Sur le vif

Une enquête autour de la guerre au Yémen en toile de fond de l’élimination de Jamal Khashoggi

Rédigé par Lina Farelli | Mercredi 31 Octobre 2018 à 16:12



Le procureur d'Istanbul a fait savoir, mercredi 31 octobre, que Jamal Khashoggi a été étranglé à son arrivée au consulat saoudien le 2 octobre, avant d'être démembré, faisant ainsi valoir que le meurtre du journaliste était « prémédité ». Les autorités turques ont de nouveau réclamé l'extradition vers la Turquie des 18 suspects arrêtés en Arabie saoudite et ont exigé de savoir où se trouve le corps de Jamal Khashoggi.

Dans le même temps, le journal britannique Sunday Express a révélé, sur la base de déclarations d'un ami proche de Jamal Khashoggi, que l’assassinat prémédité de ce journaliste critique du pouvoir serait lié à l'enquête qu'il faisait autour de l'utilisation supposée d'armes chimiques de l’Arabie Saoudite dans le cadre de la guerre au Yémen. Avant sa mort, Jamal Khashoggi lui aurait indiqué « qu’il détenait la preuve que l’Arabie Saoudite avait utilisé des armes chimiques » au Yémen et « qu’il espérait obtenir des preuves documentaires ». Une information qui, si avérée, donnerait une nouvelle dimension l'affaire.

Des sources anonymes du journal auraient également fait part de communications interceptées par le Quartier général des communications du gouvernement (GCHQ) trois semaines avant l'assassinat à propos d'un ordre d’enlèvement et de rapatriement de Jamal Khashoggi en Arabie Saoudite. Les mêmes sources ont souligné que l’ordre, qui émanait d'un « membre du cercle royal », ne serait pas venu directement du prince Mohammed Ben Salmane et aucune preuve ne permet d’étayer son implication dans ce meurtre. L’émissaire aurait également donné l'ordre aux agents de recourir à « d’autres actions » si Jamal Khashoggi devenait « gênant ».

Avec l'affaire Khassoggi, l'Arabie Saoudite s'est bel et bien affaiblie sur le plan politique, au point de perdre désormais le soutien des Etats-Unis dans sa guerre au Yémen. James Mattis, secrétaire d’État américain à la Défense, a appelé les belligérants à se réunir autour de la table de la négociation d’ici 30 jours.

De son côté, et sans faire référence à l'assassinat du journaliste, le chef de la diplomatie Mike Pompeo a exhorté la coalition menée par l’Arabie Saoudite à cesser les bombardements et les rebelles Houthis à arrêter le lancement de missiles sur les territoires saoudiens et arabes.

La France a également appelé à la fin de la guerre au Yémen. Au micro de BFM-TV, la ministre des Armées Florence Parly a affirmé, mardi 30 octobre, qu’il est « plus que temps » que le conflit cesse, l'estimant « sans issue ». Une position très attendue par les organisations de défense des droits de l'homme qui réclament de longue date une position ferme de la France et des alliés de l'Arabie Saoudite contre la guerre au Yémen où sévit une catastrophe humanitaire sans précédent.

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