Psycho

Nassiba : « Nos rapports conjugaux sont vides de sens et sans intérêt »

Rédigé par Lalla Chams en Nour | Mardi 14 Février 2017 à 08:30



Je ne comprends pas du tout mon mari, j’ai vraiment l’impression que l’on vit dans deux mondes différents et pourtant on s’est choisis mutuellement au départ. En tout cas, pour ma part, ça a été un mariage d’amour.

J’ai rencontré mon mari à l’âge de 20 ans, c’était une amourette d’été mais qui a malgré tout continué. On était très complices, proches et sur la même longueur d’onde sur plusieurs domaines, sauf la religion. Lui était plus avancé que moi, il avait cette sagesse qui me rassurait et me rappelait souvent à l’ordre.

On se parlait pendant des heures et des heures au téléphone ; et plus je lui parlais et plus je tombais amoureuse de lui. (…) C’était pour moi un amour très fort et sincère mais la distance me pesait, 500 km nous séparaient. Lui se sentait prêt à se marier et fonder son foyer et moi pas. Un fossé s’est creusé entre nous. (…) J’ai donc fini par mettre un terme à notre relation, parce que trop compliqué et je ne voulais pas le freiner dans sa progression religieuse. (…)

Trois ans plus tard, il se marie à mon grand désespoir, j’étais effondrée, inconsolable, il m’a tout simplement rayée de sa vie du jour au lendemain. Avec le temps, je me suis fait une raison, c’est notre destinée…

Les années passent, je grandis, je mûris et m’intéresse de plus en plus à notre belle religion, je veux à mon tour compléter mon dîn avec l’être aimé.

Plusieurs années après, coup de théâtre, il est en grande difficulté, il est en instance de divorce mais divorcé religieusement et, à ma grande surprise, il reprend contact avec moi !

Pour lui, le mariage, c’était pour la vie, et l’échec de celui-ci l’a profondément affecté. On renoue des liens d’amitié, je n’attends rien de lui bien que mes sentiments soient toujours présents. (…) Il se livre, se confie et me raconte son histoire avec son ex-femme, je compatis, j’essaye de l’aider du mieux que je peux mais j’ai peur parce que je suis toujours amoureuse.

Il obtient finalement son divorce, les choses s’accélèrent, il demande ma main, et on se marie.
Et c’est là que commencent réellement mes problèmes...

Le premier mois, voire les premières semaines étaient catastrophiques côté intimité, le mariage a bien été consommé mais après plus rien. Pour moi, c’était ma première expérience sexuelle donc on a pris le temps au début et je pensais que compte tenu de notre âge, de notre appétit sexuel, eh bien pas du tout. Mon mari travaillait alors comme un petit vieux, il aimait se coucher tôt. (…) Je cherchais constamment son attention, je le provoquais dans le lit conjugal, le titillais, l’empêchais de dormir pour qu’il m’accorde un peu d’attention. Cela a duré un moment, on était jeunes mariés et on ne faisait rien, j’étais déçue mais compte tenu de son précédent échec, je ne voulais pas le froisser au risque de le faire fuir et le pire c’est que tous les soirs il me tournait le dos.

Les mois passent et les rapports intimes se font rares, c’est ma première expérience alors je ne sais pas si c’est normal ou pas. Alors je prends mon courage à deux mains et lui en parle, je lui demande simplement pourquoi on avait peu de rapports.

Malgré tous mes efforts et ma bonne volonté, rien de change.

Les choses se sont calmées à la naissance de notre premier enfant, je me suis un peu désintéressée de la vie conjugale à son grand bonheur. Il a profité de ma grossesse pour légitimer le fait d’avoir peur et de ne pas m’approcher, je n’avais même pas droit à des caresses. J’ai essayé d’aller vers lui mais il m’a tellement repoussée et dit des choses blessantes que j’ai arrêté de le faire.

Le temps passe et toujours rien, aucun changement, on se dispute encore à ce sujet.

Naissance de mon deuxième enfant. Comme la précédente grossesse, c’est dur mais les naissances, ces cadeaux divins nous rapprochent et font de nous des parents comblés.

Le temps passe, re-crise pour ma part, ma patience commence à avoir des limites, toujours avec le même schéma, je parle, je pleure, il ne fait rien : il se contente de m’écouter sans trouver de réponses à mes interrogations.

