Sur le vif

Publication de l'identité des détenus de Guantanamo

Rédigé par Laila Elmaaddi | Jeudi 20 Avril 2006 à 09:04



Le Pentagone a publié mercredi pour la première fois une liste des noms et nationalités de 558 personnes qui sont ou ont été détenues sur la base américaine de Guantanamo (Cuba) dans le cadre de la "guerre contre le terrorisme". Cette liste présente les noms, numéros d'identification et nationalités de 558 détenus dont le statut de "combattant ennemi" a fait l'objet d'une audience devant un tribunal militaire d'exception, selon l'entête de la liste.

De nombreux détenus figurant sur cette liste ont été libérés ou transférés dans leur pays d'origine après comparution devant un tribunal d'exception, mais environ 490 d'entre eux restent emprisonnés sur la base navale américaine de la pointe sud-est de Cuba.

Le Pentagone affirme que cette liste est complète et qu'il n'existe aucune autre personne actuellement détenue à Guantanamo qui ne figurerait pas sur cette liste. Cependant, la liste ne comprend pas les noms d'environ 140 personnes qui ont été d'après la presse amenées à la base de Guantanamo et ensuite libérées, avant d'avoir été traduites par le Pentagone devant les tribunaux d'exception.

Surtout, cette liste ne précise pas la situation actuelle des personnes mentionnées. Ainsi, les trois Français qui y apparaissent, Ridouane Khalid (n°173), Khaled Ben Mustapha (n°236) et Mustaq Ali Patel (n°649), ont été rapatriés de Guantanamo en mars 2005. Les deux premiers doivent comparaître fin mai pour "participation à une association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste", et le troisième a été remis en liberté sans qu'aucune charge soit reconnue contre lui.

Sur la liste apparaissent également deux Belges qui ont été libérés en avril 2005. Mais les quatre autres Français qui ont passé plusieurs années à Guantanamo, Nizar Sassi, Mourad Benchellali, Brahim Yadel et Imad Achab Kanouni, ne figurent pas sur la liste, pas plus que certains des anciens détenus britanniques.

Les détenus figurant sur la liste publiée mercredi proviennent de 40 pays, répartis entre le Proche-Orient, l'Afrique, l'Asie centrale et l'Europe. Le plus grand nombre vient d'Arabie saoudite, pays dont 130 détenus à Guantanamo sont originaires. En outre, 125 détenus sont Afghans, plus de 100 sont Yéménites, 25 sont Algériens, 22 Chinois et 13 Pakistanais, et d'autres, en plus petit nombre, viennent du Tchad, des Maldives, de Russie ou d'Ouzbékistan.

Le Pentagone a bataillé pendant quatre ans pour garder secrets les noms et nationalités des détenus, refusant de confirmer les noms des détenus identifiés par leurs proches ou des organisations et même de ceux qui avaient été libérés, officiellement pour éviter des représailles contre eux-mêmes ou contre leurs proches. Mais à la suite d'une requête déposée par l'agence de presse américaine Associated Press, il avait été sommé cette année par un juge fédéral de publier les transcriptions des interrogatoires des prisonniers sans en effacer les noms et les nationalités.

Début mars et début avril, le Pentagone a rendu publics des centaines de noms, accompagnés de leurs nationalités, non pas sous forme de liste, mais dans les quelque 7.600 pages publiées des transcriptions des auditions sur le statut de "combattant ennemi". Le camp de Guantanamo, ouvert en janvier 2002, accueille principalement des détenus capturés en Afghanistan quelques mois plus tôt. Si certains ont été libérés, seuls 10 des quelque 490 encore détenus ont été formellement inculpés, et aucun n'a encore été jugé.

Les noms de certains détenus étaient déjà connus depuis qu'une décision de la Cour suprême américaine en juin 2004 avait permis à certains d'entre eux de lancer des procédures auprès de la justice civile pour contester leur emprisonnement. A cela s'était ajouté le travail de recherche d'organisations des droits de l'homme et de journalistes.

Les conditions d'incarcération et le maintien en détention indéfinie de suspects non inculpés ne cessent de susciter la controverse dans le monde. Mais l'administration Bush a jusqu'à présent ignoré tous les appels, jusqu'à celui de l'Onu, à juger les prisonniers au plus vite ou à les libérer.


La liste est disponible sans commentaire à l'adresse suivante: www.defenselink.mil/pubs/foi/detainees/detainee_list.pdf