Points de vue

Musulmans européens : que d’orages en perspective…

Par Nabil Ennasri*

Rédigé par Nabil Ennasri | Mercredi 16 Décembre 2009 à 01:31



La situation qui règne en France à la suite de la votation suisse interdisant la construction des minarets a quelque chose de surréaliste. Cette première moitié du mois de décembre 2009 a vu la France – et, avec elle, tout le continent européen – plongé dans une espèce de psychose collective, où la peur de l’islam et le danger de la présence des musulmans en Europe ont dominé toutes les discussions.

Exit la grippe A, la crise économique, la montée du chômage ou les réformes de l’éducation. Seul peut-être le Sommet international sur l’avenir du climat à Copenhague a pu tirer son épingle du jeu.

A part ça, l’espace médiatique a été archi dominé par la controverse dont les médias raffolent et que l’extrême droite européenne a malheureusement réussi à placer au cœur du débat européen : le spectre de la présence de plus en plus visible de dizaines de millions de musulmans sur le continent.

Le vote suisse représente un tournant dans la façon dont l’Europe s’apprête à gérer l’avenir de l’islam et de ses musulmans sur son territoire. En effet, il ne faudrait surtout pas sous-estimer la portée continentale du référendum suisse ainsi que ses retombées inquiétantes. Depuis le dimanche 29 novembre 2009, toute une parole populiste et xénophobe s’est libérée faisant craindre des lendemains difficiles pour les millions de citoyens européens de confession musulmane.

De la Belgique à la France en passant par l’Espagne, l’Italie et jusqu’aux Pays-Bas, c’est le même climat délétère qui prospère. L’hostilité à la deuxième religion européenne progresse et il y a fort à parier que ce lourd climat risque de se renforcer dangereusement.

Disons-le sans fioritures : toute cette excitation collective trouve largement racine dans le fait que de plus en plus d’Européens ont du mal à accepter le fait que leur pays a changé. L’incroyable crispation autour de l’islam n’est finalement que le reflet d’une peur et d’une crainte de voir l’identité européenne (certains en France parleront d’« identité nationale »...) se diluer dans un territoire dont le paysage sociologique a été bouleversé par plus de quarante ans d’immigration étrangère massive.

Seulement, cette crispation, qui peut apparaître au départ comme naturelle, verse allègrement dans un racisme affiché, dont la nouveauté principale est qu’il gangrène peu à peu l’ensemble de la société européenne.

Il faut savoir prendre acte de cette évolution périlleuse. A ne pas y prendre garde, l’opinion publique européenne, chauffée à blanc par des médias peu scrupuleux et travaillée au corps par des mouvements qui ont fait de la peur de l’islam leur principal cheval de bataille, risque de développer une animosité croissante à l’égard de la religion musulmane.

Les musulmans européens ont assurément une large part de responsabilité dans la situation actuelle mais il leur appartient plus que jamais d’œuvrer intelligemment pour éteindre ce début d’incendie. Même si les prochaines années s’annoncent orageuses, il leur faudra ne pas céder à la pression et aux sirènes de la victimisation, mais développer un discours et des actes positifs de contribution citoyenne. L’affaire a son importance : il en va de la santé de nos sociétés comme de l’avenir du vivre-ensemble.


* Diplômé de l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence, Nabil Ennasri étudie actuellement la théologie musulmane à l’Institut européen des sciences humaines de Château-Chinon (IESH) ; il est membre du Collectif des musulmans de France (CMF).


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