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Points de vue

Présidentielle 2017 : Les quartiers « populaires » sont-ils encore « prioritaires » ?

Rédigé par Djamel Blanchard, Mohamed Mechmache, Fatima Mostefaoui, Nicky Tremblay | Jeudi 23 Mars 2017

A l'heure des campagnes électorales pour la présidentielle et les législatives, la collectif national Pas sans Nous, qui regroupe des acteurs associatifs de quartiers populaires, interpelle les candidats aux élections afin qu'il se positionne sur leurs propositions, au nombre de dix. Tribune.



Présidentielle 2017 : Les quartiers « populaires » sont-ils encore « prioritaires » ?
La campagne électorale fait rage, révélant les failles béantes de notre société et la fragilité de notre démocratie. Or, aucun programme présidentiel ne semble avoir pris la mesure des enjeux.

Nous, habitant-e-s, acteurs et actrices des quartiers populaires regroupé-e-s dans la Coordination nationale Pas sans Nous, crions haut et fort notre colère sur le traitement que nous subissons depuis plus de 40 ans et qui ne fait qu’aggraver les inégalités.

Nous dénonçons la majorité des responsables politiques qui, pendant 40 ans, choisissant le déni, ont préféré nous pointer du doigt comme étant les coupables, plutôt que de faire face à leurs propres défaillances, à leurs responsabilités politiques, à leurs échecs dans la mise en œuvre de véritables politiques publiques. Ce n’est pas en nous montant les un-e-s contre les autres que vous réglerez ces inégalités ; ce n'est pas en prônant le « chacun pour soi », la « loi du plus fort » et la méfiance généralisée que les futurs gouvernants rendront la France plus conforme à sa devise républicaine.

Malgré l'urgence des besoins d'une partie importante de la population, la question des quartiers populaires reste encore une fois complètement absente des débats électoraux.

Les seules visibilités auxquelles vous nous assignez sont les violences urbaines, la criminalisation des jeunes, la radicalisation, la stigmatisation, que vous accompagnez de discours racistes et islamophobes.

Aujourd’hui, nous disons stop ! Nous refusons d’être réduit-e-s à ce traitement spécifique.

Les quartiers populaires sont avant tout des espaces de vie où se développent chaque jour des dynamiques citoyennes, des initiatives innovantes et des actes de solidarité.

Au lieu d’être traité-e-s comme des citoyen-ne-s entièrement à part, nous exigeons d’être considéré-e-s comme des citoyen-ne-s à part entière. C’est un enjeu vital pour nous, pour notre état de droit et pour l’ensemble de la société.

Nous nous invitons dans la campagne présidentielle et les législatives pour agir et ne plus subir. Nous vous interpellons pour que tou-te-s les habitant-e-s soient considéré-e-s de la même manière par la garantie de droits équitables basés sur une même justice sociale dans tous les domaines de nos vies : réussite scolaire, accès à l’emploi, à des logements décents, à la santé, à la culture, à la sécurité, la justice…

Afin de rendre ces droits effectifs, la lutte contre les discriminations doit être au cœur de toutes ces politiques comme objectif prioritaire et transversal.

Mesdames, Messieurs les candidat-e-s, vous avez le devoir d’agir, comptez sur nous pour vous le rappeler. Quand allez-vous cesser d’avoir des mots pour séduire ? Il faut des actes pour nous convaincre!

La Coordination nationale Pas sans Nous a des propositions et mène des actions qui ont fait leur preuve. Notre détermination à les faire vivre est intacte ! La France de demain se fera avec ou sans vous mais PAS SANS NOUS.

Les dix proposition de la coordination Pas sans Nous

1/ Garantir le droit à la réussite scolaire même dans les quartiers populaires : l’Éducation nationale doit assurer la présence d’enseignants devant chaque élève tous les jours de l’année en revoyant le mode de recrutement des enseignants ! Elle doit mettre en place des moyens humains qualifiés afin de répondre aux besoins d’éducation et de formation.


S’attaquer à la réduction du chômage concentré dans les quartiers et orienter le développement économique au service des territoires populaires : imposer le réinvestissement d’une partie des bénéfices des entreprises, commerces, banques au profit des quartiers populaires ; reverser la taxe d’apprentissage au profit du contrat de ville de chaque territoire ; imposer 15 % de clauses sociales d’insertion lors du passage des marchés publics dans les quartiers prioritaires ; rendre effectif le financement par la TFPB (taxe foncière sur la propriété bâtie) des actions portées par les associations qui agissent pour l’insertion dans les quartiers populaires.

3/ Assurer et mettre en œuvre le droit au logement par le droit de réquisition des bâtiments et logements vides, l’arrêt des expulsions, la généralisation du scoring pour les attributions de logements ; appliquer au plan national l’encadrement et le plafonnement des loyers de la loi Duflot ; mettre en place un véritable plan de rénovation de l’habitat insalubre.

4/ Assurer le droit à la santé, un droit pour tous ! Ouvrir le droit à la CMU sans conditions d’âge, de résidence, de revenus, d’ancienneté sur le territoire national. Que toutes les pathologies soient réellement prises en compte, notamment celles qui nécessitent un appareillage : problèmes d’audition, de vision ou dentaires.

5/ Faire de la lutte contre toutes les discriminations un objectif politique prioritaire et transversal, surtout quand elles viennent de l’État, de la police ou des médias : supprimer les contrôles au faciès ; condamner les bavures policières ; créer des commissions citoyennes indépendantes de vigilance des institutions judiciaires et policières ; porter la prescription des procédures judiciaires contre les discriminations à 5 ans ; renforcer le rôle et les prérogatives du défenseur des droits.

6/ Faire évoluer le regard des médias nationaux, publics et privés : les quartiers populaires ne sont présentés que sous le prisme de la violence ; or ces territoires sont riches de dynamiques citoyennes pour la justice et l’égalité, qui doivent prendre le pas, en termes d’information, sur les faits divers. Créer une instance de régulation citoyenne au niveau des médias locaux et ouvrir le CSA à une représentation des habitant-e-s, appuyer la création et le développement d’expressions médiatiques issues des quartiers populaires.

7/ Promouvoir la démocratie culturelle qui croise la reconnaissance de toutes les cultures, le libre choix des individus et l’intégration de la culture à la vie quotidienne afin que les citoyen-ne-s deviennent acteurs et créateurs de culture ; renforcer les acteurs culturels des quartiers populaires en particulier par des financements publics de manière équitable par rapport aux institutions culturelles.

8/ Créer le Fonds pour la démocratie d’initiative citoyenne doté d’au moins 5 % du montant total de l’argent public actuellement consacré chaque année au fonctionnement de la démocratie représentative. Avec seulement 5 % de ce budget, les collectifs et associations citoyennes disposeraient d’au moins 35 millions d’euros pour rendre la démocratie à l’initiative citoyenne !

9/ Créer la Fondation pour la solidarité sociale indépendante pour l’attribution des subventions aux associations, les financeurs actuels ne devant avoir qu’un rôle consultatif, soutenir les dynamiques citoyennes et respecter leur autonomie (conseils citoyens et tables de quartier).

10/ Affirmer la solidarité universelle : supprimer le délit de solidarité et revoir, conformément à la Déclaration universelle des droits de l’Homme, les conditions d’accueil des migrants quels que soient leurs pays d’origine ou les motifs de leur arrivée en France : migrants économiques, climatiques ou politiques. Dans une France des droits de l’Homme, les quartiers populaires prendront toute leur part à l’accueil des migrants et des réfugiés.






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