Points de vue

Mais qui est véritablement Tariq Ramadan?

Rédigé par MAYOUFI Naziha | Jeudi 27 Novembre 2003 à 00:00

En prologue de son livre « Islam : Le Face à Face des Civilisations », Tariq Ramadan dit de son père « A ses côtés, très tôt j’ai, appris combien le monde se nourrit de mensonges, de rumeurs et de médisances.» La violente diatribe dont il est l’objet aujourd’hui fait tristement écho à ces épreuves vécues avant lui par son père…Pourtant ce qui ressort en toute objectivité du parcours de cet homme c’est une ligne directive simple , celle d’un intellectuel européen de confession musulmane qui, partant des deux données : sources scripturaires musulmanes et contexte européen, puise le chemin pour que les générations présentes et à venir puissent vivre sereinement un Islam qui ne renie rien de ses fondements mais qui se vit en harmonie avec son contexte , aussi sécularisé soit-il.



 

En prologue de son livre « Islam : Le Face à Face des Civilisations »,  Tariq Ramadan dit de son père «  A ses côtés, très tôt j’ai,  appris  combien le monde se nourrit  de mensonges, de rumeurs et de médisances.»  La violente diatribe dont il est l’objet aujourd’hui fait tristement écho à ces épreuves vécues avant lui par son père…Pourtant ce qui ressort en toute objectivité du parcours de cet homme c’est une ligne directive simple, celle d’un intellectuel européen de confession musulmane qui, partant des deux données : sources scripturaires musulmanes et contexte européen, puise le chemin pour que les générations présentes et à venir puissent vivre sereinement un Islam qui ne renie rien de ses fondements mais qui se vit en harmonie avec son contexte , aussi sécularisé soit-il.

Le professeur et le militant
A la question du moment « qui est véritablement Tariq Ramadan », la semaine dernière Le Parisien a choisi de répondre  en laissant ses pourfendeurs le décrire comme : « le prédicateur des banlieues qui attise la haines raciale, et cible des services secrets européens… », le Vrai Journal De Karl Zéro  prétendant faire la lumière sur le « personnage » a préféré les coupes et montages grotesques…
Dans ce tourbillon médiatique qui semble se transformer trop vite en tribunal d’inquisition, il convient de revenir sur des faits et un parcours de vie qui loin de la suspicion  infondée et des médisances , permettront de ranger définitivement les fantasmes actuels.
M. Ramadan est né à Genève en 1962. Père de famille et benjamin d’une famille égyptienne contrainte à l’exile sous le règne de Nasser. Elle s’établit en Suisse en 1954. La mère de Tariq est la fille aînée de Hassan el Banna, fondateur du mouvement des Frères Musulmans crée en  Egypte en 1928. Son père Saïd Ramadan fut le disciple préféré d’Al Banna. Ce qui lui vaudra le surnom de « Le petit Hassan el Banna ».
Au terme de ses études, Tariq enseigne la philosophie et la littérature française au Collège de Genève, dont il sera doyen de 1988 à 1992. Spécialiste du philosophe allemand Niezsche, il  occupe encore aujourd’hui son poste d’enseignant avec une efficacité qui lui vaut l’admiration de ses élèves.
Altruiste et luttant contre les inégalités, il lance dans les années 80, l’association « Coopération Coup de Main » pour venir en aide aux pays du tiers monde. Il intervient dans ce cadre sur le terrain en Afrique, en Amérique du Sud et en Asie.

Retour aux sources des sciences islamiques
Travaillant à contextualiser le texte du Coran, il éprouve le besoin de compléter sa formation religieuse. En 1991, avec son épouse et ses enfants, il s’installe près de deux années en Egypte où il poursuivra une formation intensive en sciences islamiques. A son retour en Suisse en 1993 il achève la rédaction d’une thèse universitaire et devient docteur en Lettres arabes et islamologie. Sa thèse de doctorat traitait du courant réformiste musulman. Il en tire un livre intitulé «aux Sources du Renouveau Musulman ». Depuis, Tariq Ramadan enseigne l’islamologie à l’Université de Fribourg .

Ses activités militantes commencent en 1993, à son retour en Suisse. Les musulmans de France le découvrent en 1993 lors du congrès annuel de l'Union des organisations islamiques en France. Il parvient à exprimer simplement  ce que ces populations vivent intérieurement et l’impact est immédiat. Son message est simple, « Il y a une voie possible en occident incluant les références religieuses musulmanes », l’alchimie entre ces « jeunes musulmans » et le professeur est immédiate.

