Monde

Un Cœur pour la paix : Israéliens et Palestiniens mobilisés pour la cause des enfants

Interview de Muriel Haïm, présidente d’Un Cœur pour la paix

Rédigé par | Jeudi 19 Novembre 2009 à 08:52

20 novembre, Journée internationale des droits de l’enfant. Parmi ces droits, le droit à la santé est l’un des plus bafoués dans le monde. Un Cœur pour la paix, association créée en 2005 et présidée par Muriel Haïm, gériatre de formation, tente d’inverser la tendance. Sa mission ? Faire opérer des enfants palestiniens atteints de cardiopathies congénitales par une équipe médicale à la fois israélienne et palestinienne à l’hôpital israélien Hadassah de Jérusalem. Lumière sur une aventure emplie d’humanité.



206 enfants palestiniens ont été opérés depuis la création, en 2005, de l'association Un Cœur pour la paix.

Comment votre aventure a-t-elle commencé ?

Muriel Haïm : En mai 2005, lors d’un voyage de l’Association des médecins israélites de France, le Pr Jean-Jacques Azria Rein, responsable du projet et chef de service de cardiologie pédiatrique de l’hôpital Hadassah, est intervenu pour nous dire ce que c’est que de travailler dans un hôpital où tout le monde est soigné sans distinctions, et ce dans un pays en guerre.
À la suite de son exposé, nous nous sommes rendus compte qu’il avait besoin de fonds pour faire opérer 50 enfants palestiniens souffrant de malformations cardiaques par an. Nous avons alors eu envie de l’aider. Et en septembre 2005, le premier enfant était opéré.

Il me semble que vous ne faites pas qu’opérer des enfants. En quoi le travail de votre association consiste-t-il ?

M. H. : L’action de l’association s’articule en quatre volets. La prévention s’effectue par l’intermédiaire d’une conseillère palestinienne en génétique, Rawane El Awad, que nous avons embauchée en décembre 2008. Celle-ci explique aux familles palestiniennes les risques dus aux mariages consanguins.
Le deuxième volet comprend la formation de médecins palestiniens à l’échocardiographie et au cathétérisme interventionnel, afin de dépister les enfants, d’effectuer un suivi postopératoire, et de développer une autonomie. Cette formation dure un an, elle se déroule à l’hôpital Hadassah et est financée par Un Cœur pour la paix. C’est ainsi que le Dr Salim Ibrahim est retourné s’installer à Jénine, dépiste les enfants, et nous les adresse si besoin pour les faire opérer. Cela contribue à la formation d’un réseau de médecins israéliens et palestiniens.
Le troisième volet tient en un diagnostic sur place, en Cisjordanie, par des médecins, grâce à un échocardiographe portable fourni par l’association.
Enfin, le quatrième volet est essentiel, puisque chaque semaine Un Cœur pour la paix fait opérer un enfant palestinien à l’hôpital Hadassah, par des équipes mixtes de médecins palestiniens et israéliens.

Quelles positions défend votre association ?

M. H. : Nous ne défendons aucune position politique, ce n’est pas le but. Un Cœur pour la paix est une association à but non lucratif, qui s’inscrit dans une démarche humaniste, au-delà de tout parti pris. Elle œuvre pour le rapprochement des peuples palestinien et israélien par la voie de l’éducation et de la santé.

Combien d’enfants ont été soignés par Un Cœur pour la paix depuis la création de votre association ? De quelles maladies sont-ils atteints et quelles en sont les causes ?

M. H. : À ce jour, 206 enfants ont été opérés depuis la création de l’association. Les causes sont principalement génétiques : elles s’expliquent par les risques dus aux mariages consanguins, très fréquents dans cette partie du monde. En effet, le taux de malformations cardiaques congénitales y est trois fois plus élevé que dans la population générale.

Comment sélectionnez-vous les patients ?

M. H. : Nous ne faisons pas de sélection, nous opérons tous les enfants qui nous sont envoyés, filles et garçons.

Combien coûte en moyenne une opération, et d’où proviennent les financements ? Une participation aux frais est-elle éventuellement demandée aux familles ?

