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Porter un prénom arabe ou musulman a des effets discriminants

Un rapport de l'Observatoire régional des études supérieures le révèle

Rédigé par Assmaâ Rakho Mom | Jeudi 28 Juin 2007 à 15:59

Si vous vous prénommez Nadia, Mohammed, Bachir ou Fatima, il se pourrait que cela ait un effet discriminant quant à la poursuite de vos études supérieures. C‘Est-ce que révèle un rapport de l‘Observatoire régional des études supérieures (ORES) dans un rapport datant de mai 2007 et s‘intéressant précisément au pôle universitaire Lille Nord-Pas-de-Calais.



Carte de la région Nord (ORES)
« Le principe républicain d’égalité est trop souvent bafoué, des discriminations existent et nul ne peut être indifférent à leurs conséquences » écrit Fadéla Benrabia, directrice régionale de l’ACSE, dans l’éditorial du rapport, tandis que Marie-Pierre Mairesse, présidente du comité de pilotage de l’ORES et présidente de l’université de Valenciennes et de Hainaut-Cambrésis s’interroge : « Comment agir efficacement sur les inégalités sans les avoir au préalable mesurées, décomposées, hiérarchisées ? », précisant que « l’étude “Porter un prénom arabe ou musulman est-il discriminant dans l’enseignement supérieur ?” entre dans cette problématique ».

« L’étude porte sur les bacheliers 2004, inscrits pour la première fois dans l’enseignement supérieur du Nord – Pas de Calais (ES NPdC) en 2004 /2005. […] L’inscription de ces nouveaux bacheliers dans l’ES NPdC est observée en 2004/2005,
puis en 2005/2006 » précisent d’emblée les rédacteurs du rapport, ajoutant que « les 149 102 inscrits en 2004/2005 dans la totalité de l’ES NPdC, portent 17 813 prénoms différents. Parmi eux, 3 259 ont été identifiés comme étant d’origine arabe ou musulmane. Ont été exclus ceux qui présentent une forte proximité avec des prénoms français ou internationaux (Myriam, Nadia, Medhi, etc.) ». «  Dans une autre catégorie, ont été rassemblés tous les autres prénoms, quelle que soit leur origine ».

D’abord, l’ORES constate que les bacheliers n’intègrent les filières de l’enseignement supérieur avec les mêmes séries de baccalauréat, selon qu’ils portent ou non un prénom arabe ou musulman. Ainsi, pour 42,6%, les étudiants porteurs d’un prénom d’origine arabe ou musulmane sont titulaires d’un bac général alors que 64,7% d’entre eux portent un autre prénom. A l‘inverse, les titulaires du baccalauréat ayant un prénom arabe ou musulman sont pour 40,4% d’entre eux titulaires de séries de bac technologiques, contre 30,3% pour les autres.

Par ailleurs, les étudiants ayant un prénom arabe ou musulman sont pour le plus souvent plus âgés que les autres : ainsi, pour 33,5% contre 13,5%, ils ont 20 ans et plus à leur entrée en première année de fac. Ils ont donc accumulé du retard avant finalement d’obtenir leur bac. 56,9% d’entre eux sont effectivement « en retard » contre 37% au moment du bac.

Autre caractéristique, ils sont 81,8% à avoir un père ouvrier ou employé, contre 41,2%.

Enfin, les étudiants aux prénoms arabes ou musulmans s’orientent en grande majorité vers les filières universitaires généralistes, comme le droit, l’économie ou les sciences, s’inscrivant peu dans les filières sélectives comme les classes préparatoires aux grandes écoles, les IUT(Instituts universitaires de technologie) ou les grandes écoles de commerce ou d’ingénieurs.

« Pour conclure, l’étude prouve que porter un prénom d’origine arabe ou musulmane a bien des effets discriminants sur l’orientation et la poursuite d’études dans l’enseignement supérieur. Toutefois, ces effets s’associent à ceux produits par d’autres caractéristiques attachées à cette population spécifique d’étudiants : la série de baccalauréat, la précocité au baccalauréat, l’origine sociale et le sexe. S’ils n’ont pas les mêmes chances d’accéder aux mêmes filières de l’enseignement supérieur que les autres, ni d’y réussir, c’est aussi qu’ils sont, moins bien lotis que les autres, tant socialement que scolairement » conclut le rapport de l’ORES.