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Points de vue

Pour une renaissance de l’organisation du culte musulman en France

Rédigé par Assani Fassassi, Chems-Eddine Hafiz, Mohsen Ngazou et Anouar Kbibech | Samedi 31 Juillet 2021 à 08:30

           


Pour une renaissance de l’organisation du culte musulman en France
Le 17 mars 2021, nos quatre fédérations historiques du Conseil français du culte musulman (CFCM) quittaient son bureau exécutif.* Ce départ n’était pas le fruit de l’orgueil ou d’une querelle passagère. Il était une réponse aux impasses dans lesquelles s’était conduite l’institution censée représenter et organiser le culte musulman dans notre pays.

Dernier révélateur en date, le rejet de la « Charte des principes pour l’islam de France », par une autre partie des fédérations constituant le CFCM, a mis en exergue de lourdes incapacités fonctionnelles. Plus grave, ce refus a révélé à quel point le Conseil préférait ménager les intérêts particuliers plutôt que d’unifier autour des principes fondamentaux de la charte que nous défendions et défendons toujours, au moins pour les deux raisons suivantes.

Conscients des expressions multiples de l’islam à travers le monde et l’histoire, nous voulions d’abord qu’il puisse être vécu en France avec un référentiel de valeurs propres à notre pays.

Conscients des dangers qui guettent dès lors que le spirituel se retire dans l’ombre des jeux de pouvoirs terrestres, nous voulions également tracer une ligne claire entre la représentation du culte musulman et son instrumentalisation à des fins politiques.

Lire aussi : Ce que proclame la Charte, le texte dans son intégralité

Le CFCM s'est montré incapable d’œuvrer pour ces principes essentiels. Nous avons donc créé un nouvel organe de représentation que nous avons appelé La Coordination.

Pour une nouvelle instance collégiale, fraternelle et ouverte

Dès le printemps 2021, La Coordination s’est mise au travail. Forte de l’expérience de ses membres et de leur connaissance concrète du terrain, elle a construit un projet de refondation de la représentation du culte musulman en France et l’a présenté lors de l’Assemblée générale extraordinaire du CFCM en juillet dernier.

Dans un document distribué ce jour-là, nous avons en effet proposé un ensemble de directions structurant la future instance représentative du culte musulman qui devra, selon nous, être :

- une instance inclusive à caractère consultatif et non exécutif ;

- une instance inclusive sans compétition électorale malsaine – qui a transformé les lieux de culte en théâtre de concurrences entre les fédérations ;

- une instance fraternelle débarrassée de tout enjeu de pouvoir ;

- une instance basée sur et ouvertes à tous les lieux de culte musulman ;

- une instance ouverte aux compétences au-delà des lieux de culte ;

- une instance basée sur une doctrine et un référentiel communs de valeurs.

Une telle instance, collégiale, fraternelle et ouverte, est le souhait de l’immense majorité des musulmans de France.

Elle est tout ce que n’est plus le CFCM actuel. Et elle est tout l’opposé d’un autre projet de « réforme » avancé par l’actuelle présidence du Conseil, contre lequel la dernière Assemblée générale de juillet a d’ailleurs voté et qu’elle a clairement rejeté.

Pour une renaissance de l’organisation du culte musulman en France

Eriger de nouvelles références

L’autre projet de réforme défendu par la présidence du CFCM, faussement présenté çà et là comme un moyen de donner de l’importance aux acteurs locaux de nos mosquées, recycle en réalité une même recette basée encore une fois sur la logique arithmétique des « élections » et du principe inique du dominant.

Nous refusons que l’organe de représentation nationale du culte musulman soit sclérosé par les appétits hégémoniques et les courses au pouvoir entre fédérations ou personnalités. Nous refusons que cette instance soit aux mains de son président, sans aucun équilibre et sans aucune retenue, un instrument utile à des objectifs politiques – qui n’ont rien à voir avec la vie religieuse de nos concitoyens musulmans et, pire, leur portent gravement préjudice.

C’est aller contre la « Charte des principes pour l’islam de France ». C’est surtout aller contre l’éthique islamique qui nous enseigne si profondément l’égalité et la fraternité des hommes, nous exhortant à bâtir en commun.

Face aux dérives du CFCM actuel et de sa présidence, nous, responsables des quatre fédérations qui forment La Coordination, sommes soudés autour d’une même quête : l’épanouissement spirituel de chaque musulmane et de chaque musulman en France.

Pour elle, pour ériger de nouvelles références et de nouvelles structures vertueuses, nous avons entamé un vaste chantier de réflexion et d’action. Dès la rentrée de septembre, des journées de travail seront ouvertes à toutes les bonnes volontés.

Que celles et ceux qui ont au cœur un islam de paix, de fraternité et de proximité, vibrant pleinement dans la société française, débarrassé des basses manœuvres politiques, nous rejoignent et dessinent avec nous l’avenir.

*****
Assani Fassassi, pour la Fédération française des associations islamiques d’Afrique, des Comores et des Antilles (FFAIACA), Chems-Eddine Hafiz, pour la Grande Mosquée de Paris, Mohsen Ngazou, pour Musulmans de France (MF), et Anouar Kbibech, pour le Rassemblement des musulmans de France (RMF).

*NDLR : Telles sont les quatre fédérations, membres de La Coordination, évoquées au début de la tribune. A noter que le RMF n'est pas formellement membre du bureau du CFCM, bien qu'elle soit parvenue en deuxième position aux élections de 2020. Pour en savoir plus.

Lire aussi :
Une réforme des statuts du CFCM balayée, une crise de la représentation de l'islam de France qui perdure
Mohammed Moussaoui : « Le CFCM des fédérations est arrivé à son terme »




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1.Posté par Carmignola le 31/07/2021 14:16 | Alerter
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L'utilisation du mot "renaissance" (le mot "Hennadah" vient à l'esprit) fait froid dans le dos quand on pense à ce qui se passe en Tunisie, et qu'on considère le parcours très "frériste" du président de l'ex UOIF Mohsen NGAZOU, successeur de Amar Lasfar, lui même bien marqué par la confrérie.

Faut-il que jeunesse se fasse ?


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