Société

Norvège : les thèses d'extrême droite sur le grill

Rédigé par Pauline Compan | Mardi 26 Juillet 2011 à 11:07

La Norvège a plongé dans l’horreur. Vendredi 22 juillet, 93 personnes ont trouvé la mort dans un double acte de barbarie : l’explosion d’une bombe devant le siège du gouvernement norvégien et la fusillade sur l’île de l’Utoeya, lors d’un rassemblement de jeunes travaillistes. Anders Behring Breivik, le tueur présumé, a été largement présenté par les médias comme un « fondamentaliste chrétien ». L’homme de 32 ans, a surtout développé une haine profonde pour le multiculturalisme, les étrangers et plus particulièrement les musulmans. Une rhétorique qui est celle de l’extrême droite, qui utilise largement internet pour se développer



Anders Behring Breivik dans une photo glissée à la fin de sa vidéo diffusée sur internet
La tragédie norvégienne semble avoir été méticuleusement préparée. Anders Behring Breivik, qui a avoué être l’auteur du double drame, a du faire preuve d’une grande détermination : mener, de façon isoler un tel acte en demande énormément. Dans une telle situation, les motivations du suspect sont des éléments déterminants.

Des thèses proches de l’extrême-droite

Si l’homme a été lié au Parti du Progrès, parti d’extrême droite norvégien de 1997 à 2006, sa dirigeante actuelle, Siv Jensen, s’est empressée de démentir tout lien entre son parti et les actes commis par d’Anders Behring Breivik. Car l’onde de choc pourrait vraiment nuire à l’image de ce parti, figure de ce qu’il convient désormais d’appeler la « nouvelle extrême-droite européenne » et fort de ses 22 % aux dernières législatives de 2009. Exit les crânes rasés et les déclarations xénophobes, à la droite de la droite, il s’agit désormais de défendre les « valeurs traditionnelles européennes » face au péril du multiculturalisme, de l’immigration massive et de « l’islamisation » de l’Europe.

Une rhétorique qui colle, malgré tout, parfaitement aux déclarations du tueur. Il utilisait d’ailleurs Internet pour diffuser ses idées et tenait une sorte de « journal » de la préparation des attaques. Ce manifeste de plus de 1 500 pages intitulé « 2083 : a European Declaration of Independance », a été posté en ligne. Une vidéo de 12 minutes a été également rendue publique sur la Toile. Divisée en quatre chapitres, il s’agit d’un résumé, en images, du manifeste. Anders Behring Breivik y fustige le « marxisme culturel » en vigueur et la « colonisation islamique », à grand renfort de documents anticommunistes et de références aux croisades.

Dès l’annonce du drame, les différents partis d’extrême droite européens ont manifesté leur rejet de l’acte d’Anders Behring Breivik et ont exprimé leur « solidarité » avec le peuple norvégien. De Geert Wilders, le médiatique leader du PVV, célèbre pour son virulent combat contre l’Islam, à Marine Le Pen, les condamnations ont été immédiates de la part des cadres des partis populistes.

Un contexte malsain

En France, le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (MRAP) ouvre le débat. Sur son site, l’association estime que « cette tuerie ne saurait se réduire au seul acte d'un déséquilibré ». L'association constate ainsi l’importante percée des idées d’extrême droite à travers l’Europe et voudrait « déterminer toutes les causes et responsabilités de ce crime épouvantable ».

En conclusion, l’organisme appelle à « plus de vigueur dans la lutte contre les groupuscules d'extrême droite racistes ainsi qu’à plus de responsabilité pour combattre des politiques dont on sait qu’elles entretiennent la xénophobie et le rejet de l'Autre ». Une sortie qui a provoqué une réaction de Marine Le Pen : « Une énième fois, le MRAP récupère un événement terriblement douloureux pour tenter de créer la confusion dans les esprits et faire progresser son combat militant », accuse-t-elle.

Les partis officiels, très à droite dans l’échiquier politique, ne sont pas les seuls à militer contre le multiculturalisme ou à afficher des idées clairement islamophobes. Sur Internet, certains sites sont très actifs dans la diffusion de ces idées. Ils bénéficient de l’anonymat que leur procure le Web et d’un climat favorable : s’afficher ouvertement xénophobe est désormais de plus en plus admis au sein de la société.

Plus subtil, le site Fdesouche répertorie des articles publiés sur des sites d’information générales et communautaires. Pour la tragédie norvégienne, il a repris un article du Figaro, en date du 25 juillet et titre avec une phrase extraite de la fin de l’article : « Immigration en Norvège : "On ne reconnaît plus notre pays !" ». Sur ce site, la reprise des articles n'est pas le plus intéressant, même s’ils sont significatifs. L’intérêt se situe dans les commentaires qui abondent en dessous de l’article. « Corvéedebois » écrit un ironique « Bouh, bouh, oouuuuuhhhh, il a tué des jeunes sociaux-démocrates, que je suis triste ! ». Le post a déjà provoqué plus de 60 autres commentaires.