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Sida : progrès au Maghreb mais tabou au Moyen-Orient

Rédigé par | Mercredi 3 Décembre 2008 à 08:16

Chaque année, les chiffres battent des records. Selon le rapport Onusida, ce sont 2,7 millions de personnes de plus qui ont été contaminées par le VIH en plus, Deux millions en sont mortes dans le même temps, ce qui porte le chiffre total à plus de 33 millions de personnes atteints par la maladie. Cependant, le taux de prévalence du sida, même s’il reste modeste, s’accroit dans le monde arabe.



« Mener, responsabiliser, s’activer? » Tel est le slogan affiché par les Nations Unies cette année pour cette Journée mondiale de lutte contre le sida vingt ans après son instauration. Une journée pour rappeler que l'épidémie fait encore des ravages, notamment dans les pays sous développés.

Cependant, contrairement aux idées reçues, les malades atteints du Sida sont en net augmentation depuis quelques années dans les pays arabes. Quoiqu'en disent les statistiques. Les données des pays du Golfe Persique demeurent même indisponibles. Comme si le sida pouvait s’arrêter à leurs frontières. Est-ce par manque de moyens de dépistage? Surement,

Cependant, l'« honneur national » prévalent encore dans ces pays et les discriminations sont criantes envers les séropositifs. Pendant longtemps et encore aujourd’hui, pour nombre de musulmans, juifs ou chrétiens, cette maladie n'est ni plus ni moins qu'un châtiment venu de Dieu pour punir ceux qui n'ont pas respecté les règles éthiques religieuses. Trois causes majeurs expliquent ce fait: la toxicomanie, l'homosexualité et la fornication, toutes trois interdites par la Charia ou encore l’épiscopat et qui sont, dans le même temps, trois vecteurs importants de la pandémie.

Le déni dont les malades sont victimes dans leurs propres pays n'incitent pas ces derniers à se montrer ni même à se soigner, si ce n'est discrètement et mal. L'usage du préservatif reste encore mal vu et tabou. « On n’en parle pas forcément car le sida est directement lié à la sexualité, sujet tabou dans beaucoup de familles », affirme Sabrina Kassa, journaliste. Même si les pays arabo-musulmans restent relativement épargnés par la pandémie, le sida est quasi absent des préoccupations de ces sociétés.

Le Maghreb fait figure d’exception

« Les malades se cachent non pas par honte forcément mais surtout parce que leur pouvoir social reste inexistante. Ils n’ont pas envie d’être jugés, de perdre leur boulot ou de se faire tabasser dans la rue », confie Reda Fadki, président du Comité Maghreb Afrique des familles pour survivre au sida, qui regroupe des séropositifs et leurs familles. Mais « les consciences s’éveillent » selon lui, plus particulièrement au Maghreb. « Les choses changent, rien n’est immuable. Le fait que le Comité existe contredit le fait que le sida est un réel tabou pour les communautés afro-maghrébines. Nous sommes des casseurs de tabou », explique t-il.

« C’est moins un tabou aujourd’hui qu’hier, c’est sûr, aussi bien au sein des communautés arabes en France que dans les sociétés maghrébines. Dans ces dernières, l’accès au traitement, les conditions de vie des malades ou encore la qualité de la prise en charge est meilleure. Des centres de dépistages ont été crées ces dernières années en Tunisie, en Algérie et au Maroc. La prise de conscience est générale. »

Lutter par l’information et la prévention

Quelle solution pour une lutte efficace contre la maladie? Certains nous diront que l'abstinence et le respect de la religion reste le meilleur moyen de lutte contre la maladie. Mais il fait aussi savoir être pragmatique et réaliste. Le recteur même de la mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, a lui-même recommandé l’abstinence mais prône l’usage du préservatif en dernier recours. Certains imams, en France comme ailleurs, intègrent même cette question à l’occasion de conférence religieux, à l’image de Larbi Kechat, Recteur de la mosquée Adda’wa (Paris 19ème).

Pour M. Fadki, « la religion ne protège pas du sida. Le premier facteur de contamination des femmes maghrébines, dans 8 cas sur 10, est le mariage. D’où l’importance d’une vraie campagne d’information et de dépistage envers les hommes ». D’autres associations telles qu’Islamic Relief (Secours islamique) ont fait du sida un de ses combats. L’ONG humanitaire travaille aujourd'hui dans 26 pays, notamment en Egypte, au Soudan ou encore en Iraq. « La propagation du sida est intrinsèquement liée à la pauvreté qui favorise la prostitution, l'usage de drogues, l'exploitation sexuelle ou encore la faible utilisation des préservatifs, qui restent coûteuses dans certaines régions », peut-on lire sur leur site.

Les taux de prévalence du sida dans les zones de guerre sont encore plus forts du fait des viols notamment. « Le lien entre situation socio-économique et santé est bien établi », selon le rapport Onusida 2008, ajoutant que « les personnes dont les revenus sont élevés jouissent en général d’un meilleur état de santé que les personnes ayant un statut socio-économique bas ». Pour mieux contrer la pandémie, quoi de mieux que de lutter contre la pauvreté tout en mettant en place des campagnes de sensibilisation et de prévention et de dépistage.

« Nous avons un devoir de solidarité envers les malades. Trahir cette solidarité va même au mépris des religions comme l’islam qui transmettent la tolérance et le vivre-ensemble. Tout le travail repose désormais sur une reconnaissance des droits aux séropositifs et à leurs familles », conclut M. Fadki.


Rédactrice en chef de Saphirnews En savoir plus sur cet auteur