M. H. : Chaque opération coûte 12 000 euros, elle est financée pour moitié par l’hôpital Hadassah et pour moitié par Un Cœur pour la paix. Le financement provient de fonds publics comme la Commission européenne ou le ministère français des Affaires étrangères mais aussi de donateurs privés, de fondations ou d’entreprises. Les familles n’ont pas à participer au financement, l’opération est entièrement gratuite, y compris le suivi en postopératoire si les enfants ont besoin de revenir à l’hôpital Hadassah.

Comment s’organise le travail pré- et postopératoire ? J'imagine que la plupart d’entre eux ne viennent pas de Jérusalem…

M. H. : Les enfants sont diagnostiqués en Cisjordanie ou à Gaza. Le médecin qui les suit appelle le Pr Jean-Jacques Azria Rein, pour discuter du cas de l’enfant. Ensemble, ils décident s’il faut l’opérer. À partir de ce moment-là, tout va très vite. L’enfant est pris en charge dans une ambulance avec sa maman ou sa grand-mère ; deux heures après, ils arrivent à l’hôpital Hadassah, où il est opéré.

D’où sont originaires les patients ? Obtiennent-ils facilement des permis pour se faire soigner de l’autre côté du Mur de séparation ?

M. H. : À ce jour, 60 % des enfants viennent de Gaza et 40 % de Cisjordanie. Concernant les passages aux frontières, nous avons développé un processus pour permettre le passage aux postes frontières palestinien et israélien de Gaza en Israël. Aucun enfant n’a jamais été arrêté.

Existe-t-il un dépistage dans des centres médicaux décentralisés ?

M. H. : Nous organisons un dépistage hebdomadaire dans des dispensaires en Cisjordanie, un des médecins palestiniens que nous avons formé se rend deux jours par semaine à Hébron, à Ramallah et à Bethléem, avec un échocardiographe portable que nous lui avons fourni grâce à la société Siemens. Ce médecin dépiste les enfants et les suit en postopératoire. Depuis que nous avons mis en place ce dépistage, le nombre d’enfants opérés est passé de 50 à 70 par an, ce qui en montre bien la nécessité.

Quelles sont les principales difficultés que les malades doivent traverser ?

M. H. : Une fois arrivés à l’hôpital Hadassah, ces enfants bénéficient du même niveau de soins que les enfants israéliens : ils sont soignés dans les mêmes conditions par les mêmes médecins, avec des techniques de pointe. Il faut savoir que dans cette pathologie, une fois que l’enfant a été opéré, il a la même vie que les autres enfants.

Avez-vous déjà été confrontée à des « pressions » ? De quels types ?

M. H. : Non, cette action est extrêmement soutenue et nous ne subissons aucune pression. Nous n’en anticipons aucune non plus. Rappelons que l’hôpital Hadassah finance pour moitié chaque opération, ce qui montre bien son soutien. Nous sommes une association humanitaire dont le but est de sauver des enfants, de transmettre le savoir, d’informer et d’éduquer les familles sur les dangers des mariages consanguins. Et sauver un enfant n’est ni de droite ni de gauche. Dans une chambre où une maman israélienne et une maman palestinienne se penchent sur leurs enfants malades, elles se transmettent quelque chose de l’ordre de l’humain. La souffrance n’a pas de nationalité.



MÉMO

Activité : association de loi 1901 faisant opérer les enfants palestiniens atteints de cardiopathies congénitales par une équipe israélienne et palestinienne à l’hôpital israélien Hadassah, à Jérusalem, et formant les médecins palestiniens à l’électrocardiographie et au cathétérisme d’urgence.

Buts : sauver des enfants et rapprocher les peuples israélien et palestinien par des actions dans les domaines de la santé et de l’éducation

Nombre d’enfants opérés : 206 enfants opérés

Coût d’une opération : 12 000 €

En savoir plus, consulter www.uncoeurpourlapaix.org


Journaliste à Saphirnews.com ; rédactrice en chef de Salamnews En savoir plus sur cet auteur