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MSF : « La trêve des bombardements à Gaza, ça n’a aucun sens »

Rédigé par pouf.badaboum@gmail.com | Mercredi 7 Janvier 2009 à 00:00

Selon Jessica Pourraz, responsable des projets de Médecins sans frontières-France dans le territoire palestinien, l'annonce israélienne de l'arrêt des raids aériens trois heures par jour ne change pas la donne pour les humanitaires.



En téléconférence avec plusieurs dizaines de journalistes depuis le centre-ville de Gaza, Jessica Pourraz, responsable MSF-France dans le territoire palestinien évoque les conditions de vie de la population et les conséquences de l’annonce d’une trêve des bombardements israéliens trois heures par jour.

Comment travaillez-vous dans la bande de Gaza ?

Notre équipe palestinienne est constituée de 70 personnes dont 6 médecins. Il y a également 3 expatriés, un médecin, un infirmier et moi-même qui gère les projets de MSF sur la zone. Nous avons trois cliniques dans la bande de Gaza: à Beit Lahya, dans le nord, à Khan Younis et à Gaza City. Mais il était difficile au début d’y envoyer nos équipes à cause des bombardements. Comme il était difficile d’y travailler. On était souvent amenés à les évacuer. Puis on s’est rendu compte que ça ne servait de toute façon pas à grand-chose de les laisser ouvertes car les patients restaient chez eux, terrorisés.

Qu’avez-vous alors décidé ?

On a équipé les infirmiers et les médecins de kits de consultation, de premiers soins et on a demandé à ce qu’ils travaillent près de leurs zones de résidence. On distribue par ailleurs dans l’hôpital de Shifa, le principal établissement de la bande de Gaza, et dans d’autres, des kits de soin pour les blessés, les brûlés, des gants, des médicaments, etc. On a fait encore aujourd’hui des donations dans les hôpitaux du centre et du sud.

Les hôpitaux sont-ils en mesure d’accueillir les blessés ?

Au début de l’intervention terrestre, les hôpitaux et notamment celui de Shifa étaient débordés. Après ils ont déchargé pour garder de la place pour les cas urgents. Les blessés qui arrivent jusqu’aux hôpitaux sont souvent des blessés sévères qui arrivent avec des ambulances. Les blessés légers ou «moyens» restent chez eux. Quelques blessés ont été envoyés sur l’Egypte ou à Rafah. Mais il est tellement dangereux de se déplacer dans la bande de Gaza que je ne crois pas que ce soit une solution.

L’attaque terrestre a-t-elle changé la donne ?

Il y a une nouvelle difficulté car beaucoup de familles ont fui leurs maisons à cause des tanks qui approchaient. Il y a désormais beaucoup de réfugiés, plus de 18000. Certains vont dans les écoles, notamment de l’ONU, pour se protéger. Mais comme vous le savez, ce ne sont pas des endroits sécurisés en ce moment.

Que demandez-vous aujourd’hui ?

Que l’espace humanitaire soit respecté. Israël ne respecte ni les civils ni le travail des humanitaires. On ne peut pas travailler correctement aujourd’hui. Et ce alors que Shifa est un excellent hôpital, où il y a de très bons chirurgiens. Depuis le début de l’offensive, plus de 300 opérations majeures ont été menées dans cet hôpital, essentiellement des amputations.

Avez-vous vu une différence depuis l’annonce aujourd’hui de la trêve des bombardements, trois heures par jour ?

D’abord, cela ne concerne que la ville de Gaza. Je peux vous dire qu’il y a encore eu des bombardements et des attaques avec des tanks et des hélicoptères Apache dans le nord du territoire aujourd’hui, pendant ces trois heures. De plus, les blessés ne sont pas dans le centre de Gaza mais dans les périphéries urbaines. Ça n’apporte donc rien pour nous, ça n’a aucun sens. C’est une espèce de geste pour calmer la communauté internationale. Mais Il ne faut pas se leurrer, ça ne facilite pas notre travail. Nous, on demande un accès aux patients garanti 24 heures sur 24.

Comment se passe la vie quotidienne à Gaza ?

Il y a une catastrophe humaine qui se joue sous nos yeux. Personne ne peut fuir car le territoire est verrouillé depuis 18 mois. Il y a des quartiers sans eau potable. Il n’y a plus d’électricité, la nourriture est insuffisante. Il y a des queues immenses devant les boulangeries. Tout le monde est victime des bombardements. On ne dort plus, plus personne ne travaille, on manque de tout et l’insécurité est partout. La population n’en peut plus. Les gens veulent juste que ça s’arrête. Nous, on travaille avec les générateurs d’urgence 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. On essaye de faire de notre mieux mais on a peur aussi, la nuit pendant les bombardements.

Recueilli par Liberation.fr