Culture & Médias

Respect Magazine, la qualité par la diversité

Entretien avec Marc Cheb Sun

Rédigé par Amara BAMBA | Lundi 19 Février 2007 à 15:04

Respect Mag fait désormais partie du paysage médiatique français. Créé en 2003, cette revue se veut un média de la diversité ouvert à un large public. La qualité de ses articles lui vaut aujourd'hui la reconnaissance de la profession. Au lendemain du premier concours des médias de la diversité organisé par l'Institut Panos Paris, nous avons interrogé Marc Cheb Sun, directeur de la rédaction de Respect Magazine.



Marc Cheb Sun, fondateur de Respect Magazine
SaphirNews: Le premier concours des médias de la diversité a primé un journaliste de Respect Mag. Que représente ce prix pour vous?

Marc Cheb Sun: L’année dernière notre rédacteur François Carrel a reçu le Journalist Award de l’Union européenne pour le meilleur article sur la discrimination ; cette année Abdelkrim Branine, chef de rubrique à Respect Magazine reçoit le prix « presse écrite » pour les médias de la diversité… C’est une vraie reconnaissance, mais rien n’est acquis : nous devons rester vigilants à garder notre esprit critique, à nous remettre en cause, à vouloir faire toujours mieux, à ne pas devenir « une famille » fermée aux autres.

On ne lance par une revue par hasard. Comment vous est venue l'idée de Respect Mag ?

Marc Cheb Sun: En 2001, lorsque nous avons lancé le projet du magazine, l’idée d’un Mag présent en kiosque, en distribution nationale, avec pour base line « décoloniser les imaginaires » « apprendre à vivre ensemble » semblait complètement surréaliste à beaucoup de monde. Notre numéro 0 est sorti en 2003, deux ans plus tard, et notre numéro 1 encore un an plus tard en 2004. On nous disait « vous aurez 50 lecteurs », nous en revendiquons 30 000 aujourd’hui. Nous étions persuadés que l’expression des minorités était un enjeu non pas communautaire, mais un enjeu de société qui concernait beaucoup de monde et que les quartiers reviendraient très vite et régulièrement au centre des préoccupations. Il nous semblait évident que leur impact économique (la création de TPE/PME dans les « zones sensibles » est impressionnante) et culturels (avec l’expression d’une créativité dont l’impact porte sur toute la jeunesse française -urbaine, rurale, blanche, issue de l’immigration, de l’Outre-mer…- représentaient une vraie dynamique pour la société française très embourbée dans des systèmes de « cooptation », de non-reconnaissance de sa diversité.
Autre difficulté : la presse écrite commençait à se porter très mal, enfin la presse avec une cible « jeunes adultes » ne s’envisageait plus que comme une presse de consommation. Même les médias hip hop commençaient à subir de sérieux travers. Les premiers à nous suivre ont été l’ex FASILD, la PJJ, la DPM, et la SNCF. Puis des annonceurs (TF1, Vinci, la Fnac, PPR, Gaz de France, la Macif, L’Oréal et bien d’autres) ont pris des pages, du fait du succès du magazine.


Comment expliquez-vous votre succès ?

Marc Cheb Sun: Par la persévérance, le dialogue avec nos lecteurs, notre présence sur le terrain (très diverse : entreprises, grandes écoles, lycées pro, collèges, institutions, scène hip hop et, plus largement, artistique… Par le fait de cibler nos thématiques sans nous y enfermer : nous ne parlons pas que « banlieues », « diversité » et « discriminations ». Nous gardons ces questions au centre de notre démarche mais nous parlons aussi colocation, speed dating, migration des jeunes Français à l’étranger (…) des sujets qui concernent ou intéressent toute la jeunesse : qu’elle soit issue des minorités ou des quartiers, ou pas. Nous travaillons aussi beaucoup l’aspect visuel du Mag, ce qui est une autre manière de parler aux lecteurs.

Le dernier numéro titre sur les présidentielles. Comment Respect Magazine gère-t-il cet événement ?

Marc Cheb Sun: En essayant de comprendre les besoins, les questionnements, les affirmations, les décalages, le désir de participer au débat et la difficulté à se reconnaître dans les propositions des candidats. La difficulté aussi, lorsque l’on est jeune et/ou issu des minorités à se faire entendre, reconnaître par une classe politique vieillissante, blanche, encore très largement masculine et marquée socialement.

Que nous réservez-vous pour les prochains numéros ?

Marc Cheb Sun: Un dossier sur la relation police-jeunes, où nous désirons sortir des raccourcis et des stéréotypes, les chroniques de Lilian Thuram, une saga des Indiens d’Amérique, une rencontre entre rock et rap, une enquête sur les nouvelles formes de financement pour créer son entreprise, une thématique sur les points communs entre les jeunes ruraux et les jeunes des quartiers. Le développement de notre site Internet, des rencontres mensuelles dans les fnac, la co-création du mouvement « Dynamique Diversité » avec Laurence Méhaignerie et Dounia Bouzar, un laboratoire d’idées pour contribuer aux déblocages de la société française sur des thématiques qui nous semblent urgentes à traiter : diversité religieuse, politique culturelle, ouverture du recrutement aux potentiels et parcours atypiques, soutien à l’entrepreuneriat des quartiers.


www.respectmag.fr