Tariq Ramadan, une voix de l'Islam en Occident 
L’année suivante, il publie aux éditions Tawhid ' Les musulmans dans la laïcité '. Cette même année, il noue ses premiers contacts avec les médias français : une tribune libre au Monde et une participation à l’émission 'la marche du siècle ' durant laquelle son calme et ses arguments interpellent le public français. Commencent alors la publication d’une série d’ouvrages et d’articles: la même thèse  y est contenue: les musulmans européens peuvent vivre leur foi et leur citoyenneté dans une forme d’harmonie. Ils doivent et peuvent normaliser leur présence par un apport et une participation active à toutes les sphères de leur société. Au fil du temps, son discours est de plus en plus écouté. Un réseau d’associations se forme autour de lui à travers l’Europe : ' Présence Musulmane '. Ce réseau est solide et actif. Ces citoyens musulmans œuvrent dans l’éducation, l’insertion, le dialogue inter religieux. Ils construisent des partenariats et sont, grâce aux fruits d’un travail rigoureux et constant, des révolutions sur le plan local. De nombreuses villes en bénéficient.
En 1999, dans ' Etre Musulman Européen ', un livre traduit en 14 langues, il écrit : ' Alors que l’on aurait pu craindre un conflit, on ne peut au final que noter le contraire…la fidélité à la foi et à la conscience requiert une fidélité ferme et honnête envers son pays : La Charia exige une honnête citoyenneté '. Voilà en substance, la teneur du discours subversif dont ses détracteurs l’accusent. Un discours diffusé dans ses nombreux ouvrages, articles et conférences données à travers l’Europe, les Etats-Unis, l’Asie et l’Afrique, il ne cesse de marteler à son auditoire et ses lecteurs que 'tout ce qui ne s’oppose pas à nos valeurs est bon à intégrer '. Il l’invite à opérer un travail critique et sélectif pour épurer le dogme de la culture qui l’a au fil du temps biaisé

L'intellectuel, le conseiller
Sa probité intellectuelle lui attire des partenariats et des sympathies. Le père Michel Lelong, Michel Morineau, Jacques Neiryinck, Jocelyn Cesari, ou plus récemment Alain Gresh, (rédacteur en chef du Monde Diplomatique) ainsi que le réseau des alter- mondialistes tissent d’étroites relations avec Tariq. Ces derniers  malgré la campagne de diabolisation de ces derières semaines ont assuré leur partenaire de leur confiance. La liste de ces partenariats menés ou en cours est longue. Elle comprend des institutions auprès desquelles il fut membre très actif telle que la commission ' Islam et Laïcité ' menée par la Ligue française de l’enseignement. M Ramadan travaille aujourd’hui encore avec divers groupes se rapportant à l’Islam dans le monde et en Europe. L’on peut citer le Deutsche Orient-Institut, le British Council, le Vienna Peace Summit ou encore Barcelona 2004. En plus de ces actions, il est également expert consultant dans des commissions attachées au Parlement de Bruxelles. . Toutes ces institutions auraient elles ensemble entrepris de ' pactiser avec le diable ' et ainsi accepté l’islamisation de l’Occident ? C’est la thèse grotesque que voudrait nous faire avaler des ' spécialistes ' de l’arrivisme politique ou des islamophobes convaincus.

L'adversaire qui dérange
Antoine Sfeir fut débouté l’an dernier, par le tribunal de Lyon. Avec le magazine régional Lyon Mag, M Sfeir accusait Tariq Ramadan de 'double langage ' (http://www.saphirnet.info/article_412.html). Les personnalités politiques de petite stature comme Rachid Kaci, Alexandre Del Valle, Soheib Bencheikh connus pour leurs propos caricaturaux sur l’Islam et les musulmans sont devenus des anti-Tariq avérés. Fadela Amara, du mouvement ' Ni putes ni soumises ', proche du parti socialiste, s’en fait l’écho pour interpeller Tariq Ramadan sur des sujets controversés tels que l’homosexualité, l’avortement, et la place des femmes dans nos sociétés. Convaincue de la pertinence et de l’aspect novateur de ses questions, Fadela Amara s’est récemment rendu ridicule. A cette dernière, on conseillera simplement de lire les écrits de l’homme sur lequel elle jette l’opprobre. Car sur toutes ces questions et bien d’autres, Tariq Ramadan a publiquement pris position il y a longtemps, sans que cela ne suscite de polémique . Le vrai problème qui se cache derrière tous ces torchons que l’on agite à la face de Tariq Ramadan est le refus de reconnaître l’Islam comme une religion faisant partie de la réalité française, ou plus largement occidentale et porteuse de valeurs universelles.

Cet exemple n’en n’est qu’un parmi tant d’autres d’accusations infondées qui n’ont d’autres origine que la spéculation et la suspicion malhonnêtes nourris par des fantasmes délirants. Il est temps de faire preuve d’un minimum de probité et reconnaître clairement l’absence d’un ' péril ramadaniste '.