Société

Lyon : les musulmans morts pendant la Grande Guerre retrouvent les honneurs

Rédigé par R.D | Samedi 15 Novembre 2008 à 11:32

Dimanche 9 novembre, le cimetière de La Mulatière, près de Lyon, a accueilli une cérémonie en l'honneur des soldats musulmans tombés pour la France en 1914-1918. Trois plaques marquées des noms de ces 201 victimes de la Grande Guerre ont été apposées sur le monuments aux morts, aux cotés de leurs frères d'armes.



« L’année dernière, ils ont eu droit à la reconnaissance, cette année ils sont sortis de l’oubli » témoigne Frédéric Couffin, scientifique à la retraite passionné d’histoire. Grâce à son travail minutieux, les 201 soldats et travailleurs musulmans tombés pour la France en 1914-1918 ont quitté l’anonymat de leur caveau funéraire du cimetière de La Mulatière (Rhône).

Dimanche 9 novembre, lors d’une cérémonie officielle en présence du recteur de la Grande Mosquée de Lyon, Kamel Kabtane, du grand rabbin, des autorités militaires de la région, de représentants d’associations d’anciens combattants, de harkis et d’Africains, trois plaques gravées des noms de ces hommes venus des colonies ont été apposées sur le monument aux morts. Ils retrouvent désormais leur place dans la mémoire collective aux cotés de leurs frères d’armes français.

« C’est la première fois que la marseillaise retentit pour les honorer », s’en émeut Kamel Kabtane. Pour lui, cette cérémonie est importante car elle montre bien que « les musulmans de ce pays ne sont pas venus là par hasard, ils sont venus parce qu’ils ont une histoire, celle que ces gens ont écrite en donnant leur sang pour la France. » Il aura fallu attendre près de 70 ans pour que ce nouvel honneur leur soit rendu en 2007 d’abord et plus largement cette année à la veille du 90ème anniversaire de l’Armistice.

Lorsque, en 2006 Frédéric Couffin tombe sur ce monument, au hasard de recherches qu’il entreprend pour une association locale de sauvegarde du patrimoine, «personne n’était capable de me dire ce que c’était », ni l’administration, ni les associations, ni les autorités religieuses. Kamel Kabtane l’accompagne, alors dans ses démarches et se charge d’alerter les autorités. Frédéric Couffin épluche les archives de la ville ainsi que celles des hôpitaux militaires, entre en contact avec des experts sur internet et retrouve, un à un, les noms des soldats. Soignés à l’hôpital militaire de Oullins, ils étaient âgés de 26 ans en moyenne et originaires en grande majorité du Maghreb : « 63% d’algériens, 18% de marocains et 6% de tunisiens. Pour le reste, ils appartiennent au moins à 5 nationalités de l’Afrique équatoriale du Sénégal au Soudan » précise M. Couffin qui souhaite désormais que les historiens s’en emparent pour écrire l’histoire de ces hommes.