Société

Un imam agressé pour ses opinions sur la burqa

Deux salafistes en cause

Rédigé par | Vendredi 10 Juillet 2009 à 09:01

Mahmoud Doua, imam et enseignant en anthropologie à l’université Bordeaux-III, a été agressé dimanche 5 juillet à la sortie de la salle de prière de son quartier, à Talence, près de Bordeaux. Ses deux agresseurs, partisans du voile intégral, n’avaient pas apprécié son passage à la télévision, fin juin, sur le thème de la burqa. Retour aux faits.



Mahmoud Doua, imam de la mosquée de Cenon.
Le débat de la burqa et du niqab, les voiles intégraux, agite bel et bien la France et la communauté musulmane. C’est dans ce cadre qu’a été invité Mahmoud Doua, enseignant en anthropologie du monde musulman à l'université Bordeaux-III et imam de la mosquée de Cenon, en banlieue bordelaise, sur France 2, le 29 juin dernier. Le thème de l’émission : « Faut-il interdire la burqa ? »

A cette question, M. Doua répond clairement non, car « légiférer à ce sujet n’est pas pédagogique », confie-t-il au journal Sud-Ouest, ajoutant que, « en cas d'oppression caractérisée, des services sociaux existent. Il y a en outre là un risque de stigmatisation de la communauté musulmane ». Cependant, il estime que « cette tenue vestimentaire n'est pas du tout conforme à (sa) lecture de l'islam ».

De l’autre côté de l’écran, deux hommes, habitant le même quartier que l’imam, s’indignent de cette prise de position. Salafistes convaincus, ils sont pour le port de la burqa. Alors, dimanche 5 juillet, soit quelques jours après l’émission, ils n’hésitent pas à interpeller l’imam qu’ils voient sortir de la salle de prière de son (et de leur) quartier situé à Talence, non loin de Bordeaux.

Selon M. Doua, qui les connaît, ils lui reprochent d’avoir « un discours trop intégré, trop républicain » et de ne « pas avoir défendu les musulmans ». Très vite, il se retrouve à terre. Résultat : un choc au niveau de l’oreille et un doigt foulé. Mais c’est surtout un choc psychologique pour l’imam, qui ne s’attendait pas à une telle réaction de la part de ses détracteurs. Il porte alors plainte avec l’Association musulmane de Gironde (AMG), dont il est membre.

Une mission d’information mise sur pied

L’enquête est en cours pour identifier les agresseurs, car M. Doua ne connaît que leurs prénoms. Cette histoire intervient au moment où la mission d’information sur la burqa a connu sa première séance de travail ce mercredi à l’Assemblée nationale.

Burqa or not burqa ? Avant de légiférer ou non sur le port de la burqa, le groupe de 32 députés, avec à sa tête le député communiste André Gerin, devra, selon ce dernier, « réaliser un état des lieux sur le port du voile intégral » en France avant de remettre ses conclusions d’ici à janvier 2010.

D’ici là, une série de rencontres se tiendront le 15 juillet entre les députés, des maires et des associations féminines avant de rencontrer des représentants musulmans, des spécialistes de la laïcité, des banlieues et de l'islam.

Pour le moment, comme Tareq Oubrou, imam à la mosquée de Bordeaux, M. Doua redoute d’autres incidents de ce type. Mais cette inquiétude ne l’empêchera pas de se rendre, comme à son habitude, aux prêches du vendredi à Cenon.


Rédactrice en chef de Saphirnews En savoir plus sur cet auteur