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Que la tombe soit « dégradée » ou « profanée », l'acte reste condamnable pour Saâd Chettouh

Rédigé par | Mercredi 24 Décembre 2008 à 10:47

Les actes islamophobes se sont multipliés ces deux dernières semaines. Après la profanation du carré musulman près d’Arras et l’incendie de la mosquée de Saint-Priest près de Lyon, une nouvelle profanation fait parler d’elle en Loire-Atlantique : celle d’une tombe musulmane d’un enfant de deux ans dans la soirée du samedi 20 décembre à Porchinet, non loin de Nantes. Mais face à ce « crime odieux », Saâd Chettouh, président du Conseil régional du culte musulman (CRCM) Pays de la Loire, préfère rester prudent jusqu'aux conclusions de l'enquête. « On ne dit pas encore que cet acte est islamophobe pour éviter la surenchère », souligne t-il.



Saphirnews : Comment réagissez-vous face à cette nouvelle profanation ? Y aurait-il une piste quant aux auteurs de cet acte qui semble clairement islamophobe ?

Saâd Chettouh: D'abord, on préfère rester très prudent quant à nos réactions. Il s'agit de la tombe d'un enfant de deux ans et demie décédé il y a quatre ans. Les fleurs déposées autour étaient piétinées et les statuettes renversées. Cette tombe est la seule du cimetière tournée vers la Mecque et la seule qui comporte un nom à consonance arabo-musulmane. Une plainte a été déposée par la famille mais c'est le mot "dégradation" et non "profanation" qui a été retenu par les enquêteurs. Mais que ce soit l'un ou l'autre, on condamne tout de même cet acte odieux qui semble être islamophobe à première vue. Mais on veut être extrêmement prudent quant à ces allégations car il n'y a pas encore de piste quant aux auteurs de ladite dégradation et que l'enquête doit être bouclée avant de définir le caractère de cet acte.

S’agit-il d’un acte isolé dans la région ? D’autres actes islamophobes sont-ils à déplorer ces derniers temps ?

Saâd Chettouh: On ne dit pas encore que cet acte est islamophobe. Mais si jamais ça l'est, c'est un acte isolé car la région est tranquille. Porchinet est une ville tranquille et touristique. Il y a eu quelques problèmes avec des débuts d'incendie et des dégradations de mosquées mais ces actes remontent à plusieurs années déjà. Il n'y a pas de souci en particulier.

Quelles ont été les réactions des élus locaux ? Ont-ils éventuellement parlé de mesures concrètes ?

Saâd Chettouh: Le père de l'enfant, qui a pour habitude de venir tous les jours à la tombe, est abattu car c'est lui qui a découvert la dégradation. La mairie a reçu la famille et les autorités sont solidaires. On est aussi derrière elle. Mais les autorités n'ont pas voulu s'exprimer car ils attendent comme nous les conclusions de l'enquête. On ne veut pas dire de bêtises et on n'a pas envie de faire de la surenchère sur la question de l'islamophobie.

Sans évoquer la "dégradation" qui a eu lieu à Porchinet, comment expliquez-vous la multiplication des actes islamophobes ces deux dernières semaines en France?

Saâd Chettouh: Ce genre de méfaits est dû en grande partie par la méconnaissance, voire l'ignorance de l'islam, doublée d'une peur injustifiée envers cette religion. Notre devoir est donc d'expliquer à tous notre foi et nos pratiques pour écarter un certain nombre de risques. Peut-être existe t-il des raisons qui nous dépassent. Je pense notamment aux événements géopolitiques qui se passent hors de nos frontières. Mais c'est encore loin d'être la raison qui pousse à l'islamophobie.

Quelles marges de manœuvres disposez-vous contre ce fléau?

Saâd Chettouh: Toute atteinte au sacré, que ce soit des lieux de culte ou des cimetières, est un acte grave qu'il faut condamner tous ensemble. Face à ces actes, on ne peut que condamner et faire des propositions auprès des autorités afin d'être écouté et éviter que ces agissements ne se reproduisent par la suite. La communication est une de nos priorités. Notre marge de manœuvre va dans le dialogue et la prévention et ce, dès le plus jeune âge. Une campagne contre l'islamophobie est aussi une très bonne initiative que l'on soutient.

Quelles actions comptez-vous mener pour contrer l’islamophobie ?

Saâd Chettouh: On prévoit des rencontres avec les autres communautés religieuses de la région. Le dialogue interreligieux permet de trouver un projet en commun qui puisse nous rassembler. Mais le dialogue s'adresse aussi à des non-croyants pour ne laisser personne hors du débat. On est tous humains après tout. Si l'enquête démontre que la dégradation de samedi est clairement islamophobe, des actions seront prévues notamment près du cimetière pour le dénoncer. Mais il faut éviter l'empressement et laissons faire les choses correctement d'abord.


Rédactrice en chef de Saphirnews En savoir plus sur cet auteur