bas de la mairie, au parc Jean Moulin. Plus près, ils ne peuvent pas mieux pour espérer sensibiliser le maire communiste, Gilles Poux, à leur sort. Sans succès jusqu’à présent.

L’indifférence de la municipalité face à ce qui se présente à elle depuis des semaines, sous ses fenêtres, sidère. Un simple tour dans le camp improvisé samedi 17 octobre, Journée mondiale du refus de la misère, suffit à nous convaincre des conditions déplorables dans lesquelles vivent les familles. Les tentes leur servent à peine pour se protéger du froid qui commence à s’abattre dans la région. L’hiver approchant, les difficultés s'accentuent naturellement. La moindre aide, le moindre soutien, même moral, ils en sont ravis.

Un déjeuner organisé dans le parc Jean Moulin le 17 octobre par Aclefeu en présence de citoyens solidaires.
Un déjeuner organisé dans le parc Jean Moulin le 17 octobre par Aclefeu en présence de citoyens solidaires.

Des citoyens en rempart contre l’expulsion

Comme souvent, un déjeuner a été organisé en leur faveur au parc samedi 17 octobre. Cette fois, c’est l’association ACLEFEU qui s’est proposée pour préparer le repas, un couscous en l’occurrence. Une trentaine de citoyens solidaires des habitants du Samaritain, qui dénoncent la prise de décision du maire, ont fait le déplacement ce jour.

Parmi eux, figurent Samir Taniche, 29 ans, et son épouse Monia, 25 ans, qui font partie des premiers soutiens des familles, bien avant leur expulsion en août. Aujourd’hui, par leur présence, « on leur apporte une chaleur humaine déjà. On s’organise au jour le jour pour aider à structurer le camp, gérer l’administratif, organiser des repas et la venue de militants associatifs pour qu'ils ne viennent pas tous en même temps », explique Monia. Des actions « one-shot » certes, mais sans laquelle les personnes du camp ne s’en sortiraient pas.

Par leur présence, il espère aussi faire reculer une nouvelle expulsion qui les éloignerait de la mairie, donc de toute perspective d'espoir à leurs yeux. Celle-ci est en effet en droit de déloger les familles du parc mais l’hiver approchant, c’est une « stratégie de l’usure » qu’elle use pour que les personnes finissent par partir d’eux-mêmes, juge Samir. Mehdi Bouteghmes, un des rares élus de la ville mobilisés sur leur sort, confirme : l’expulsion a « un coût médiatique » que la mairie n’est pas prête à payer.

Le racisme anti-Roms en toile de fond

Pour le moment, la mobilisation des Courneuviens reste faible, 5 à 10 % selon Samir, qui y réside lui-même depuis 15 ans. « Nous n’avons pas forcément plus de monde qu’avant (en août, ndlr) mais plus de qualité », dit-il, avant de rappeler la nécessité de « rester constant » pour ne rien céder. La mairie a aussi « des moyens de communiquer que nous n’avons pas » comme le journal municipal, indique Mehdi Bouteghmes.

La faiblesse de la mobilisation en faveur des ex-habitants du Samaritain, la faute aussi aux poids des stéréotypes sur les Roms, indique Faiza Khedira,* 21 ans, révoltée par la situation qui s’offre à ses yeux. « On leur associe une image qui ne leur correspond pas, ils sont victimes dune stigmatisation insoutenable. » « On se sert de leur pauvreté pour les glisser dans des réseaux mafieux. Mais les mafieux, ce ne sont pas eux, ils sont victimes. (...) Avec quelle image de la France vont grandir ces enfants ? Je salue leur courage, ils restent dignes car ils peuvent vite glisser » du mauvais côté de la barrière, confie-t-elle.

A défaut d’avoir pu empêcher la destruction du Samaritain en août, Mehdi Bouteghmes, sans étiquette, réclame désormais un hébergement d’urgence pour les familles présentes au parc Jean Moulin, parmi lesquelles on compte aussi des Ivoiriens. « Il est difficile de réfléchir à une solution de long terme dans ces conditions. On doit gérer une crise humanitaire. (…) Il leur faut un accompagnement social, économique, scolaire et médical », fait-il savoir.

Mehdu Bouteghmes (au centre), un des seuls élus courneuviens mobilisés aux côtés des Roms dont Jozsef Farkas (à gauche) est le porte-parole.
Mehdu Bouteghmes (au centre), un des seuls élus courneuviens mobilisés aux côtés des Roms dont Jozsef Farkas (à gauche) est le porte-parole.

Froid, fatigue, maladie... des familles sous tension

Leur présence au plus près de la mairie est perçue par leurs défenseurs comme un acte de résistance symbolique contre une politique anti-Roms brutale en France à laquelle le gouvernement Valls souscrit pour avoir encouragé les démantèlements de camps roms et les expulsions depuis 2012. La majorité des familles au parc ont d’ailleurs reçu une obligation de quitter le territoire français (OQTF), y compris ceux qui ont un travail régulier en CDI, assure Jozsef Farkas.

Du haut de ses 17 ans, il assure le rôle de porte-parole du camp depuis le début de la bataille engagée face à la municipalité en mars. « Nous ne cherchons pas de passe-droit. Nous demandons simplement au maire de laisser d'autres nous apporter l'aide qu'il n'est pas en mesure de nous offrir lui-même... », avait-il plaidé dans une pétition signée par plus de 40 000 personnes. Depuis, la situation s’est dégradée à un point tel que des tensions interpersonnelles sont apparaissent dans le camp, confie Jozsef. « On est tous très fatigués. Beaucoup de gens sont tombés malades. On n’a plus l’éclairage public la nuit et on veut nous interdire d’allumer le feu » malgré le froid.

Dans cette affaire, « l'Etat et la mairie se renvoient la balle mais personne ne veut prendre ses responsabilités (…) Entre eux, il y a des humains », dit Mehdi Bouteghmes. « On ne perd pas espoir. Votre mobilisation permettra aux familles d'avoir un toit pour l'hiver. » Que cette volonté soit faite.

*Souhaitant rester anonyme, son nom a été modifié.

La Place du Samaritain était le plus vieux bidonville d'Ile-de-France. Avant sa destruction, ses habitants ont présenté à Gilles Poux un projet de résorption progressive du lieu en trois ans, défendu par la Fondation Abbé Pierre et Médecins du Monde (MDM). Ce fut « une proposition inespérée à notre maire : nettoyer le bidonville, y installer l'eau courante et le sécuriser avant d'entamer un travail suivi pour que nous puissions scolariser les enfants, travailler, et, petit à petit quitter le bidonville », expliquait la pétition.

Estimant que c'est à l'Etat et non à sa ville de mettre en place des solutions pérennes, il a refusé la mise en œuvre du projet, pourtant « entièrement autofinancé », pour des raisons demeurées floues pour les familles. En réponse, des policiers et des pelleteuses ont été envoyées au Samaritain, ceci sans prévenir les familles du jour de leur passage. L'expulsion « reflète à nouveau l’incohérence politique qui ne fait que déplacer le problème sans chercher de solutions de fond », avait alors déploré la Fondation Abbé Pierre et MDM.

De nombreuses associations ont signifié leur soutien à leur cause, parmi lesquelles La voix des Roms ainsi qu'Amnesty International, qui appelle cette semaine les citoyens à signer un appel au préfet de Seine-Saint-Denis.






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