Points de vue

Quand la société se déchaîne contre une décision de justice d’ordre privée

Rédigé par Elmahdi ALLOUCHI | Mardi 17 Juin 2008 à 13:14



Le mariage de Monsieur X avec Madame Y a été célébré un beau samedi 8 juillet 2006. La nuit des noces promettait d’être belle. Or les choses ne se sont pas déroulées comme prévu, car le mari, un ingénieur de 30 ans découvre désagréablement que sa belle, une jeune étudiante de 20 ans avait perdu sa virginité, une condition qu’il semble avoir posé comme préalable à leur union matrimoniale.

 

Devant cette stupéfiante découverte Monsieur  X. a renvoyé sur le champ la jeune femme chez ses parents, et une procédure en annulation du mariage a été immédiatement engagée par son conseil Maître Xavier Labbée auprès du tribunal de grande instance de Lille.

 

Les audiences devant les juges aux affaires familiales se déroulent généralement à l’abri des regards du public pour s’assurer que le linge sale de la famille soit préservé de l’œil néfaste de certains individus malveillants. le ministère public chargé de représenter les intérêts de la société n’a rien à trouver à requérir de particulier, eu égard à une affaire d’ordre privé où le dossier des parties est d’une simplicité déconcertante dans la mesure où la partie défenderesse a esquissé en toute honnêteté à tous les griefs de la partie demanderesse. il s’en est donc remis tout simplement à la sagesse de la magistrate chargée de dire le droit.

 

Dans le jugement rendu par le tribunal de grande instance de Lille le 1èr avril dernier, et dont les extraits sont publié dans la  revue juridique Le Recueil Dalloz , on peut lire : "... il(X) a découvert qu'il n'en était rien la nuit même des noces.  Y.  lui aurait avoué une liaison antérieure ... .

Estimant dans ces conditions que la vie matrimoniale a commencé par un mensonge, lequel est contraire à la confiance réciproque entre époux pourtant essentielle dans le cadre de l'union conjugale, il demande l'annulation du mariage."

 

Ce jugement est tout à fait conforme à l’article 180 du code civil qui stipule au dernier alinéa  que « (…). S'il y a eu erreur dans la personne, ou sur des qualités essentielles de la personne, l'autre époux peut demander la nullité du mariage ».car la virginité de l’épouse étant une qualité essentielle aux yeux de l’époux et Madame Y. le savait bien, comme elle savait aussi bien que si elle avait dit la vérité sur sa virginité à Monsieur X., celui ci ne l'aurait probablement pas épousée. 

 

Cette affaire d’ordre privé devait s’arrêter là, si le battage politico-médiatique ne vient s’en mêler, car quand la justice fait état d’un mensonge indiscutable de l’épouse, la horde de batteurs pseudo-féministes opportunistes voient rouge sous les jupons et créent au scandale et à la régression vers le moyen âge, un temps faut-il le rappeler où l’église prescrivait la chasteté et l’hymen intact. 

 

Ce tapage se trouve d’autant plus renforcé que les médias ne voient ces acteurs malgré eux d’une scène dont ils auraient pu se passer, que d’un angle exclusivement confessionnel et par conséquent la république laïque et ses institutions judiciaires n’ont  pas à sanctionner un mensonge aussi grotesque soit il, ou à prendre en compte des éléments susceptibles de mener à la manifestation de la vérité, du moment où l’objectif revêtit un caractère  religieux. Car quand on s’appelle Fouad et Farida, les réels motifs de cette affaire d’annulation du mariage résident forcément dans un fond religieux, donc attentant forcément à la sacro-sainte laïcité. On n’a pas le droit au bénéfice des circonstances atténuantes comme tout le monde : Attachement par exemple à la virginité pour des raisons culturelles, traditionnelles, ou tout simplement un choix permettant d’aspirer à un amour durable.

 

Le mensonge et la virginité n’ont pas de religion, ils sont inhérents à la personnalité pour l’un, et à un état physique de l’hymen pour l’autre. Point c’est tout.

Les responsables de ce battage tissent leurs macabres pièges en invoquant systématiquement des considérations religieuses à tous les cas insolites d’ordre privé dans le but de livrer la spiritualité du corps social  (ou de ce qui en reste) à la vindicte populaire, pour ne garder que des masses de bœufs, manipulées et manipulables à volonté. Notre société n’en finit visiblement pas de régler ses comptes à tout ce qui touche de loin ou de près au spirituel, un tel combat est sûrement perdu d’avance. d’aucuns parlent de modifier l’article 180 du code civil, en supprimant la virginité « des qualités essentielles de la personne », ceux qui pourraient certes calmer les masses. Mais que dire dans ce cas du Mensonge mesdames et messieurs le législateur, faut-il aussi le récompenser pour pouvoir établir la vérité? .

 

Enfin, je ne peux que rendre hommage à la jeune épouse qui a dit courageusement la vérité et rien que la vérité sur ce qui s’est réellement passé. Mentir est certes un acte répréhensible mais reconnaître que l’on a menti avec toute les conséquences que cela implique ne peut être que salué.