Je suis une femme à terre, violentée par les mots parce que les coups sont répressibles. J’encaisse, mais je ne m’avoue pas vaincue, je fais d’abord appel à un raqui, pour écarter tout mal occulte. On a fait une roquia à deux en couple, ensuite on a vu une psychologue pendant plusieurs mois, qui ne nous a été d’aucune utilité. Je l’ai ensuite invité a contacter l’imam de la mosquée et qu’on prenne rendez-vous en couple qu’il nous aide parce que je suis perdue. Mais cet entretien n’a rien donné.

Est-ce moi qui suis trop exigeante ou lui qui a un problème ?

(…) J’ai arrêté de l’aimer. (…) Je pensais qu’en n’ayant plus de sentiments pour lui ça règlerait une partie du problème mais il n’en est rien, c’est pire encore, je suis mariée à un homme que je n’aime plus, il m’insupporte, sa présence certaines fois m’agace, je suis écœurée quand il m’embrasse et je ne parle même pas des rapports que j’ai avec lui. C’est devenu un acte bestial sans intérêt où on ne s’embrasse pas et où je ne le regarde même pas.

Aujourd’hui je suis lassée, fatiguée, épuisée et j’ai peu d’espoirs pour l’avenir si ce n’est en Dieu.

Nassiba

Lalla Chams en Nour

Chère Nassiba,

D’abord, un grand merci pour votre récit de vie et votre confiance.

Votre histoire m’attriste car elle est celle d’une non-rencontre. Pourtant, vous avez connu tous les deux des difficultés, vous les avez dépassées.

Du temps vous a permis de grandir comme vous dites et de prendre une décision mûrement pesée. C’est ce qui apparaît dans votre courrier et qui m’intrigue.

Votre amitié ne vous a peut-être pas permis d’approcher plus intimement cet homme qui est devenu votre mari, dont on a l’impression qu’il ne vous aime pas pour vous-même, mais par dépit. Je peux me tromper, bien sûr. D’autant que vous dites que quand vous avez voulu le quitter il a pu faire un effort vers vous.

Il est croyant et pratiquant, vous aussi, mais cela ne semble pas vous avoir permis de discuter en toute franchise de votre intimité. Il est normal d’avoir des désirs et de vouloir les exprimer. Son refus pose problème. Cela aurait peut-être été utile de voir un sexologue en couple. L’absence de désir peut s’expliquer de mille et une façons et cela aurait été une bonne expérience si lui l’avait accepté.

Vos désirs et vos exigences n’ont rien d’anormal. Et vous avez, semble-t-il, tout essayé pour le séduire. On peut vraiment douter de ses sentiments à votre égard, je veux dire d’un amour vrai.

Celui qui donne a envie de donner, sans attendre de retour. « Donne et Il te donne », dit-on en islam, c’est le secret de l’amour. Toute personne qui attend de l’autre, dans le couple, de se voir comblé dans ses manques, est amenée à l’échec, à la non-rencontre des cœurs et des âmes.

Votre mari vous a-t-il épousée par dépit, pour calmer sa blessure d’amour-propre ? Et, du coup, il n’a pas su vous aimer pour vous-même, mais pour combler un manque ou une blessure chez lui ? Hélas, c’est souvent le cas.

Mais il y a des enfants en jeu et il est important de prendre cela en compte. Êtes-vous sûre de ne plus rien éprouver pour lui ? Vous sentiriez-vous encore le courage de consulter avec lui un sexologue ou un thérapeute de couple qui vous permettrait peut-être d’analyser mieux votre position à chacun et de voir s’il y a encore de l’espoir ?

La rubrique « Psycho », qu’est-ce que c’est ?

Des psychologues et psychanalystes répondent à vos questions. Musulman(e)s du Maghreb ou de France, professionnel(le)s actif(ve)s exerçant en cabinet, ils réfléchissent à votre problématique et tentent de vous éclairer à travers leur expérience professionnelle et leur pratique spirituelle. Ils peuvent vous aider à y voir plus clair en vous-même ou à mieux décrypter le comportement des personnes de votre entourage.
Ils ne sont pas médecins, même si on les désigne parfois comme des « médecins de l’âme », mais leur rôle est de vous aider à trouver en vous-même la meilleure réponse à vos interrogations sur vos relations aux autres, votre conjoint ou conjointe, vos parents, vos frères et sœurs, vos amis, vos collègues de travail, vos voisins...
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