Psycho

Safia : « La culpabilité de décevoir ma mère m’a poussée à quitter une femme, je suis anéantie »

Rédigé par Lalla Chams En Nour | Samedi 6 Février 2021 à 11:45



Je vous écris cette nuit parce que j’ai vraiment le cœur lourd. Je suis une jeune femme musulmane de 25 ans. Toute ma vie, je n’ai été attirée que par des hommes, et j’ai eu des relations sexuelles avec beaucoup d’entre eux. Ma vie n’était que boîtes de nuit, alcool, drogue et hommes.

Il y a deux ans, j’ai rencontré une femme homosexuelle, mais aussi musulmane et, par curiosité, je me suis mise en couple avec elle. Plus le temps passait et plus je suis tombée amoureuse d’elle. Ma mère me disait toujours que j’étais plus épanouie et que j’étais devenue une tout autre personne.

Quelques mois après notre rencontre, je l’ai avoué à ma mère, qui est une femme très ouverte, pensant qu’elle accepterait. Malheureusement, elle n’a pas accepté et ne m’a plus parlé pendant trois mois. Sa mère, qui est assez âgée et beaucoup dans la religion, a aussi eu du mal à accepter au début, puis m’a pris comme sa fille quand ma mère ne voulait plus de moi. Elle nous disait toujours que Dieu est miséricordieux, que nous ne faisions de mal à personne... et que l’important était de garder foi en Dieu.

Finalement, la vie a repris son cours, ma mère me parlait normalement et je continuais ma vie mais elle me disait toujours qu’elle n’acceptait pas pour autant la situation. Durant ces deux ans, la femme avec qui j’étais a tout fait pour moi et a toujours fait passer mon besoin avant les siens. Il y a quelques semaines, la culpabilité de décevoir ma mère m’a poussée à quitter cette femme avec qui j’étais depuis maintenant deux ans. La femme avec qui j’étais était la seule à me rendre meilleure, à me calmer dans mes folies et à faire de moi quelqu’un de bien.

Depuis que je ne suis plus avec elle, il n’y a qu’une chose qui tourne en rond dans ma tête : « J’ai envie de mourir. » Je prie Dieu pour qu’il me ramène à lui, tant je souffre. Je suis perdue, je commence à en vouloir de plus en plus à ma mère, et pour ça, que Dieu me pardonne. Mais je souffre tellement, j’ai l’impression qu’elle ne voit pas mon désespoir et dans quelle tourmente je suis.

Je ne cesse de me demander si je devrais continuer cette relation qui me rend meilleure, qui ne cesse de me pousser vers le haut et qui m’empêche de faire n’importe quoi lorsqu’un pêché me vient en tête. Ou être malheureuse toute ma vie et redevenir la personne que j’étais avant. Je vous supplie de m’aider, je suis anéantie... Je n’arrive pas à ne pas en vouloir à ma mère quand je vois que la sienne accepte simplement le bonheur de sa fille. Je suis perdue, aidez-moi s’il vous plaît.

Lalla Chems En Nour, psychanalyste

Chère Safia,

Votre lettre aborde plusieurs questions. La première, votre « vie d’avant ». C’est déjà le signe d’un désordre dans votre vie qu’il serait quand même intéressant d’interroger. Selon vous, cette femme serait la seule à pouvoir vous rendre meilleure. N’est-ce pas trop simple ? Comme si vous n’étiez pas capable vous-même de vous remettre en cause et de prendre de justes décisions. Déjà, là, il y a un problème.

Ensuite la réaction de votre maman, et les conséquences sur vous de cette réaction. Culpabilité, malaise, la crainte de « décevoir » votre mère, dites-vous. Connaissez-vous le très beau livre de Khalil Gibran, le poète libanais du XXe siècle, qui s’appelle Le Prophète ? C’est une sorte de précis d’éthique universelle, bref mais intense, qui aborde les questions essentielles posées à l’être humain dans ses relations avec les autres.

Sur la question des enfants, il écrit : « Vos enfants ne vous appartiennent pas. Elevez-les pour eux-mêmes et non pour vous », cela dit en substance. Nos parents nous donnent la vie, certes, nous leur devons respect et amour, mais c’est beaucoup plus facile de les aimer et les respecter si eux-mêmes nous ont aimés et respectés. Cela doit aller dans les deux sens. Votre culpabilité n’est pas justifiée. Si votre relation vous a rendue heureuse, plus équilibrée, posée, comment ne s’en réjouirait-elle pas ?

Bien sûr, reste la question de l’homosexualité. L'islam la condamne, d’où sans doute, la réaction de votre mère. C’est délicat. Nous recevons dans ce courrier des témoignages d’homosexuels pratiquants en souffrance avec cette question. D’un point de vue psy, cela regarde chacun, en son âme et conscience. L’important pour vous est d’apprendre à vous connaître, à décider de votre vie, pour vous. On ne vit pas pour sa mère, désolée. Notre responsabilité d’humain est de nous accomplir, de mener notre chemin, en fonction de ce que l’on a reçu. Ne vous rendez pas malheureuse, vous n’êtes pas une victime, réfléchissez et devenez l’actrice de votre vie.

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Des psychologues et psychanalystes répondent à vos questions. Musulman(e)s du Maghreb ou de France, professionnel(le)s actif(ve)s exerçant en cabinet, ils réfléchissent à votre problématique et tentent de vous éclairer à travers leur expérience professionnelle et leur pratique spirituelle. Ils peuvent vous aider à y voir plus clair en vous-même ou à mieux décrypter le comportement des personnes de votre entourage.
Ils ne sont pas médecins, même si on les désigne parfois comme des « médecins de l’âme », mais leur rôle est de vous aider à trouver en vous-même la meilleure réponse à vos interrogations sur vos relations aux autres, votre conjoint ou conjointe, vos parents, vos frères et sœurs, vos amis, vos collègues de travail, vos voisins...
Alors, n’hésitez pas, interrogez-les, ils tenteront de vous répondre en s’éclairant des plus belles pensées de l’islam.
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